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1983 : Le Canada… Mon voyage le plus fou !

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C’est en réfléchissant l’autre jour à mes voyages passés que j’ai réalisé qu’aujourd’hui à 54 ans, j’étais devenue beaucoup plus sage, beaucoup plus prudente, que j’avais perdu l’audace et le cran de mes 20 ans !

Pourquoi je dis ça ? Parce que lorsque je repense à mon voyage au Canada en 1982, je m’aperçois que j’avais été sacrément culotée de le faire, que j’avais eu une incroyable dose de courage ou d’inconscience (c’est selon) et que je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui avec le recul j’oserais relever un tel défi, une telle aventure ! Eh oui, en prenant de l’âge, on s’assagit, on analyse beaucoup plus les conséquences de nos actes, on réfléchit beaucoup mieux aux risques encourus…

En tout cas, je remercie ma maman pour la patience et l’indulgence qu’elle a eue avec moi, car à aucun moment, elle ne m’a empêchée ou interdit de réaliser mes voyages, mes rêves et mes projets, même si quelquefois ceux-ci étaient plutôt branlants et risqués ! En effet, ma mère, une femme dévouée (je m’en rends bien compte aujourd’hui…), si intelligente et clairvoyante pour son époque, m’a toujours laissée faire ce que je voulais même si, de prime abord, elle trouvait mes plans foireux, compliqués, voir même dangereux ! Comme les médecins lui avaient dit à l’époque que mon espérance de vie n’allait pas dépasser les 25-30 ans, elle avait pris sur elle en se promettant de m’offrir une vie courte, certes, mais totalement remplie de plaisirs, de joies et de bonheur…

Des choses, oui, j’en ai faites et pas des moindres, j’en suis d’ailleurs très fière, oui, je suis vraiment très fière d’avoir eue toute cette audace, tout ce courage et tout ce sang-froid pour réaliser tout ce qui me tenait à cœur !

Parmi tous les voyages que j’ai eu la chance de pouvoir concrétiser, le plus fou, le plus téméraire et le plus osé, c’est sans aucun doute, celui que j’ai fait au Canada en 1982 ! Ma maman ce jour-là a dû s’en faire du sang d’encre !!! La pauvre !!!

J’avais 24 ans, étais en chaise roulante depuis 3 ans, mais n’avais encore aucun problème respiratoire. Bien au contraire, je fumais un paquet de cigarettes par jour (des Camel ou des Marlboro), étais bien dans ma peau et avais une énorme envie de retourner au Canada, un pays magnifique que j’avais découvert 2 ans auparavant (en 1980) avec Mobility International, un organisme suisse-allemand qui agençait à l’époque des séjours de 2 à 3 semaines à l’étranger pour les handicapés physiques.

C’est avec cet organisme que j’ai réalisé mon 1er voyage en tant que personne en chaise roulante. C’était en 1979, j’étais alors en chaise roulante depuis 4 mois. C’est ma maman qui m’avait payé ce voyage, un rêve que j’avais depuis longtemps : passer 3 semaines aux États-Unis !

Au programme, il y avait la visite de Los Angeles avec Disneyland et Hollywood, le quartier chic de Beverly Hill et la célèbre plage de Malibu, San Francisco avec ses rues en pente et son impressionnant pont suspendu, le Golden Gate Bridge, la ville de Phoenix en Arizona, le Grand Canyon (qu’on a survolé avec un petit avion à 8 places), Las Vegas avec ses casinos et ses paillettes, Orlando en Floride avec les parcs de Disney World, Sea World, Cap Canaveral (là où il y a les fusées Apollo), le cirque Barnum et enfin New York avec la statue de la liberté, ses hauts buildings, le quartier de Manhattan et les 2 tours du World Trade Center ! Eh oui, moi qui avais 21 ans à l’époque, j’ai pu monter en haut de ces 2 tours !!! Un beau souvenir… d’autant plus que depuis l’attentat du 11 septembre 2001, elles n’existent plus !

L’année d’après (en 1980), enchantée et très enthousiaste, j’étais repartie avec Mobility International au Canada cette fois durant 3 semaines. Là, j’avais visité Montréal avec son vieux quartier français et sa cathédrale, Québec au bord du fleuve Saint-Laurent avec son château de Frontenac, le Mont Tremblant avec ses lacs et ses forêts (on l’a survolé pendant 1h avec un hydravion, c’était fabuleux !), Ottawa, la capitale avec son parlement et pour finir, Toronto au nord du lac Ontario avec sa haute tour CN. Cette tour qui était à l’époque la structure autoportante la plus élevée du monde avec ses 553 mètres de hauteur (un demi-kilomètre de haut, c’est quand même hallucinant !) a été dépassée le 17 janvier 2009 par la tour de Dubaï. Cette dernière avec ses 818 mètres de hauteur est à l’heure actuelle le plus haut gratte-ciel jamais construit par l’Homme !

Retourner au Canada… un rêve !

Comme ce voyage au Canada m’avait beaucoup plu, que j’avais trouvé ce pays si beau, si extraordinaire avec ses paysages grandioses et ses habitants si ouverts, amicaux et spontanés… que de plus, j’y avais Louiselle (une amie) qui habitait à Rivière-du-Loup (un nom qui faisait rêver…) et qui dans toutes ses lettres me demandait à chaque fois de trouver un moyen pour la rejoindre (je l’avais rencontrée par hasard un jour d’été sur un banc à Nyon), je me disais qu’effectivement ce serait vraiment génial si je pouvais y retourner un jour.

Oui, mais voilà pour réaliser un tel voyage, je devais impérativement avoir avec moi une personne qui puisse et qui sache s’occuper de moi à 100%. La jeune fille au pair qui travaillait pour moi à l’époque n’avait absolument pas les moyens financiers pour se payer un tel voyage et moi, de mon côté, je n’avais pas suffisamment d’argent pour le lui offrir. Alors qui ??? Comme  je ne trouvais pas de solutions, j’ai commencé à en parler autour de moi…

A l’époque, je faisais partie de l’ASPR, l’association suisse des paralysés. L’une de ces membres, sachant que je recherchais quelqu’un pour m’accompagner au Canada, m’avait parlé d’un jeune couple, Peter et Maya, 2 personnes formidables paraît-il qui s’occupaient d’handicapés adultes dans des camps de vacances et qui justement allaient partir au Canada durant 3 semaines, puis au Mexique. Pour les contacter, elle m’avait donné leur adresse privée.

Un soir, après avoir pris mon courage à deux mains, je leur ai écrit une lettre dans laquelle je leur expliquais qui j’étais et pourquoi je leur envoyais ce courrier. Je leur parlais de mon rêve de retourner au Canada, mais que je n’avais personne pour m’y emmener et s’occuper de moi. Je leur demandais si eux seraient d’accord de le faire, de me prendre en charge durant 2 ou 3 semaines. C’était gonflé, je l’avoue, mais à l’époque, je n’avais peur de rien et surtout je n’avais pas d’autre choix !

