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1984 : L’Afrique du Sud !

Du dimanche 4 novembre au lundi 25 décembre 1984 (il y a 26 ans de cela ! J’avais 26 ans), je suis partie en Afrique du Sud. Ce pays avec ses paysages inouïs, sa vie sauvage intense et préservée, ce paradis des sportifs et des amateurs de grands espaces, ce fabuleux mélange d’Afrique, d’Europe et d’Inde (il est d’ailleurs surnommé le « Pays arc-en-ciel ») m’a permis de vivre une aventure humaine fantastique et incroyable, un beau voyage, une belle découverte dans tous les sens du terme !

À l’époque, c’était Bettina, une fille de Rapperswil (près de Zürich) qui s’occupait de moi. Comme son père était pilote à Swissair (l’ancienne compagnie d’aviation suisse), elle avait droit à 1 billet d’avion longue distance gratuit 1 fois par an. Comme elle ne l’avait pas encore utilisé, j’en ai bien sûr tout de suite profité. Pour moi, cette opportunité était géniale, car au lieu de devoir payer 2 billets d’avion, je n’en avais plus qu’un seul à payer, le mien ! Comme j’avais un très bon ami du collège, Guy, qui vivait et qui travaillait dans la ville du Cap en Afrique du Sud et que je ne l’avais pas revu depuis 1 année, c’était l’occasion idéale de me rendre là-bas. D’avoir un point de chute, quelqu’un que je connaissais sur place rassurait ma maman et moi aussi.

Pour la situer, l’Afrique du Sud se trouve à la pointe sud de l’Afrique. Ce grand pays de 1 219 912 kilomètres carrés est entouré au nord par la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et le Swaziland. À l’est, il est baigné par l’océan Indien et à l’ouest par l’océan Atlantique.

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Le drapeau sud africain

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La situation géographique du pays

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Avec 49 320 500 millions d’habitants (selon le recensement de 2009), l’Afrique du sud est la première puissance économique du continent africain. Elle possède d’énormes richesses minières comme l’or, les diamants, l’uranium et le charbon. Avec ses 79,3 % de Noirs, 9,1 % de Blancs, 9 % de Métis et 2,6 % d’Asiatiques, elle a les plus grandes populations dites « colorées », européennes et indiennes d’Afrique. Les conflits raciaux entre la minorité blanche et la majorité noire ont fait de grands ravages durant les années d’apartheid, une ségrégation raciale institutionnalisée en 1948 par le Parti National, le parti des Afrikaaners (ce sont les fermiers Blancs qui descendaient des collons Hollandais. Ils étaient établis dès le 17ème siècle dans la région du Cap). Pour le Premier Ministre de l’époque, M. Daniel Mélan, (un ancien pasteur de l’église néerlandaise réformée) tous ceux qui n’étaient pas considérés comme « Blancs » étaient des citoyens de seconde catégorie. Dans la langue afrikaans, le mot apartheid signifiait « vivre à part ».

Cette injustice, ces années de violence et de terreur ont duré jusqu’en 1991, année où le Président Frederik De Klerk a eu l’intelligence d’abolir ces lois ségrégationnistes révoltantes. Nelson Mandela est devenu le premier président noir du pays en 1994.

L’Afrique du sud est un des seuls pays africains à n’avoir jamais vécu de coup d’état. Les Noirs ont eu le droit de vote en 1994. La capitale est Pretoria. La monnaie est le rand.

Comme le pays était grand et loin de la Suisse, nous sommes parties durant 2 mois.

Aéroport de Genève

Lorsque ma maman nous a emmenées Bettina et moi à l’aéroport de Cointrin à Genève, ce fut le choc et la panique lorsque le responsable du checking nous a annoncé que comme l’avion était plein, totalement surbooké (tous les voyageurs étaient là, même ceux que la compagnie comptabilisait en plus) et que comme Bettina n’avait pas payé son vol, elle ne pourrait pas voyager en même temps que moi. Les places prioritaires étaient toujours données à ceux qui payaient leurs billets. Je devais donc partir toute seule, Bettina me rejoindrait le lendemain.

Comme c’était impossible que je voyage aussi loin toute seule (il fallait compter environ 12h de vol jusqu’à Johannesburg, puis après avoir changé d’avion, encore 2h jusqu’à Cape Town) et que je n’avais personne sur place pour s’occuper de moi, on a insisté pour que Bettina puisse quand même partir avec moi. Comme le responsable refusait, ma maman a commencé à s’énerver… elle voulait voir le directeur. Celui-ci est bien sûr venu et après bien des discussions houleuses, a donné son feu vert pour que Bettina et moi puissions voyager ensemble. Ouf !

Le départ est donné

Pour ne pas devoir aller aux toilettes dans l’avion, je n’ai plus rien bu depuis 4 heures avant le départ et durant tout le vol. Les toilettes dans l’avion étaient tellement petites que c’était la croix et la bannière pour y aller !

Arrivée à Cape Town et retrouvailles avec mon ami Guy

Après 14 heures de vol au total et 1 changement à Johannesburg, nous sommes enfin arrivées à Cape Town. Guy (mon ami du collège) était là et après la joie de nos retrouvailles, nous sommes partis à bord de sa WW coccinelle brune.

