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Réflexions

L’autre jour, alors que je rangeais ma chambre, j’ai retrouvé une cassette assez insolite enregistrée en 1981, année mondiale de la personne handicapée. A cette époque-là, j’avais eu l’idée de descendre dans la rue et d’interviewer toute une gamme de gens, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes afin de mieux connaître leurs opinions sur nous, les handicapés. Comment allaient-ils réagir et se comporter vis-à-vis de moi ? Voilà toute la question…

reflexion

Un peu anxieuse, je demandais à ma cousine Sandrine de m’accompagner. A deux, ce serait plus facile…et puis, j’avais besoin d’elle pour porter l’enregistreur et diriger le micro.

Après vingt bonnes minutes d’hésitations, nous  » sautâmes  » sur notre premier client. C’était une femme, la quarantaine. A ma question :  » Que pensez-vous d’une personne handicapée ? « , elle répondit : « C’est bien triste quelqu’un comme vous qui ne peut plus marcher. Oui, c’est horrible! Quelqu’un qui n’a plus ses jambes, ce n’est plus une vie, il doit être malheureux!   » –  » Alors, résumons-nous, Madame. Si j’ai bien compris, pour vous, quelqu’un qui marche, c’est quelqu’un d’heureux et quelqu’un qui ne marche pas, c’est quelqu’un de malheureux ?  » –  » Oui, c’est ça !  » –  » Alors, comment expliquez-vous, qu’un tas de gens bien portants, pouvant marcher, courir et tout faire, s’adonnent à l’alcool, la drogue et font des dépressions et que, par contre, bien des handicapés ont le sourire et sont heureux de vivre ?   » –  » Bien, vous voyez, je n’avais jamais réfléchi comme ça, mais, c’est juste, vous avez raison ! »

A la question :  » Que pensez-vous des foyers pour handicapés ? « , une dame d’un certain âge me répondit :  » Je trouve cela très bien. Les handicapés sont entre eux, entourés de gens compétents qui connaissent leurs besoins et, dans les foyers, tout est accessible. « . A ce moment-là, je lui demandais :  » Envisagez-vous un jour de vous installer dans un foyer pour personnes âgées?   » –  » Ah, non, ça, jamais ! Quelle horreur ! Ce n’est pas pour moi !  » –  » Alors, Madame, vous ne pensez pas que pour nous, c’est pareil, que nous ressentons la même chose que vous ?  » –  » Oui, c’est vrai, je n’avais jamais réfléchi comme ça, mais, c’est juste, vous avez raison ! « .

Le plus inattendu, ce fut cette dame qui, lorsque je lui demandais :  » Savez-vous que 1981 a été déclarée Année Mondiale de la Personne Handicapée et qu’en pensez-vous ? « , se mit à rire aux éclats ! Pour elle, j’étais une fausse handicapée qui avait loué une chaise roulante pour les besoins de l’interview. En pensant à cela, elle s’était référée à ce journaliste qui, pour faire un reportage, avait passé toute une journée en chaise roulante à travers les rues de Lausanne. J’avais beau lui expliquer que j’étais vraiment handicapée, elle ne me croyait pas, car pour elle, un handicapé, c’était bête, moche et tout tordu !

Notre interview dura tout l’après-midi et, de fil en aiguille, je m’aperçu que beaucoup d’ignorance planait au-dessus du monde des bien-portants. Ils manquaient d’informations et surtout d’expériences. Ils avaient tout à apprendre et c’était à nous de les y aider. De quelle façon ? En allant partout sans aucune gêne, sans aucune honte, car c’est à force de nous voir et de nous côtoyer que le monde changera !

Pourquoi se cacher et éviter le regard des autres ?

Un jour, une de mes jeunes filles au pair m’avait demandé :  » Ca ne te dérange pas que les gens te regardent toujours ?   » –  » Non, ça, ne me dérange pas ! « , lui avais-je répondu, car en fait, moi aussi, je regarde les gens ! Par exemple, dans la rue, lorsqu’une personne se promène avec une coiffure ou un accoutrement spécial, je vais la regarder… Lorsqu’un groupe de Japonais débarque, caméra au poing, je vais les regarder… Lorsque deux homosexuels s’embrassent, je vais les regarder… Alors, si j’accepte de regarder les autres, je dois aussi accepter que l’on me regarde !

Nyon 1990        Marie-Claude Baillif

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