Quelques jours plus tard, je recevais leur réponse. Pour eux, c’était tout-à-fait envisageable de me prendre avec eux, mais avant de me donner leur décision définitive, ils désiraient me rencontrer pour mieux me connaître. Le week-end d’après, je suis donc partie avec ma jeune fille au pair à Gwatt au bord du lac de Thoune pour les rencontrer. Ils étaient les responsables du camp de vacances pour handicapés qui s’y déroulait.

Très sociables, très ouverts et surtout très gentils, ils m’ont tout de suite bien accueillie, le feeling entre nous 3 a tout de suite bien fonctionné… c’était génial, j’étais ravie ! À la fin du week-end, nous avons pu nous mettre d’accord : ils me prenaient 3 semaines avec eux au mois d’octobre, car ils ne pouvaient pas se libérer avant, ils travaillaient.

En ce qui concernait mon retour, comme eux partaient ensuite directement du Canada au Mexique, nous avons convenu qu’ils me mettraient dans l’avion Ottawa – Montréal (le service technique m’emmènerait ensuite dans l’avion Montréal – Zurich, puis Zurich – Genève). Dans l’avion donc je devrais voyager seule… Pour moi, pas de problèmes, je me sentais tout-à-fait capable de le faire !

De retour à Nyon, heureuse de pouvoir repartir au Canada et de retrouver mon amie Louiselle, j’en ai tout de suite parlé à Bernard, un ami très proche qui à l’époque travaillait pour Swissair, la compagnie d’aviation suisse. Je lui ai demandé s’il pouvait à mon retour de Montréal venir me chercher à Zurich et d’ensuite faire le trajet avec moi Zürich – Genève (il avait des réductions sur quasi tous les vols), puis une fois à Genève me ramener chez moi avec sa voiture. Comme c’était un gentleman et qu’il adorait me rendre service, il a tout de suite accepté ! J’étais super contente !

Nous étions en été, il me restait 2 mois pour préparer mon voyage. Bernard, qui savait que je n’avais pas beaucoup d’argent, m’avait proposé d’écrire à Swissair pour leur demander une réduction sur mon futur billet d’avion Genève – Zürich – Montréal – retour. C’était culoté, c’est vrai, mais comme me disait Bernard il fallait que j’essaie, car qu’est-ce je risquais… un refus et c’était tout ?!?

Eh bien, c’est ce que j’ai fait. Un jour où j’avais l’inspiration et le courage, j’ai écrit à Swissair pour leur demander une réduction sur mon billet d’avion. 1 semaine plus tard, un matin, ô surprise, la secrétaire du directeur général de Swissair me téléphonait. Au bout du fil, elle m’a dit : « Madame, suite au contenu très émouvant de votre lettre, notre directeur a décidé de vous offrir le billet d’avion Genève – Zurich – Montréal, aller retour, valable 1 an, mais à la condition de partir le 16 octobre sur un vol inaugural ! La date de votre retour est libre, vous pourrez rentrez quand vous le voudrez. Quand pensez-vous ? Est-ce que cette proposition vous convient ? »

J’étais bouche bée ! Waouh, quelle générosité, quel beau geste d’humanité… je n’en revenais pas ! C’était vraiment génial ! Heureuse et comblée, j’ai bien évidemment tout de suite dit oui à leur offre. J’étais plus que ravie, mais une fois le téléphone raccroché, j’ai réfléchis et me suis dit : « Merde, mais comment je vais faire si Peter et Maya ne peuvent pas changer leur date de départ ? Il y avait 1 semaine d’écart entre leur date et la date de Swissair ». Quelle poisse ! Quel gros problème ! Eh oui, d’un côté, j’avais un billet gratuit, mais personne pour s’occuper de moi durant 1 semaine à Montréal, de l’autre un couple qui était d’accord de me prendre en charge 3 semaines, mais si je partais le même jour qu’eux, je devais payer mon billet à plein tarif ! Ce n’était vraiment pas de chance !

Comme je le redoutais, Peter et Maya ne pouvaient absolument pas avancer leur date de départ, car ils travaillaient. C’était donc à moi de décider de ce que je voulais faire. C’était soit je partais en même temps qu’eux, soit je m’envolais 1 semaine avant, mais à ce moment-là pour nous retrouver, il fallait impérativement que je les rejoigne à leur arrivée à l’aéroport de Montréal. Pour eux, en fait ça leur était égal.

Je les remerciais pour leur compréhension, mais pour trouver quelqu’un sur place à Montréal qui serait d’accord de s’occuper de moi pendant 1 semaine entière… je ne voyais pas comment j’allais faire, car je ne connaissais personne !!! Ah, quelle malchance !!! J’étais dépitée !

Quelques jours plus tard, alors que j’étais invitée par des amis à une soirée Bahaïe (c’est une religion indépendante dont le but est d’unir l’Humanité dans sa diversité) et que j’étais en train de raconter mon problème, un jeune homme que j’avais déjà vu quelque fois à ces soirées est venu vers moi et m’a dit : « Marie-Claude, si ça t’arrange d’avoir ce billet d’avion gratuit, alors acceptes l’offre de Swissair et moi, je te promets qu’à ton arrivée à Montréal, il y aura quelqu’un pour s’occuper de toi durant la semaine où tu seras toute seule ! »

Quelle gentillesse, quel bonté de cœur, je ne savais pas quoi répondre ! Après m’avoir encore demandé le jour et l’heure exacte de mon arrivée à Montréal, le numéro de mon vol qu’il a vite noté sur un bout de papier, la soirée terminée, il est parti en me certifiant que je pouvais compter sur lui, que je devais lui faire confiance, qu’il y aurait bel et bien quelqu’un, homme ou femme, il ne pouvait pas encore me le préciser à mon arrivée à l’aéroport ! Ce jeune homme si avenant et si prévenant s’appelait Yves, il était un peu plus jeune que moi.

Lorsque j’en ai parlé à ma maman le lendemain à midi à son retour du travail, atterrée, consternée et totalement paniquée, n’en croyant pas ses oreilles, elle m’a bien entendu traitée de folle et d’inconsciente en me disant que ce plan était plus que foireux, qu’il y avait trop de risques, que c’était complètement insensé et que je devais absolument refuser !!! Oui, mais voilà, comme moi, j’y croyais et que ma nature est d’être optimiste et positive, j’ai décidé de faire confiance à ce Yves !