Lors du trajet, Guy nous a montré les différents townships, ces quartiers résidentiels strictement réservés aux Noirs et aux métis (les « coloured ») et nous a expliqué ce que représentait l’apartheid au quotidien, ce qu’il ne fallait pas faire ou dire pour éviter des problèmes. En tant que petite Nyonnaise, j’avais du mal à comprendre et surtout à accepter une telle réalité, une telle injustice !

Après un petit tour de ville pour voir les buildings et les différents quartiers du Cap, nous nous sommes arrêtées sur une plage au bord de l’océan Atlantique. Il faisait beau et chaud. De novembre à mars, là-bas, c’était l’été. Il y avait 1 heure de plus de décalage horaire.

Avec ma chaise roulante, nous sommes allées tout au bord de l’eau. C’était tellement beau que j’ai enlevé mes souliers et mes chaussettes pour pouvoir mettre mes pieds dans le sable et l’eau.

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Bettina et moi sommes admiratives devant l’océan…

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Petit bain de pieds…

A 100 mètres de là sur des rochers au loin, il y avait un homme qui nous faisait des grands signes et qui criait. Comme on ne comprenait pas ce qu’il disait ni ce qu’il voulait, on n’y a pas prêté attention. Bien mal nous en a pris, car tout d’un coup une grosse vague est arrivée, a fait monter le niveau de l’eau devant moi et je me suis retrouvée mouillée jusqu’aux genoux ! Surpris, Bettina et Guy ont dû d’abord tenir, puis tirer violemment ma chaise roulante en arrière, car lorsque la vague s’est retirée, le sable m’entrainait en avant. On a eu très peur et c’est là qu’on a compris, mais trop tard, pourquoi l’homme avait crié. Il avait essayé, mais en vain, de nous prévenir !

Pour aller chez mon ami Guy, il fallait monter 3 étages. Il n’y avait pas d’ascenseur. Pour que je sois moins lourde à porter, on a choisi de me prendre seule sans ma chaise. Guy m’a prise sous les bras, Bettina sous mes genoux. Je ne sais pas pourquoi, mais durant la montée, on a attrapé 3 énormes fous rires ! Guy n’en pouvant plus a dû me poser 3 fois à même les marches ! C’était terrible, car on n’arrivait pas à se ravoir ! Une fois chez lui dans son appartement, rebelote… on a eu de nouveau un fou rire… résultat, on s’est retrouvé les 3 couchés parterre !!! Décidément… ! Après que nous ayons tous repris notre sérieux, Bettina et Guy sont redescendu pour chercher ma chaise. Nous avons passé la soirée tranquilles à se remémorer nos bons souvenirs !

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Suite à un fou rire démentiel, avec Bettina on s’est retrouvée parterre !

Le fait que Guy habitait au 3ème étage sans ascenseur était très embêtant, car cela signifiait que Bettina et moi, on ne pourrait jamais monter ou descendre de cet appartement seules, on serait toujours tributaire de ses horaires de travail pour sortir et rentrer…

Comme Guy travaillait toute la journée, le lendemain, on a été obligée de se lever à 6h du matin comme lui pour qu’il puisse nous aider à descendre. Si l’on voulait visiter la région, c’était le seul moyen !

Une fois en bas de l’immeuble, Bettina et moi, étions livrées à nous-mêmes. Guy finissait son travail à 18h. Il nous a donné rendez-vous à la même plage que hier au bar restaurant.

En attendant 18h, Bettina et moi, sommes parties à la découverte de Cape Town, une ville moderne, la capitale sud-africaine de l’art de vivre, de la mode et de la gastronomie. Nous sommes allées partout : au centre ville, dans les quartiers de Constantia, à Long Street, aux Jardins de la Compagnie, à Adderley Street (la principale rue commerçante de la ville), à St George’s Mall et au Greenmarket Square où nous avons fait un peu de shopping dans les nombreuses boutiques de la rue. Cape Town est une jolie ville. Au centre, il y avait des grands buildings qui servaient de bureau, autrement c’était rempli de petites maisons de 1 à 2 étages. A la fin de la journée, nous avons rejoint le port et le waterfront avec ses commerces, ses restaurants. Guy était là. Super ! Après nous être désaltérés, nous sommes tous montés à l’appartement pour prendre le repas du soir et nous reposer.

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Cape Town

La ville du Cap (Cape Town en anglais, Kaapstad en langue afrikaans) est la cité mère de l’Afrique du Sud. Elle a été fondée par Jan Van Riebeeck le 6 avril 1652 pour le compte de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Taverne de l’océan, la ville servait de lieu de réapprovisionnement pour les bateaux qui naviguaient sur l’itinéraire commercial vers l’Indonésie. Elle fut choisie à cause de sa baie abritée qui formait un port naturel et protégeait les bateaux contre les vents dominants du sud-est.

A cette époque, en 1652, cet emplacement n’était peuplé que de petites tribus de type aborigènes Khoi et San. Aucun Noir de type Bantou ne résidait à moins de 1000 km vers l’est, d’où la polémique sur l’ancienneté de présence entre les Noirs et les Blancs en Afrique du Sud.

Pour s’installer au Cap, les Hollandais ont fait déplacer les populations locales Khoi et San, décimées par les maladies importées par les européens. Manquant de main-d’œuvre, les Néerlandais ont alors fait venir des esclaves depuis l’Asie et l’Angola. Les descendants de ces esclaves (connus sous le nom de Malais du Cap) se sont mélangés avec les colons européens et ont formé le groupe ethnique des « métis » signifiant les « coloured » en anglais.