Mes amis, eux, étaient partagé. Il y en avait qui me disait : « Vas-y, essaies, tu verras bien. En tout cas, tu vas vivre une expérience unique et formidable ! » et d’autres qui pensaient exactement comme ma maman : « Tu es cinglée ou bien, tu t’imagines s’il n’y a personne au rendez-vous à Montréal, toi qui est dépendante d’autrui à 100%, tu vas faire quoi ??? Ne prends surtout pas ce risque, c’est beaucoup trop dangereux ! »

Ressentant le besoin de me rassurer (je voulais être certaine de ne pas faire de conneries), je suis retournée chez mes amis bahaïs. A mes questions : « Êtes-vous sûrs que je puisse faire confiance à Yves ? Êtes-vous sûrs que je puisse y aller ?!? », ils m’ont tous répondu la même chose sans aucune hésitation : « Si Yves t’a dit qu’il s’occupait de tout, alors tu peux compter sur lui, c’est qu’il va le faire. Tu sais, c’est un gars bien qui n’a qu’une seule parole ! »

Rassurée, soulagée de ce que j’avais entendu, j’ai alors commencé à organiser mon voyage. Après avoir contacté la compagnie d’aviation Swissair pour leur confirmer que j’acceptais avec un grand plaisir leur offre de billet gratuit, j’ai téléphoné à Peter et Maya pour leur dire que je partais 1 semaine avant eux. Pour être sûr qu’on se retrouve facilement à l’aéroport de Montréal, ils m’ont donné leur numéro de vol, le jour et l’heure exacte de leur arrivée. J’ai ensuite demandé à mon ami Bernard s’il pouvait m’emmener en voiture de chez moi à l’aéroport de Genève, puis de m’accompagner en avion de Genève à Zurich.

Mon départ pour Montréal toute seule !

Comme j’avais tout préparé, pensé au moindre détail et que ma maman finalement avait accepté que je parte, le 16 octobre 1983, je suis partie concrétiser mon rêve, à savoir retourner au Canada ! Mon ami Bernard, comme promis, m’avait accompagné depuis chez moi jusqu’à Zürich. Ensuite dans l’avion Zürich – Montréal où j’étais toute seule, sans personne pour s’occuper de moi, fière et exaltée à la fois, je me régalais !

Assise à côté du hublot, parfaitement zen et confiante, je parlais en français avec ma voisine de siège. C’était une jeune femme grecque qui se rendait elle aussi à Montréal. C’était vraiment très sympa ! De plus, durant les 8 heures de vol, comme j’étais assise sur un siège normal et non pas dans ma chaise roulante, que personne ne m’avait vue rentrer (les handicapés sont toujours les premiers à être embarqués dans les avions), que personne ne savait (à part les hôtesses de l’air) que j’étais atteinte de myopathie, je me sentais comme tout le monde, une femme parmi d’autres, oublié l’handicap, oublié la maladie, oublié tous les tracas et les soucis du quotidien… c’était génial !

Pour ne pas avoir besoin d’aller aux toilettes durant le vol, je n’ai rien bu de toute la journée. Pour moi, c’était la meilleure solution pour ne pas avoir besoin de faire pipi.

Après l’atterrissage à l’aéroport de Montréal, c’est le service technique qui m’a sorti de l’avion. Lorsque l’hôtesse d’accueil est venue me chercher pour m’amener au meeting point (le lieu de rendez-vous des gens qui atterrissent) et que je lui ai raconté mon histoire, que je lui ai dit que je n’avais aucune idée de qui allait venir me chercher, un homme, une femme, ni quand, ni comment, elle était abasourdie ! Eh oui, consternée et stupéfaite, elle ne comprenait pas comment j’avais pu accepter un tel deal, comment ma maman avait pu me laisser partir… en 2 mots, elle me trouvait complètement folle, totalement inconsciente ! 

Ma prise en charge par un inconnu !

Au meeting point, l’hôtesse a attendu 5 minutes avec moi, puis le travail la réclamant, elle est partie en me promettant de revenir souvent. Très inquiète, elle voulait être sûre que tout allait bien se passer pour moi, soucieuse elle voulait savoir si j’allais retrouver mon rendez-vous mystère. 5 minutes… personne… 10 minutes… personne… l’hôtesse qui, entre temps, était revenue 2 fois, était de plus en plus anxieuse ! 15 minutes… 20 minutes… toujours personne… je commençais à avoir le nœud à l’estomac, le cœur qui battait à 100 à l’heure !

D’attendre comme ça sans savoir si quelqu’un allait venir ou pas, de ne pas connaitre si c’était un homme ou une femme… c’était super stressant, hyper énervant ! 25 minutes… 30 minutes… avec les doutes et les angoisses qui commençaient à m’envahir (c’est dans ces moments-là que l’on réalise l’importance du temps et des minutes, comme elles peuvent être longues quand ça ne va pas comme on veut…), j’ai commencé à penser comme ma maman : « Mais qu’est-ce que je foutais là dans cette galère ?!? Et si personne ne venait ?!? Qu’allais-je pouvoir faire ??? Aller à l’hôtel ??? C’était impossible, car je n’arrivais pas à faire les transferts de ma chaise roulante à une voiture seule, de ma chaise roulante aux toilettes seule et de ma chaise roulante à dans un lit seule ! La seule possibilité que j’avais en fait, c’était de téléphoner à un hôpital pour qu’il me prenne en charge 1 semaine ! Mais est-ce qu’un hôpital allait accepter de s’occuper de moi ainsi ??? J’avais de sérieux doutes… »

À la 40ème minute, l’hôtesse, qui n’arrêtait pas de faire des allers-retours vers moi, me demanda : « Alors, on fait quoi ??? » Pas pressée puisque de toute façon, je ne savais pas où aller, je lui ai répondu : « On attend ! ». À la 45ème minute, un homme d’une quarantaine d’années est soudain apparu avec écrit sur le carton qu’il tenait dans les mains « Marie-Claude Baillif » ! Comme il y avait très peu de monde au meeting point (évidemment, ils étaient déjà tous partis…) et que j’étais la seule personne en chaise roulante, cet homme s’est directement dirigé vers moi. Sourire aux lèvres, il s’est présenté (Gérald) et s’est excusé pour le retard, il avait été pris dans les bouchons. Avec l’hôtesse qui était revenue, on a poussé un gros ouf de soulagement, puis après s’être dit au revoir très amicalement (elle avait vraiment été très gentille avec moi), Gérald m’a poussé jusqu’à sa voiture. Intimidée (ce n’était quand même pas facile, je ne le connaissais pas), je lui ai expliqué comment me soulever pour m’asseoir dans la voiture et comment plier ma chaise roulante pour la mettre dans le coffre. Comme il avait de la force, il n’y a pas eu de problème, tout s’est bien passé.

Durant le trajet, il m’a raconté qu’il était marié, avait 2 enfants (une fille et un garçon) et comme il était au chômage, c’est lui qui allait s’occuper de moi durant la semaine. Je l’ai remercié et lui ai dit que c’était vraiment super gentil de sa part, que j’appréciais énormément tout ce qu’il faisait et allait faire pour moi durant cette semaine.

Comme c’était un homme avenant, ouvert et très serviable et qu’en plus, il avait beaucoup d’humour, c’était un vrai régal d’être en sa compagnie ! J’avais beaucoup de chance ! Dans sa maison, il m’avait préparé une chambre avec un lit confortable et tout le nécessaire pour que je me sente bien et à l’aise. C’était génial !

Les 4 premiers jours se sont super bien passés. C’est lui qui me sortait (et me remettait) au lit, aux toilettes, à la salle de bain et dans la voiture. Pour me laver, c’est lui qui me déshabillait, me rhabillait et me lavait le dos. Le reste, j’arrivais à le faire moi-même. Malgré cette proximité forcée, cette intimité obligée, il n’y a jamais eu de gêne ou de pitié de sa part, il n’y a jamais eu non plus d’équivoque, de mal entendu ou de geste déplacé ! Il était là pour m’aider, un point, c’est tout ! C’était vraiment super ! La journée, il m’emmenait partout dans Montréal pour me faire visiter et le soir, il me faisait rencontrer ses amis dans des soirées Bahaïes.

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Gérald, mon chevalier servant à Montréal

Sa femme, qui au début m’acceptait bien, est devenue soudain jalouse de moi. Ma présence la dérangeait, l’insupportait même. Pourquoi ??? Je ne sais pas, je n’ai jamais vraiment bien compris. Des raisons ??? Non, elle n’en n’avait aucune. Je n’étais pas chez eux pour draguer un homme marié (ce n’était pas mon genre), mais pour que quelqu’un s’occupe de moi pendant 1 semaine ! Comme elle refusait d’accompagner son mari dans les soirées Bahaïes (ça ne l’intéressait pas, elle n’était pas du tout attirée par ce mouvement religieux), alors que moi oui (j’aimais leur façon de parler de Dieu, de leur prophète Bahà’h’ullah, de leur désir d’unir les peuples dans l’Amour et la Paix, de leur respect envers les autres religions…), eh bien, elle se mettait elle-même de côté, elle-même en retrait. Moi, je n’y pouvais rien. Comme elle travaillait toute la journée (elle était secrétaire dans un bureau) et que lorsqu’elle rentrait le soir elle était toujours fatiguée, peut-être qu’elle en avait marre de ça, je ne sais pas…

Quoi qu’il en soit, très embarrassée par cette situation, après avoir dit à Gérald que j’étais désolée, que je ne voulais pas être la cause de leurs disputes dans leur couple, je lui ai demandé de me trouver un autre endroit, une autre personne qui serait d’accord de m’héberger et de s’occuper de moi durant les 3 jours qui restaient. Très gêné lui-même, confus et ennuyé vis-à-vis de moi, il m’a confié que cela faisait des années que leur union battait de l’aile, que ce qu’il se passait entre eux, leurs discordes et leurs mésententes n’étaient pas du tout de ma faute, j’étais juste le cheveu sur la soupe, la goutte qui faisait déborder le vase !

Bon gré mal gré, il a accepté ma demande et le lendemain soir, il m’a emmené dans un autre quartier de Montréal chez des amis Bahaïes Iraniens. Accueillie comme une princesse par le père et la mère (âgés d’une soixantaine d’années) et leur fils (35 ans), j’étais d’un côté triste de quitter Gérald, mais de l’autre super contente de ne plus sentir d’yeux accusateurs sur mes épaules.

Après avoir dégusté des plats typiques de leur pays l’Iran, Gérald a montré au fils comment me mettre aux toilettes, puis au lit, comment me déshabiller et s’occuper de moi. Heureusement que lors de mes hospitalisations, j’avais déjà eu des hommes infirmiers, car sinon je ne sais pas comment j’aurais fait pour contenir tout mon embarras et ma pudeur ! Me faire manipuler par 2 hommes, ce n’était pas toujours facile, surtout lorsqu’il fallait enlever et remettre mon soutien-gorge, me laver le dos, enlever et remettre mes pulls et mes pantalons…

Pour me donner de la contenance, pour éviter d’effectuer ces actes intimes et personnels dans le silence et la gêne, mon truc, c’était de leur poser des questions. En effet, pendant qu’ils étaient concentrés à me donner leurs réponses, ils en oubliaient (en tout cas, c’est ce que j’espérais) les parties nues de mon corps qu’ils voyaient et qu’ils devaient par la force des choses toucher ! Là, non plus, aucune équivoque, aucun geste déplacé de la part du fils, tout s’est toujours très bien passé ! Ouf !

Gérald, qui n’avait rien à faire de spécial le lendemain, m’a proposé d’aller chez des amis à lui Bahaïs et Indiens, des Mohawks, l’une des 6 grandes tribus du peuple Iroquois. Ces amérindiens qui vivaient dans la réserve de Kanahwake à 18 km de Montréal disposaient d’une radio locale dans laquelle ce jour-là, ils avaient prévu de parler de leurs problèmes d’intégration, des nombreuses discriminations raciales dont ils faisaient souvent l’objet de la part des Québécois et des Canadiens et bien entendu de leur Foi Bahaïe qui les aidait à surmonter leurs problèmes !

De pouvoir rencontrer des Indiens, des vrais dans leurs réserves, j’étais toute contente, toute excitée ! Une fois arrivés là-bas, nous sommes allés directement chez les amis de Gérald, convertis eux aussi à la Foi Bahaïe. C’était très sympa ! Ouverts et accueillants, ils m’ont tout de suite acceptée dans leur groupe sans jamais faire de différence, sans jamais me mettre à l’écart parce que je n’étais pas moi-même une Bahaïe ! J’ai trouvé cela génial ! Respectueux et libres d’esprit, ils n’ont jamais tenté non plus de me convertir ou de me convaincre de me rallier à leur religion. J’étais spectatrice, libre à moi d’adhérer ou non à leur foi. J’ai beaucoup apprécié cette façon de penser, cette manière de voir les choses, de ne jamais imposer leurs convictions, leur vérité. Je tire mon chapeau à tous ces gens, car ce n’est malheureusement pas toujours le cas dans les autres religions. En effet, dans beaucoup d’entre elles, c’est souvent le forcing, le bourrage de crâne et l’intolérance vis-à-vis des autres croyances !

A la station de radio, soudain, ô surprise, j’ai vu Yves, le jeune homme de Nyon qui s’était occupé de ma prise en charge à Montréal ! J’étais super contente de le revoir ! Il m’avait bien dit que lui aussi allait venir à Montréal durant cette semaine-là, mais il ne savait pas quand ni où exactement. L’après-midi passa très vite, le contact entre tous ces gens était chaleureux et convivial, j’ai beaucoup aimé. Après avoir passé une journée formidable, Gérald m’a ramené à Montréal chez la famille iranienne.

Durant les 2 jours suivants, comme mon chevalier servant, Gérald, était occupé, c’est Yves qui a pris le relais et qui s’est occupé de moi. Avec un ami Bahaï africain, Hassan, qui venait juste d’arriver à Montréal, nous sommes allés visiter le zoo et la cathédrale. Il neigeait. Hassan, qui n’avait jamais vu de neige de sa vie (là où il habitait en Afrique, il n’y en n’avait pas) était tout surpris, tout étonné que des flocons puissent tomber ainsi du ciel. Lorsqu’il les touchait, il était déconcerté qu’ils soient aussi froids ! Pour nous, qui étions habitués à ce phénomène depuis notre plus tendre enfance, ça nous a bien fait rire… Ensemble, nous avons passé une excellente journée !