La ville du Cap est bâtie au pied d’une montagne, la Montagne de la Table. Celle-ci est accessible à pied ou en voiture tout terrain. Pour monter à son sommet, il y a un téléphérique qui fonctionne seulement par beau temps, car les rafales de vent peuvent être dangereuses et les nuages obscurcir la vue depuis le sommet. C’est l’un des plus beaux panoramas du monde ! La Montagne de la Table est le symbole de Cape Town, elle se trouve à 1087 mètres d’altitude. Le soir, elle est éclairée.

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Vue sur la Table Mountain (la Montagne de la Table) à Cap Town

Visites de la ville de Stellenbosch

et des jardins botaniques de Kirstenbosch au Cap

Comme les 2 jours suivants, c’était le week-end et que Guy avait congé, il nous a emmenées à Stellenbosch. Cette ville, située à une cinquantaine de kilomètres du Cap au cœur de la région des vignobles sud-africains, est la 2ème plus vieille ville du pays (après le Cap) et l’une des plus jolies et mieux conservée. Elle a été fondée en 1679 par le 2ème gouverneur du Cap, Simon Van der Stel. C’est vers la fin du XVIe siècle que les colons Huguenots ont établi la viticulture comme industrie importante de la région. J’ai goûté leur vin, il est excellent ! Avec ses nombreux édifices du 17ème et 18ème siècle, Stellenbosch compte 90 000 habitants. Nous nous sommes baladées dans ses rues et avons visité « Oom Samie se Winkel » (le magasin de l’Oncle Samie), la plus vieille épicerie loin à la ronde !

Nous avons visité aussi le jardin botanique de Kirstenbosch situé sur le flanc oriental de la Montagne de la Table. Considéré par les spécialistes comme l’un des plus beaux et intéressants du monde, il regroupe dans sa partie cultivée quelques 6000 espèces de plantes d’Afrique du sud et dans sa zone naturelle environ 900 espèces ! La flore de la région du Cap était bien entendu représentée en majorité. Pour nous, visiteurs européens, c’était magnifique, car étant donné que la majeure partie de ces plantes ne poussaient pas dans nos hémisphères, on était émerveillé devant tant de diversité, de variété, de couleur et d’originalité ! Créé en 1913 et occupant une superficie de 528 hectares, ce jardin botanique à vocation éducative a également été conçu pour être un agréable jardin public, un lieu de promenades et de détente pour les habitants du Cap.

On va loger dans un quartier réservé aux « métis  »

Comme c’était difficile et compliqué de toujours monter et descendre les 3 étages de l’immeuble à Guy, celui-ci nous a proposé d’aller habiter chez des amies à lui, une gentille famille avec Amina (la maman) et Shaheedah (sa fille de 24 ans). Elles habitaient dans une maison et avaient la possibilité de nous prêter une chambre au rez-de-chaussée. C’était super sympa de leur part, le seul problème était qu’elles vivaient dans un quartier éloigné du centre ville du Cap, qu’il fallait prendre un train pour s’y rendre et que c’était dans un quartier de « coloured ». Avec l’apartheid et la ségrégation raciale qui sévissait, ce n’était pas évident. Les Blancs avaient le droit de se rendre dans ces quartiers, mais bien entendu ils étaient quelques fois mal vus et pouvaient être agressés verbalement par les habitants métis forcés d’y habiter (ce qui pouvait se comprendre) !

Après avoir pesé le pour et le contre, nous avons accepté, car mieux valait être chez cette famille où il y avait beaucoup de va-et-vient, beaucoup de gens à rencontrer et à parler plutôt que de se retrouver tous les jours de la semaine à 7h du matin dans les rues parce que Guy devait partir travailler !

Le dimanche soir, Guy nous a donc emmenées chez cette famille avec toutes nos affaires. Bien que nous ne les connaissions pas, nous avons été reçues comme des princesses. C’était fabuleux ! Elles nous ont nourrit et logé gratuitement durant toute la semaine. On a beau voulu leur donner de l’argent pour les dédommager, elles n’ont jamais accepté ! Guy nous rejoignait le soir et on mangeait tous ensemble. C’était toujours très sympa, on a rencontré beaucoup de beau monde !

La journée, pour bouger et visiter malgré tout, Bettina et moi, nous avons pris 3 fois le train pour rejoindre le centre ville du Cap. Dans les rues pour nous rendre à la station de la gare, nous n’avons jamais eu de problème, jamais de commentaire, jamais d’insulte. Ouf ! Pour atteindre les quais, comme il y avait une dizaine d’escaliers à descendre, puis une dizaine d’escaliers à monter et que Bettina n’arrivait pas à me porter seule, on a à chaque fois demandé à des hommes qui passaient, en l’occurrence à des métis de couleur noire (eux ont bien de la force) s’ils étaient d’accord de nous aider.

Chevaleresques, ils ont toujours accepté, ils nous ont toujours aidées avec bonne volonté et gentillesse, mais la chose qui nous a toujours frappées, c’est que quand on leur parlait, ils ne nous regardaient jamais dans les yeux. Ils nous répondaient la tête baissée comme si ça leur était interdit d’oser lever les yeux sur nous !!! Quand on leur disait « merci beaucoup » et « bonne journée » (comme on le fait chez nous), ça se voyait qu’ils n’avaient pas l’habitude de ce genre de langage ! Je trouvais cela triste et j’avais dû mal à comprendre comment un peuple pouvait en rabaisser un autre à cause de sa couleur !!! C’était une honte !!!

Lorsque le train est arrivé, c’est là que l’on a vu pour la 1ère fois fixés aux portes des wagons des panneaux jaunes avec écrit dessus en anglais et en langue afrikaans : « A l’usage des personnes blanches uniquement » ou alors « A l’usage de toutes les personnes qui ne sont pas blanches » ! Quelle horreur ! Comme ça faisait bizarre !!!

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Lorsqu’un jour, Shaheedah (la fille qui nous hébergeait) a voulu nous accompagner pour aller à Cape Town, comme elle était considérée comme métis (c’était spécifié sur sa carte d’identité), elle ne pouvait pas prendre le même wagon que nous. Comme je trouvais stupide et ridicule de devoir se séparer, d’autant plus qu’elle avait la peau aussi blanche que nous, je lui ai proposé de faire comme si de rien n’était et de venir avec nous dans le wagon réservé aux Blancs. Choquée, me traitant de folle inconsciente (elle avait la trouille d’être prise et arrêtée), elle m’a bien sûr tout de suite répondu non. Têtue et surtout persuadée que c’était possible, que c’était réalisable, que personne n’allait rien y voir, j’ai réussi à la convaincre de nous suivre, de venir avec nous dans ce fameux wagon des « Blancs », une première pour elle en 22 ans d’existence !!!

Tendue et anxieuse durant les 30 minutes du trajet (moi pas, car finalement on ne faisait rien de mal, on avait payé nos billets), elle est sortie de ce maudit train soulagée et vraiment très heureuse d’avoir osé braver pour une fois cette loi si injuste !

Avec sa copine Alicia, un autre jour, on n’a pas pu rééditer cet exploit, car elle avait la peau noire. Là, malheureusement, on ne pouvait pas tricher, c’était impossible de faire semblant. N’arrivant pas à nous résigner de voyager séparées, nous sommes montées avec elle dans le wagon réservé aux Métis et aux Noirs. Personne ne nous a rien dit, mais les regards sur Bettina et moi étaient lourds et pesants !

Pour aller au cinéma de Cape Town, c’était impossible de les emmener avec nous, car ils n’étaient réservés que pour les Blancs. Personne d’autre n’avait le droit d’y rentrer. Résultat, on n’y est allé qu’une seule fois, car ça nous faisait trop mal au cœur ! En ce qui concerne les restaurants et les plages, cela dépendait, il y en avait qui étaient mixtes où tout le monde pouvait y aller quelque soit la couleur de sa peau et il y en avait qui étaient réservé uniquement pour les Blancs. Il fallait toujours se renseigner avant pour ne pas avoir de mauvaises surprises ! Les bancs et les toilettes étaient séparés aussi. Une fois où je crevais de besoin de faire pipi, on n’a pas fait attention, on a vu écrit « toilet » et c’est tout, eh bien, impossible d’y aller, le monsieur pipi n’a jamais voulu me laisser rentrer ! J’ai dû remonter dans la voiture, failli mouiller ma culotte pour aller à l’autre bout du parking dans les toilettes réservées aux Blancs ! J’étais d’une colère !!!

L’Afrique du sud a été le seul pays avec l’État Nazi à s’être donné des lois racistes. Toute la vie quotidienne des gens était rigoureusement codifiée par un ensemble de lois extrêmement précises pour chaque communauté. Par exemple, tous les jeunes non Blancs de plus de 16 ans devaient porter sur eux un passeport (le Pass Law Act) qui devait indiquer la race de l’individu, son lieu de résidence et le nom de son employeur. Les condamnations pour s’être déplacé en zone interdite sans ce passeport pouvait aller jusqu’à des peines de prison. Les mariages interraciaux étaient interdits, les relations sexuelles entre Blancs et autres races étaient punies d’une peine pouvant atteindre 7 ans de prison. Les Noirs étaient parqués dans des zones d’habitation spécifiques. Pour circuler en territoire blanc, ils devaient présenter un laissez-passer. Le droit de grève, de même que la résistance passive leur était totalement interdit sous peine d’emprisonnement. Les plages, parcs, restaurants, toilettes, bancs, fontaines, écoles, bus, trains étaient séparés.

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Ces panneaux que l’on trouvait partout, qui régentaient la vie quotidienne des Africains du sud étaient choquants et révoltants ! Ils m’ont marquées…

Le Cap de Bonne Espérance

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Lorsque Guy était occupé à son travail, Bettina et moi, nous avonspris une excursion toute organisée pour aller voir le célèbre Cap de Bonne Espérance. Ce promontoire rocheux, situé au sud de la ville du Cap à la jonction entre 2 courants maritimes très différents (un courant froid appelé « benguela » à l’ouest et un courant chaud appelé « le courant des aiguilles » à l’est) a été découvert en 1488 par l’explorateur portugais Bartholomé Dias. D’abord nommé Cap des tempêtes en raison des vents qui y sévissaient, il fut rebaptisé Cap de Bonne Espérance lorsque les portugais eurent bon espoir d’arriver aux Indes. La position stratégique de ce cap au milieu des 2 plus grands océans lui procure une grande diversité de vie marine. Cela est dû à la grande différence de température de l’eau entre le côté ouest et le côté est.