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Yves

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Hassan et moi

Une semaine lorsqu’on s’ennuie, ça passe lentement, ce n’est pas drôle, mais une semaine lorsqu’elle est intense et riche en émotions, pleine de découvertes de toutes sortes comme celle que je venais de vivre, on ne voit pas le temps passer, c’est génial ! Avec les Bahaïs, j’ai vécu une expérience formidable, une belle aventure humaine où les mots solidarité, fraternité, amour de son prochain avaient tout leur sens ! J’ai beaucoup appris…

Mon rendez-vous raté à l’aéroport !

Ma semaine à la charge de Gérald, Yves et la famille iranienne étant terminée, le 7ème jour, date d’arrivée de Peter et Maya (le couple qui allait désormais s’occuper de moi pendant 3 semaines), c’est Gérald (mon bon et fidèle serviteur) qui m’a emmenée à l’aéroport pour les retrouver. C’était le soir, il devait être 19h. Lorsque leur avion s’est posé et qu’au meeting point (notre lieu de rendez-vous), ils n’étaient pas là, j’étais stupéfaite ! Mais que s’était-il passé ? Mais où étaient-ils ???

Je ne comprenais pas… Après avoir parcouru tout l’aéroport pour glaner des renseignements, pour savoir si un autre vol en provenance de Zürich était encore attendu, nous avons dû nous rendre à l’évidence, Peter et Maya n’étaient pas là et ils n’arriveraient pas ce soir ! Paniquée, dans tous mes états, j’ai d’abord téléphoné à ma maman pour savoir si elle avait reçu un message de leur part, mais comme ce n’était pas le cas, j’ai ensuite appelé la maman de Peter pour savoir où ils étaient, s’ils avaient bien quitté la Suisse (Peter m’avait donné son numéro de téléphone au cas où…). Lorsque sa maman m’a répondu : « Mais oui, ils sont bien partis de Zürich à l’heure prévue ! » alors, là, je ne savais plus quoi faire, plus quoi penser !

Heureusement que Gérald était là pour me calmer et me rassurer. Pour lui, ils avaient dû manquer leur correspondance à New-York et donc dormir là-bas. Comme ils n’allaient pas arriver avant le lendemain dans la journée, Gérald m’a proposé de me ramener chez la famille iranienne pour y dormir. Pour nous donner toutes les chances de nous retrouver, pour qu’ils sachent en fait chez qui j’étais, nous sommes allés au bureau de Swissair pour expliquer à l’hôtesse d’accueil ma situation. Après lui avoir donné le numéro de téléphone de la famille iranienne où je dormais et lui avoir bien fait comprendre que si un couple suisse de Zürich demandait après moi, il fallait absolument leur communiquer ce numéro de téléphone, nous sommes partis ! À l’époque, comme les natels (portables) n’existaient pas, lorsqu’on ratait un rendez-vous, c’était très difficile, voir même impossible de se retrouver ! Ah, quelle merde !!!

De retour chez la famille iranienne que ce soit le père, la mère, le fils ou Gérald, voyant que je n’avais pas le moral, que j’étais hyper angoissée (eh oui, si je ne les retrouvais pas, je faisais quoi moi !?!), ils m’ont tous serré très fort dans leurs bras et m’ont proposé de prier. Ils étaient si gentils, si compréhensifs… que soudain, j’ai craqué et j’ai pleuré comme une madeleine !

Après m’avoir calmée et réconfortée avec leurs prières, ils m’ont préparée et mise au lit. Le lendemain matin, après une nuit de sommeil très agitée (je n’attendais qu’une seule chose… que le téléphone sonne et que ce soit eux au bout du fil…), je me suis levée (ou plutôt ils m’ont levée) et là, la journée a été longue, très, très longue ! Ne pouvant rien faire à part attendre que ce maudit téléphone sonne… c’était horrible ! Les heures ne passant pas, avec la tension qui montait crescendo, je me suis remise à pleurer. Cette fois, ils avaient beau prier et reprier encore, pour moi c’était fini, je n’y croyais plus !

A 16h, lorsque la sonnette de la porte a retenti et que soudain Peter et Maya sont rentrés dans l’appartement, j’ai crû que j’allais tomber de ma chaise tellement ma joie et mon émotion étaient grandes ! Enfin !!! Enfin, ils étaient là, vivants, en chair et en os… c’était formidable ! Mon voyage allait pouvoir continuer, je n’étais plus obligée de rentrer en Suisse faute de bras pour s’occuper de moi ! J’étais tellement heureuse, tellement soulagée de les voir… que j’étais sur un petit nuage ! Quelle aventure, quelle émotion… en tout cas, je m’en souviendrais toute ma vie !!!

Reçus à bras ouverts comme des sauveurs, la famille iranienne leur a offert du thé à la menthe et des petits biscuits faits maison. Désolés pour le contretemps et surtout pour l’inquiétude qu’ils nous ont causée malgré eux, ils nous ont expliqué que leur avion (comme l’avait dit Gérald la veille) avait eu du retard lors du vol Zürich – New-York et que comme la correspondance de New-York à Montréal n’avait pas pu se faire, ils ont dû dormir à New-York. Comme ils ne savaient pas où j’étais, ils n’avaient pas pu me prévenir. Une fois arrivés à l’aéroport de Montréal, c’est là qu’ils ont eu l’idée (heureusement d’ailleurs !) que j’avais peut-être laissé un message à Swissair avec l’adresse où j’étais et que c’est grâce à ce geste salutaire qu’ils avaient pu prendre un taxi et me rejoindre. Quelle histoire !!! En tous cas, j’étais vraiment très, très heureuse de les voir, de les avoir là à côté de moi !

Détendue, après avoir ri de toute cette mésaventure et poussé un gros ouf de soulagement, j’ai remercié Gérald et la famille iranienne pour leurs prières et leur généreuse hospitalité (ils n’ont jamais voulu que je leur paie la nourriture et la chambre), puis avec Peter et Maya, nous sommes partis rejoindre notre hôtel.

Découverte du Canada avec Peter et Maya

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Maya et moi dans le train

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Le centre-ville de Montréal

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Le vieux Montréal

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La ville de Québec avec le Saint-Laurent

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Le château de Frontenac

Escapade à Rivière-du-Loup chez mon amie Louiselle

Après avoir visité les magnifiques villes de Montréal et de Québec, nous sommes allés à Rivière-du-Loup, une cité située sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent à 200 km au nord-est de la ville de Québec. Nous y avons retrouvé Louiselle, une québécoise extraordinaire que j’avais rencontrée à Nyon 1 an auparavant. Chez elle, c’était hyper sympa, car c’était toujours porte ouverte, il y avait continuellement du monde, des Bahaïes, des Chrétiens, des athées, elle ne faisait pas de différence ! Pour elle, tout le monde, il était beau, tout le monde, il était gentil et chacun avait sa place, chacun avait quelque chose à dire et à apporter aux autres. C’était une belle âme généreuse et charitable, accueillante et bienveillante… et tout le monde le lui rendait bien. C’était génial !