Dans le car, nous étions une trentaine de touristes. Après avoir longé la Côte Atlantique, de superbes paysages nous ont accompagnés jusqu’au village de pêcheurs de Hout Bay. C’était super ! Après le Chapman’s Peak Drive, la longue plage déserte de Noordhoek, les rouleaux sauvages de Witsandbaai, nous sommes arrivées dans la Réserve Naturelle du Cap de Bonne Espérance. Créée en 1938, celle-ci s’étend sur 7’770 hectares et possède 40 km de côtes. Le plateau se termine par 3 promontoires : le Cap de Bonne Espérance, le Cape Maclear et le Cape Point.

En quittant la route principale pour les discrètes routes latérales, nous avons aperçu des bonteboks et des steenboks (des antilopes), des zèbres, des autruches et des babouins. Une courte marche nous a ensuite amenée jusqu’à un phare d’où nous avons pu voir les 2 océans, Indien et Atlantique, se rencontrer. Un magnifique spectacle ! J’étais très émue, moi myopathe en chaise roulante, de pouvoir voir cet évènement en direct…

Après avoir quitté la réserve, nous avons atteint Simon’s Town. Là, nous avons pris un bateau pour aller découvrir une importante colonie de pingouins Jackass. Ils étaient un peu plus de 3’000 à se prélasser sur la plage des rochers (la Boulders Beach). Protégés, ces magnifiques oiseaux avaient presque disparu dans les années 1920. Ils s’appellent Jackass, car leurs cris ressemblent à ceux des ânes.

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Le chauffeur du bus a voulu me guérir

Une fois le bateau de retour, il était prévu d’aller diner au restaurant. Le chauffeur de bus, qui n’avait pas arrêté de babiller avec nous durant tout le parcours et qui m’avait à chaque fois aidée à monter et à descendre du bus, m’a alors proposé la chose la plus hallucinante que je n’ai jamais entendue !

Convaincu que si j’étais malade, c’était parce que j’avais accepté le démon en moi, que j’avais beau dire le contraire, pour lui, je ne croyais pas du tout en Dieu et en Jésus, car si tel était le cas, je marcherais, je ne serais pas là dans ma chaise roulante ! Comme il était là (selon lui, une chance pour moi) si je le voulais très fort, si j’étais d’accord de faire sortir le démon de mon corps et d’accepter Dieu et Jésus à la place, il pouvait me guérir et me sauver en imposant ses mains sur ma tête et en faisant des prières ! Curieuse et voulant voir ce qu’il allait faire, j’ai accepté ! Pendant donc que les autres touristes finissaient de manger leur repas au restaurant, Bettina et lui m’ont montée à l’intérieur du bus et là, après avoir mis ses mains sur ma tête, il a fait des prières au nom de Jésus pendant au moins 20 minutes. Évidemment, rien ne s’est produit, je ne me suis pas levée comme il le désirait, je suis restée bien assise, mais avec soudain un gros mal de tête ! Déçu et contrarié, ne comprenant pas pourquoi ses prières n’avaient pas fonctionné, il m’a répété X fois que c’était de ma faute, que c’était parce que je ne croyais pas assez en Jésus !!! Les autres touristes sont arrivés ce qui a clos notre discussion (et m’a empêché de lui dire ce que je pensais de lui) et ni vu ni connu, nous sommes repartis et rentrés à Cape Town.

Le soir, lorsque j’ai raconté cette histoire à Guy et à ses amis, ils ont tous été unanimes, j’étais folle d’avoir accepté ! Ce genre de manipulation pouvait être dangereuse (on ne savait jamais…) et je ne devais plus recommencer ! J’ai eu mal à la tête pendant plusieurs heures…

On part 1 semaine avec Guy le long de la Garden Road

et au Transkei 

Lorsque mon ami Guy a pris une semaine de vacances, nous sommes partis à bord de sa WW Coccinelle brune à la découverte de la Garden Road, la route des jardins, une très belle route étroite et encaissée entre montagne et mer le long du littoral turquoise de l’océan indien. Située entre les villes du Cap et de Port Elisabeth, elle s’étend sur environ 5000 km. Entre les plages de sable blanc, les rochers escarpés, les lagunes, les lacs et les estuaires, les forêts d’essences précieuses et les fleurs sauvages… c’était magnifique, grandiose, on a adoré !

A Oudtshoorn, une ville située au milieu de la vaste plaine quasi désertique du petit Karoo, connue pour son centre d’élevage d’autruches, l’un des plus importants au monde (au début du 20ème siècle, il fournissait 85% de ses plumes à l’industrie de la couture et du spectacle), on a visité l’une de ses fermes. C’était génial et très intéressant ! On a appris plein de choses sur ces plus grands volatiles terrestres…

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Aux alentours de Mossel Bay, on a fait une pause pour profiter des immenses et magnifiques plages désertes

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A Knysna, une ville de pêcheurs au cœur d’un magnifique lagon de 17 km, on s’est arrêtée pour voir certaines maisons construites sur pilotis et les marchés pittoresques.