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Les rues de Rivière-du-Loup

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Les chutes de Rivière-du-Loup haute de 33 m

La journée, elle nous emmenait visiter la région (avec l’été indien, les couleurs dans les arbres étaient magnifiques, avec les érables, c’était flamboyant…) et le soir, c’était la fête à la maison avec des rencontres et des soupers en tout genre toujours très intéressants et qui finissaient pour la plupart du temps en chansons et à la guitare au coin du feu. L’ambiance était toujours chaleureuse et intense, gaie et colorée. Ah, les soirées chez Louiselle étaient un must… je les adorais, on s’y sentait toujours bien !

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À gauche, le mari de Louiselle, Maya et Louiselle, moi, Peter

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Peter a aussi joué de la guitare  

Chez Louiselle, nous sommes restés 4 jours. Lors de notre départ, triste de me voir partir si tôt, elle m’a proposé de revenir chez elle pendant 1 ou 2 semaines lorsque Peter et Maya allaient partir au Mexique. Je trouvais son invitation super gentille, super touchante, mais comment faire pour me déplacer toute seule de l’aéroport de Montréal  à Rivière-du-Loup ?!? (C’était prévu que Peter et Maya avant qu’ils embarquent pour le Mexique me mettent dans l’avion Ottawa – Montréal). Louiselle qui ne manquait pas d’idées et de ressources, persuadée que si on s’organisait bien, c’était possible, m’a dit de lui faire confiance, qu’elle allait me trouver des relais, des amis Bahaïs qui allaient venir me récupérer à l’aéroport de Montréal pour m’emmener ensuite à la gare de la ville, puis de me mettre dans le train pour Québec. De la gare de Québec, après, d’autres Bahaïs viendraient me chercher pour m’emmener à la station des bus et me placer dans celui qui partait pour Rivière-du-Loup. À l’arrivée à Rivière-du-Loup, elle serait là avec son fils et son mari pour me récupérer et m’amener chez elle. Elle était incroyable ! Quel punch, quelle confiance en les autres, quel aplomb et quelle audace ! J’étais épatée ! Lorsque je lui ai dit : « Ok, d’accord, mais après, chez toi comme ton fils étudie à l’université toute la journée et que ton mari travaille, qui va s’occuper de moi la journée ??? ». Louiselle avait une santé fragile, elle n’avait pas la force de me soulever pour me mettre aux toilettes ou au lit. Après avoir réfléchi 10 secondes, elle m’a répondu : « Ne t’en fais pas, je trouverais, accepte et viens me rejoindre ! ». J’avais beau avoir le nœud à l’estomac, j’avais beau trouver son défi difficile et risqué, je ne sais pas pourquoi, devant son insistance, j’ai accepté. Elle était ravie, le rendez-vous était pris pour une quinzaine de jours plus tard !

Rencontre avec des homosexuels

Après avoir quitté Rivière-du-Loup, nous sommes partis pour Ottawa, la capitale du Canada.

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La colline du Parlement à Ottawa

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Le Parlement avec le changement de la garde

Là, nous étions invités chez un ami de Peter, un suisse-allemand qui avait émigré à Ottawa. Lorsque nous sommes arrivés à l’appartement, la clé était sous le paillasson, il n’y avait personne à l’intérieur. Pendant que Maya et moi avons déposé nos bagages dans les chambres et rangé nos affaires (nous étions là pour plusieurs jours), Peter est parti faire les courses pour le repas du soir. Quand le téléphone a sonné, comme je parlais mieux l’anglais que Maya, c’est moi qui ait répondu. À l’autre bout du fil, il y avait une voix masculine très étonnée de m’entendre, un peu sèche, voir même énervée qui m’a demandé : « Mais vous êtes qui et vous faites quoi dans cet appartement ??? ». Me sentant très mal à l’aise avec en plus la nette impression que je le dérangeais d’être là, je lui ai répondu que j’étais une amie de Peter, qui lui-même était un ami de Rudi, le locataire de l’appartement. Après un lourd silence, il m’a dit : « Ok, j’arrive ! ». Bizarre !

Par la suite, alors que Maya et moi, curieuses (on est des femmes…) et ne sachant pas quoi faire, nous avons commencé à visiter l’appartement et à regarder la décoration, notre regard s’est rapidement posé sur 2 photos installées sur la télé. Croyant voir 2 femmes légèrement vêtues, on s’est rapprochée et là qu’elle ne fut pas notre surprise de constater que ce n’était pas 2 femmes, mais 2 hommes à moitié nu !!! Avec ces 2 photos et le téléphone de tout à l’heure, nous avons vite fait le rapprochement, nous étions chez un homosexuel. Cela ne me dérangeait pas du tout, Maya non plus, mais Peter aurait quand même pu nous avertir, on se serait trouvée moins conne !

Soudain lorsque la porte s’est ouverte et qu’un homme est entré, alors là, tous nos doutes se sont confirmés. Très efféminé dans ses gestes et ses paroles, lorsqu’il m’a vue dans ma chaise roulante, il s’est tout de suite excusé pour son attitude froide et sèche au téléphone, puis nous a invité Maya et moi à boire un thé. Peter est arrivé, puis quelques instants plus tard, Rudi, le locataire de l’appartement. Entre le suisse-allemand, l’anglais et le français, la conversation allait bon train, c’était très sympa. Rudi était super content de retrouver son ami Peter et de faire notre connaissance à Maya et à moi. Son compagnon Alan était lui aussi très content de nous recevoir et de nous avoir comme invités. C’est lui qui a mis la table, fait le service et préparé le souper.

Durant nos 5 jours de vie commune, nous avons beaucoup visité, beaucoup rigolé, mais aussi beaucoup appris sur la condition des gays au Canada. Souvent pris à parti dans la rue ou dans les bus, quelques fois même tabassés sans aucune raison par les homophobes, leur vie n’était pas des plus faciles. Refusant d’obéir au dicton « Pour vivre heureux, vivons caché », Rudi et Alan ont été obligé pour leur sécurité d’intégrer un club de self-défense pour apprendre à se battre et à se défendre en cas d’agression gratuite. Mais quelle honte, mais qu’est-ce que c’était cette société où l’on n’était pas libre de ses choix amoureux, où l’on ne pouvait pas faire comme on voulait ?!? J’étais stupéfaite, surtout de la part d’un pays qui se disait avec les États-Unis tolérant et libre de pensée !

Lorsque Rudi et Alan nous racontaient leurs déboires, leurs difficultés à être accepté, le regard des autres parfois moqueur, parfois dédaigneux, ils avaient les larmes aux yeux. Ils n’arrivaient pas à comprendre (et moi non plus) pourquoi des personnes qu’ils ne connaissaient pas pouvaient mettre autant d’acharnement à les rabaisser, les humilier et les dévaloriser ! C’est vrai que c’était difficile à concevoir, surtout qu’eux ne cherchaient de conflit avec personne. Ce qu’ils voulaient, c’était tout simplement vivre leur amour tranquille et en paix et être respecté. Touchée et émue par leur histoire, je me sentais totalement solidaire avec leur combat (le mien en fait pour me faire respecter en tant que personne handicapée se rapprochait beaucoup…). Suite à cette rencontre très enrichissante, je me suis promise de ne plus jamais me moquer ni faire de plaisanteries idiotes et blessantes sur les homosexuels !

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À ma gauche Peter et Maya, à ma droite Rudi

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A droite, c’est Alan, le compagnon de Rudi

Avec leurs confidences, en tout cas une chose est devenue claire à mes yeux, c’est que quand on ne vit pas dans le milieu concerné quel qu’il soit, on ignore beaucoup de choses, beaucoup de faits, on ne sait pas toujours tout ce qu’il se passe ! Décidément dans nos sociétés dites développées à chaque fois qu’on ne rentre pas dans le moule, qu’on est considéré comme hors norme, on doit subir les foudres, les critiques et les discriminations des soi-disant biens pensants, des soi-disant gens normaux ! Mais être normal ça veut dire quoi au juste ?!? C’est vrai, qui peut décider de ce qui est normal ou pas, qui peut prétendre détenir la Vérité ?!? Dans la vie, il y a plusieurs normes et plusieurs vérités. Celles de nos voisins, nos amis et nos familles ne sont pas forcément toujours les mêmes que les nôtres. Et lorsqu’elles sont différentes, cela ne veut pas dire qu’elles sont plus nulles ou plus intelligentes, non, cela signifie juste qu’elles sont autres. Ah, les mots respect et tolérance ont bien du mal de nos jours à être entendus…

De toute façon sur cette terre, je trouve que chacun devrait avoir le droit d’être comme il est que ce soit avec son corps, ses pensées ou ses attirances sexuelles ! Personne n’est meilleur ni au-dessus de l’autre, chacun a sa place même s’il est différent ! Dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, dans l’article premier, il est écrit que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Dans l’article no 2, il est noté que chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamées dans la présente Déclaration sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de tout autre situation. Alors il faut nous respecter les uns les autres, transmettre le bien autour de nous et surtout, surtout être tolérant envers tous ceux qui sont différents de corps et d’esprit, qui ne pensent pas comme nous et qui ne vivent pas comme nous !

À Toronto chez une famille suisse-allemande

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Toronto avec la tour CN haute de 553,33 m

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 Le centre ville

À Toronto, nous avons logé chez des amis à Peter, une famille suisse-allemande avec 2 enfants de 4 et 6 ans. Comme les parents parlaient un peu le français, j’ai pu converser avec eux, ce qui était très sympa. Le papa, un bricoleur assidu, a construit de ses mains un chalet en bois au milieu de la forêt à une centaine de kilomètres de là. Lorsqu’il nous a invités à y passer le week-end, on a tout de suite dit oui. Une fois là-bas, c’était super beau, mais comme il n’y avait pas d’eau courante, donc pas d’eau chaude, qu’il fallait aller la chercher dans la fontaine d’à côté et qu’elle était glacée, eh bien, je peux vous dire que je n’ai pas fait souvent ma toilette ! De plus, comme les WC étaient à l’extérieur dans une petite cabane sans chauffage à environ 50 mètres, je ne les ai pas beaucoup utilisés non plus ! La cuvette était tellement gelée que ça coupait direct toute envie d’y poser les fesses et de faire pipi !

Par contre, dans le chalet avec la cheminée et le feu allumé, il faisait bon, la température était très agréable et c’était très sympa. Lorsque le papa nous a dit que pour éviter d’attirer les ours, il était interdit de laisser les poubelles ou quoi que ce soit comme nourriture derrière la porte (il fallait les mettre dans des containers spéciaux), ça nous a fait tout drôle, on n’était pas trop rassuré ! En Suisse, on n’a pas l’habitude d’avoir des ours dans nos forêts !

Un petit oiseau s’est posé sur ma main

Le dimanche après-midi, alors que je prenais le soleil devant la maison et que je fumais une cigarette, le papa est venu vers moi et m’a dit : « Marie-Claude, si tu restes tranquille le bras tendu avec un petit bout de pain dans les doigts, tu verras, dans un moment, il y a un oiseau qui va venir se poser sur ta main pour prendre le petit morceau de pain ! ». Séduite par ses propos, j’ai bien sûr tout de suite voulu essayer. Autour de moi dans les arbres et les feuillus, il y avait des centaines d’oiseaux qui gazouillaient. Au bout d’un quart d’heure d’immobilité totale, un petit moineau, le plus téméraire d’entre tous, est venu s’agripper avec ses petites pattes et ses longues griffes toutes fines sur mon index. Il m’a regardée droit en face, a pris le petit bout de pain dans son bec et s’est envolé. Attendrie par ce moment d’intimité avec ce petit moineau, j’ai réitéré plusieurs fois l’expérience. Les oiseaux, confiants, venaient de plus en plus rapidement. C’était génial, j’ai adoré ! De sentir ces petites boules de plumes toutes chaudes s’accrocher à mes doigts… c’était vraiment très impressionnant !

Peter a voulu essayer, mais comme il n’arrivait pas à rester immobile longtemps (pour nous myopathes, avec notre manque de force, ne pas pouvoir bouger, ça ne pose aucun problème, on a l’habitude…), aucun oiseau n’est venu vers lui, ils n’ont pas osé, il remuait trop. Ah, savoir être patient… ce n’est pas donné à tout le monde !

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Sur ma main, un petit oiseau est venu se poser

Après cette belle escapade de 2 jours dans la nature (où nous n’avons pas rencontré d’ours), nous sommes tous retournés à Toronto. Quelques jours plus tard, avec Peter et Maya, nous avons quitté cette gentille famille et sommes repartis à Ottawa.

Peter et Maya partent au Mexique, je suis prise en charge par des Bahaïes pour retourner chez Louiselle à Rivière-du-Loup

Lorsque nos 3 semaines de vie commune ont touché à leur fin, que notre voyage à 3 s’est terminé, Peter, Maya et moi-même étions tous tristes de nous quitter, de stopper net toutes les belles rencontres que nous avions faites ! Au moment de nous dire au revoir à l’aéroport d’Ottawa, nous avons tous été unanimes, nous avons tous les 3 dit la même chose : que c’était une super belle expérience, riche et intense et que si c’était à refaire, on le referait tout de suite et avec un grand plaisir ! Ça m’a fait chaud au cœur, j’étais toute contente !

Après m’avoir souhaité bonne chance pour le reste de mon voyage et moi de même pour le leur, ils sont partis prendre leur avion pour le Mexique et moi, c’est le service technique avec une hôtesse de l’air qui m’a mise dans l’avion d’Ottawa à Montréal. Après avoir fait le trajet toute seule comme une grande, c’est un homme d’une trentaine d’années (un Bahaï) qui m’a prise en charge du meeting point de l’aéroport de Montréal à la gare. Là, il m’a mise dans le train, m’a souhaité bonne chance et est parti. Arrivée à Québec city quelques heures plus tard, un nouvel homme est venu me prendre pour m’amener cette fois-ci à la station des bus greyond. Là, idem, il m’a mise dans le bus, souhaité bonne chance et est parti.