Après avoir vu Port Elisabeth, puis Port St-Johns, Guy nous a emmenées ensuite au Transkei. Ce Bantoustan (un territoire créé spécialement durant la période de l’apartheid pour les populations noires, là en l’occurrence pour le peuple Xhosa) est devenu autonome en 1960 (ce fut le 1er), puis indépendant en 1976. Comme l’objectif du gouvernement de cette époque était en donnant l’indépendance aux Bantoustans de priver leurs habitants de leur nationalité sud-africaine, l’ONU et la Communauté Internationale, en désaccord total avec le régime de l’apartheid, n’ont jamais accepté de reconnaitre l’indépendance de ces territoires durant les années 1976 à 1994 (il y avait aussi le Venda, le Bophuthatswana et le Ciskei). A la fin de l’apartheid, ces territoires furent réintégrés à l’Afrique du sud. Pour pouvoir rentrer au Transkei, il y avait une douane et nous avons dû faire un visa. Nelson Mandela, né en 1918, y a vécu toute son enfance.
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Avec ses 45 010 km2 et ses 1 900 000 habitants, ce territoire aux collines verdoyantes parsemés de cases et de huttes multicolores à dominante turquoise, où les animaux domestiques comme les mulets, les ânes, les poules, les chèvres et les porcs vivaient en totale liberté (il fallait toujours y faire très attention, car ils traversaient ou se couchaient sur la route vraiment n’importe comment), où les femmes portaient sur leurs têtes de lourdes charges, représentait la partie la plus africaine et traditionnelle du pays, mais aussi la plus pauvre. L’agriculture et l’élevage sont les 2 ressources principales. Certaines routes étaient encore en terre battues.

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A Umtata, la capitale, une ville moderne avec maisons, petits immeubles, magasins, restaurants et routes goudronnées, nous avons logé chez un ami à Guy. L’appartement était simple, mais pratique. Après avoir mangé chez et avec lui, pour le remercier de son hospitalité, nous lui avons offert un verre et un dessert dans un restaurant local. Après avoir oublié les repose-pieds de ma chaise roulante sur le parking de son petit immeuble, foncé comme des fous pour les récupérer avant qu’ils ne soient volés (sans eux, j’aurais vraiment été embêtée), de retour au restaurant, catastrophe, Guy a eu la diarrhée et a passé les ¾ de la soirée aux toilettes ! Bettina et moi, on était morte de rire, mais en même temps très soucieuses, car si moi, j’attrapais ça, je vous dis pas les problèmes !!! Par sécurité donc, j’ai avalé 2 pilules d’immodium, un médicament contre la turista ! Durant la nuit, dans les lits, on n’a pas arrêté de se faire piquer et de se gratter, car le chat était bourré de puces !!! Quelle horreur ! On était dégoûté…

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Scène typique en Afrique : ce sont les femmes qui portent les choses lourdes !

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Dans les magasins, l’ordre n’est pas toujours au rendez-vous !

On prend l’avion pour Durban

Une fois de retour à Cape Town, Guy a repris son travail et Bettina et moi sommes parties en avion à Durban, la 2ème plus grande ville et le plus grand port de commerce d’Afrique du sud. Elle est située au bord de l’océan indien dans la province du KwaZulu-Natal. Avec ses 3,5 millions d’habitants (68,5% de Noirs, 20% d’Indiens, 9% de Blancs et 2,5% de métis), c’était une ville dangereuse où il était déconseillé de sortir le soir seul et à pied, surtout pour 2 blanches comme nous. Viols et assassinats était chose courante, il ne fallait surtout pas se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment… !

Cette ville industrielle réputée pour ses raffineries de sucre (il y a beaucoup de champs de canne à sucre), son industrie textile et ses usines de fabrication de peinture, de savon et de conserveries, est aussi le centre d’une immense région balnéaire et touristique qui s’étire sur 500 km de côtes.

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C’est le navigateur portugais Vasco da Gama qui a accosté le premier à Durban. C’était le 25 décembre 1497. La langue la plus parlée est le zoulou, puis l’anglais, l’afrikaans et l’hindi.

Guy nous avait donné l’adresse de la sœur à Shaheedah (séparée, elle habitait avec son garçon de 10 ans) chez qui on pouvait loger, mais comme elle habitait dans la banlieue, que c’était loin du centre ville et qu’elle travaillait toute la journée (on devait faire comme avec Guy partir à 7h du matin avec elle, puis lui donner rendez-vous à 18h pour pouvoir rentrer avec elle), nous ne sommes restées que 2 jours chez elle. On aspirait à avoir beaucoup plus d’indépendance ! Pour ce faire, nous sommes parties avec notre sac à dos à la recherche d’une auberge de jeunesse. Comme celle-ci se trouvait dans un cul-de-sac, que les gens qui y logeaient étaient plutôt bizarres (on les entendait gueuler, crier, il y en avait même qui étaient complètement saouls), on a eu peur et on est vite partie de là-bas. Après avoir trouvé 2 ou 3 hôtels pas chers, mais qui n’étaient pas du tout accessibles en chaise roulante, on s’est enfilée dans un petit snack pour réfléchir à ce qu’on allait faire et pour boire un verre. Comme on avait tout étalé nos plans et nos cartes sur la table, le serveur lorsqu’il a vu qu’on parlait français avec l’accent suisse, nous a demandé de quel coin on venait. Lui était originaire de Lausanne et ses patrons, un couple, de Vevey ! Comme le monde était petit… c’était vraiment incroyable ! Ravi de pouvoir parler en français, il nous a posé plein de questions. Étonné d’abord de voir qu’on voyageait que toutes les 2 (Bettina et moi) et non pas avec un groupe de touristes, stupéfait ensuite d’apprendre qu’on ne savait pas où dormir, il nous a proposé d’attendre ses patrons, que eux comme ils connaissaient bien la région, ils allaient nous trouver une solution !