Quel périple, quelle aventure ! Et dire que j’ai fait tout ça, tous ces kilomètres en solitaire… c’était quand même incroyable, de la folie ! En tout cas, j’ai adoré ce sentiment de voyager seule, d’être libre et d’avoir de compte à rendre à personne. Je crois que si je n’avais pas été handicapée, c’est de cette façon que j’aurais voyagé…

Dans le bus Greyhound, comme dans l’avion d’ailleurs, puis dans le train, tout s’est très bien passé, je n’ai eu aucun problème particulier, je n’ai rencontré aucun souci avec les passagers. Eh oui, tout le monde a été très gentil et correct avec moi, c’était vraiment super !

2h plus tard, lorsque je suis arrivée à Rivière-du-Loup, il y avait Louiselle, son fils et son mari qui m’attendaient. Grands sourires aux lèvres, enthousiastes et heureux de me revoir, ils m’ont sortie du bus, installée dans leur voiture, puis emmenée dans leur maison. Là, une belle surprise m’attendait, il y avait un lit électrique dans la chambre où j’allais dormir ! Louiselle me l’avait loué le temps de mon séjour. Elle était vraiment incroyable…

Durant le week-end, c’était son fils et son mari qui s’occupaient de moi. D’avoir à nouveau des hommes qui me faisaient tout (laver, habiller, déshabiller, me mettre aux toilettes) ne me dérangeaient plus, j’en avais tellement eu depuis 1 mois… ! Pendant la semaine, c’était un couple de retraités, une femme et un homme, de très bons amis de Louiselle qui me prenaient en charge. Louiselle, consciencieuse et désirant le meilleur pour moi avait tout prévu, tout organisé et tout calculé pour me rendre la vie la plus agréable possible, c’était formidable !

Les jours ont passé très vite, ils étaient remplis de sorties en plein air, de nouvelles rencontres, de grands débats philosophiques et religieux et de belles soirées en musique et chansons. C’était génial, j’ai eu beaucoup de plaisir, j’ai énormément apprécié ! Je suis restée 12 jours chez Louiselle.

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Visite de la région en voiture

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Il y avait toujours de belles soirées en musique…

Retour en Suisse

Comme tout a une fin et que cela faisait déjà 6 semaines que j’étais partie de chez moi, fin novembre, après que j’ai réservé mon vol de retour, j’ai dit au revoir à Louiselle, son fils et son mari, ainsi qu’à tous leurs amis bahaïs ou non bahaïs. Après nous être serré très fort dans les bras les uns des autres, ils m’ont mis dans le train de nuit qui reliait Rivière-du-Loup à Montréal. Le matin, à mon arrivée à la gare de Montréal, c’est Gérald qui est venu me chercher. J’étais toute heureuse de le revoir et lui aussi. Depuis que j’étais partie, entre lui et sa femme, c’était devenu difficile, les tensions avaient augmenté, l’entente n’était plus du tout au beau fixe ! D’un côté, cela m’attristait pour lui, pour eux et de l’autre, cela me confortait dans mon idée que s’ils avaient des problèmes, je n’y étais pour rien, ce n’était pas de ma faute !

Comme mon avion Montréal – Zürich ne partait que le soir, Gérald est resté toute la journée avec moi. On a beaucoup parlé, on a diné chez une de ses amies, on s’est promené en ville, c’était vraiment très, très sympa. J’ai beaucoup apprécié ces moments. Le soir, il m’a emmenée à l’aéroport, bu un dernier verre avec moi, puis après m’avoir serrée très fort dans ses bras, il m’a laissée entre les mains du service technique et des hôtesses de l’aéroport.

Durant les 8 heures de vol de mon retour où j’étais de nouveau en solitaire, j’ai beaucoup pensé, j’ai beaucoup réfléchi à tout ce que j’avais fait, à tout ce qui m’était arrivé durant ces 6 semaines. La Vie là m’avait gâtée, m’avait donné une sacrée chance de pouvoir vivre une telle expérience unique et formidable, un tel voyage extraordinaire au pays magique des belles rencontres, du savoir rendre service et de l’amour de son prochain ! En regardant le ciel et les nuages à travers le hublot, l’immensité de l’océan qui défilait sous nos pieds, j’étais fière et heureuse d’avoir osé faire ce voyage, soulagée que tout se soit bien passé et que ma petite étoile m’avait à nouveau bien protégée et surtout très reconnaissante envers toutes les personnes que j’ai rencontrées et qui m’ont aidée d’une façon ou d’une autre à faire un bout de chemin dans ce beau pays qu’est le Canada ! Dans l’avion, je n’ai à nouveau rien bu pour ne pas devoir aller aux toilettes.

A Zürich, c’est mon fidèle ami Bernard qui est venu me chercher. Après avoir encore survolé la Suisse avec un avion Swissair de Zürich à Genève, Bernard m’a ensuite ramenée chez moi avec sa voiture qu’il avait laissée dans le parking de l’aéroport.

Ma maman, soulagée de me retrouver saine et sauve et en plus, en bonne santé, était toute heureuse de m’avoir à nouveau à la maison ! La pauvre, même que je lui téléphonais 2 fois par semaine pour la rassurer, elle a eu peur durant tout le voyage ! Il faut dire à sa décharge que ce séjour au Canada, elle n’y avait jamais crû, elle l’avait toujours craint et redouté. Au final, lorsque je lui ai raconté tout ce que les gens de là-bas avaient fait pour moi, tout ce qu’ils avaient entrepris pour m’aider et en plus gratuitement, elle a tout de même reconnu que j’avais bien fait de partir, que j’avais eu raison d’entreprendre ce voyage !!! Cet aveu m’a fait chaud au cœur, c’était à quelque part une reconnaissance à mes intuitions et à mes choix…

En tout cas pour moi ce 2ème voyage au Canada était plus qu’une réussite, c’était une victoire totale sur moi-même, ma maladie, les préjugés, les on-dit et la peur de l’inconnu ! Révélateur, il m’a prouvé que si on veut, on peut, que si on y croit, il faut foncer ! Il m’a appris aussi que si tout le monde jouait le jeu de l’entraide et de l’Amour de son prochain dans le respect et la tolérance, on pouvait faire plein de choses extraordinaires, on pouvait tous réaliser nos rêves !!!

J’avais 24 ans et… j’ai osé !!!

Et vive le courage et vive la volonté !!!

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Mai 2012             Marie-Claude Baillif

 

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2 réponses à 1983 : Le Canada… Mon voyage le plus fou !

  • rachel barbe dit :

    Merci de partager cette belle histoire tu as eu beaucoup de courage et de volonté et j’admire se que tu as fait tu as eu la chance de rencontrer des gens formidable lors de ton voyage et tu es revenue avec des souvenir graver dans ta mémoire merci pour se beau récite de voyage.

  • SEBASTIEN dit :

    C’est magnifique je vis le handicap avec mes enfants et je suis toujours à la recherche de nouvelles choses à faire – j’essaie de repousser les limites que posent le handicap – votre histoire m’a bouleversé la beauté de l’humain existe et cela donne beaucoup d’espoir
    merci pour ce partage

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