Une heure plus tard, Madeleine, la patronne, est arrivée. Souriante, accueillante et ravie elle aussi de rencontrer des compatriotes, après un quart d’heure de discussion, nous a carrément invitée à dormir chez elle et son mari dans leur villa sur les hauteurs de Durban ! Ébahies par sa générosité, sa spontanéité à nous aider et heureuses de cette main tendue bienvenue, nous avons bien entendu tout de suite accepté. Nous sommes restées encore un moment avec elle dans son restaurant, puis elle nous a emmenées avec sa voiture dans le quartier indien. Là, il y avait un marché couvert haut en couleur avec tissus, vêtements, épices, bijoux et artisanat. Près de Grey Street, une rue animée riche en senteurs et en sons, on a pu voir la très belle mosquée blanche Juma Masjid avec ses 2 minarets au dôme doré. C’est l’une des plus grandes mosquées de l’hémisphère sud, elle peut accueillir jusqu’à 5000 croyants. Comme Durban était peuplée de nombreux Indiens, de nombreux Pakistanais, elle était pendant longtemps considérée comme la plus indienne des villes sud-africaines !

Après avoir acheté épices, jupes indiennes, foulards et statues d’éléphants, nous sommes allées à la villa de Madeleine. Comme il y avait une dizaine de marches pour accéder à la maison, c’est Roger, son mari, un bon vivant, super gentil aussi, qui a aidé à porter ma chaise. Une fois à l’intérieur, tout était à plein pieds, waouh, c’était magnifique ! Le salon, la cuisine, les chambres (on en avait une rien que pour nous), la véranda, c’était superbe ! Il y avait aussi un beau jardin à la végétation luxuriante rempli de jolies fleurs, plantes et arbres et la cerise sur le gâteau, c’est qu’il y avait une piscine, grande et profonde, où l’on pouvait nager à sa guise tous les jours ! Mieux on ne pouvait pas, c’était vraiment plus que parfait ! On avait beaucoup de chance…

On a passé la soirée à discuter, faire connaissance et parler de la Suisse. C’était très sympa, convivial et chaleureux, le temps a passé très vite. Après avoir bien dormi et bien déjeuné, Roger est parti travailler dans leur restaurant et Madeleine, qui nous a proposé de nous servir de chauffeur, nous a déposées à l’entrée du Parc à Oiseaux de Durban nord, un parc intéressant où l’on a pu voir des centaines d’oiseaux exotiques de toutes les couleurs et de toutes les tailles ! Une fois notre visite terminée, 2h plus tard, nous lui avons téléphoné pour qu’elle vienne nous chercher. Là, comme elle devait aider son mari pour les repas du midi, nous avons tous été dans leur snack et nous y avons mangé. L’après-midi, nous l’avons passée au bord de la piscine en compagnie de leurs amis, le soir à faire un barbecue.

Les jours suivants, nous avons visité le Minitown, un joli parc où l’on a pu voir Durban en miniature (les principaux monuments et bâtiments étaient représentés à l’échelle réduite de 1:25), le parc à serpents de Fitzsimmons qui, avec sa collection de plus de 120 espèces de serpents indigènes et exotiques, faisait des démonstrations pour apprendre comment les éviter et que faire en cas de morsure (il y avait également des crocodiles, des iguanes et des tortues) et pour finir, l’aquarium pour observer tous les poissons qui se trouvaient dans les eaux bleues turquoises de l’océan indien. Nous nous sommes promenées aussi le long du front de mer (1 km) et nous nous sommes arrêtées plusieurs fois sur la place réservée aux femmes zouloues qui vendaient leur artisanat. Nous avons été de temps en temps sur la très belle plage de sable fin de Durban. Avec ses grosses vagues, elle était le paradis des surfeurs, mais comme il pouvait y avoir malencontreusement quelque fois des requins, pour protéger les baigneurs, il y avait tout au long des miradors qui permettaient au gardien de plage de voir au large et d’avertir le public au cas où il en verrait un s’approcher de trop près. Ca faisait bizarre, ce n’était pas très rassurant ! Pour visiter la ville, il y avait des rickshaw conduit par des zoulous en costume traditionnel.

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Dans la rue vente d’objets typiques

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Costumes de parade !

Comme Durban était située sur un littoral au sud du tropique du Capricorne, que son climat était subtropical humide, quelque fois en pleine journée, Madeleine devait mettre les essuie-glaces dans sa voiture pour pouvoir voir à travers le pare-brise. C’était très désagréable, je n’aimais pas ça et mes poumons non plus ! J’avais souvent l’impression d’être oppressée, j’avais de la peine à respirer. Un jour où c’était vraiment fort, de peur que ce soit ma myopathie qui s’aggrave, je suis allée à l’hôpital pour consulter un médecin. Comme beaucoup d’habitants étaient illettrés, pour pouvoir se repérer et se diriger dans les couloirs de l’hôpital, il y avait collés au sol de longs rubans de couleur jaune, rouge ou vert. Chacun d’eux en fait représentait les différents services de médecine, radiologie, pneumologie, etc… c’était très ingénieux ! Le médecin, ne voyant rien d’anormal durant mon auscultation, m’a dit que c’était le haut taux d’humidité qui ne convenait pas à ma maladie, que si je continuais à avoir des difficultés à respirer, il fallait que je quitte Durban ! À moi de voir ce que je voulais faire…

Safari dans la réserve d’Umfolozi

Madeleine qui avait pris son nouveau rôle de guide touristique très au sérieux, nous a proposé un jour de partir pendant 4 jours dans la réserve d’Umfolozi, la plus ancienne, mais aussi l’une des plus belles réserves animalières d’Afrique du sud. Elle a été créée en 1895.

Située à 280 km au nord de Durban, elle se compose de vastes étendues de savane herbeuse. Avec ses 47 753 hectares, elle fut le domaine de chasse de la maison royale zouloue au cours de la 1ère partie du 19ème siècle, puis site de prédilection des chasseurs d’ivoire jusqu’en 1897 et enfin zone protégée depuis la fin du 19ème siècle.

Plus petite que le parc Kruger, mais avec une faune très dense puisqu’on pouvait y voir les Big 5, c’est-à-dire les éléphants, les lions, les rhinocéros, les buffles et les léopards, elle se trouvait en plein cœur du Zoulouland. Connue pour abriter l’une des plus grandes concentrations de rhinocéros blancs au monde (plus de 1000), elle possédait également 84 espèces de mammifères, 320 espèces d’oiseaux et 67 espèces de reptiles.

Dans notre camp qui se composait de 5 à 6 huttes au milieu d’une prairie, il n’y avait aucune barrière, aucune protection qui nous séparait ou nous protégeait des animaux sauvages. C’est pour cela qu’il nous fallait faire très attention, que l’on devait être très vigilante surtout durant le soir et la nuit. Il y avait une hutte spéciale pour les toilettes (elles étaient communes), mais il était fortement déconseillé d’y aller la nuit. Dans nos chambres, nous avions chacune un pot de chambre pour faire nos besoins. On a dû emmener avec nous notre nourriture et nos boissons. Les repas, nous les prenions dans la chambre à la lueur de la bougie, car il n’y avait pas d’électricité. Le soir, nous entendions plein de bruits et de cris étranges au loin… J’ai adoré cette ambiance de brousse et de vie sauvage, j’ai vécu un rêve, un séjour extraordinaire !

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Carte postale de la réserve d’Umfolozzi

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Notre petite maison avec 2 des gardes qui s’occupent de cette magnifique réseve

Le matin très tôt (c’est là qu’on voit le plus d’animaux), on partait sur les pistes de la réserve. On ne roulait pas très vite, chacune de nous était aux aguets pour tenter d’apercevoir une bête. C’était génial ! Nous avons vu des dizaines et des dizaines de zèbres (une fois, il y en avait même 3 qui buvaient dans une flaque d’eau les 2 pattes de devant pliées juste devant notre voiture à peut-être 2 mètres de nous !), des antilopes en veux-tu en voilà, des gnous, des impalas, des girafes, des buffles et un rhinocéros blanc qui a traversé la route juste devant nous ! C’était magique ! On était comme des petites filles, excitées et enthousiastes, les yeux grands écarquillés devant tant de beauté, de souplesse et de grâce !

Les pistes n’étant pas toujours très carrossables, il y avait pas mal d’ornières, un matin, nous avons crevé un pneu. Comme il était bien sûr déconseillé de sortir de la voiture pour changer la roue, Madeleine a téléphoné aux gardes du camp pour qu’ils viennent nous secourir. Eux-mêmes ne pouvant pas prendre le risque de réparer sur place (à cause des fauves, c’était bien entendu beaucoup trop dangereux), ils nous ont remorqué avec une corde jusqu’au camp et remplacer le pneu crevé avec la roue de secours.

Pour aller dans ce camp, par précaution, Madeleine nous avait fait prendre de la nivaquine, des comprimés contre la malaria. Un soir vers les 21 heures, suite à l’absorption d’une de ces pilules, j’ai eu la diarrhée ! Comme c’était impossible de me vider dans nos pots de chambre (avec les odeurs, bonjour la nuit qu’on aurait passé !), j’étais obligée de sortir pour aller dans la hutte des toilettes. Quelle poisse ! Comme il faisait nuit noire, Madeleine est sortie la première avec sa lampe de poche (obligatoire dans ce camp) pour repérer les lieux. Lorsque tout fut ok pour elle, qu’il n’y avait aucune bête aux alentours, Bettina et moi, on a suivi. Une fois vidée, une bonne demi-heure après, on a fait la même chose pour repartir. On a pu rentrer dans notre hutte sans problème et sans mauvaise rencontre. Soulagées, on a repris notre sommeil, mais dans la nuit, on s’est fait réveillée par le cri lugubre d’une hyène. Brrr ! Ça  donnait des frissons dans le dos !

Visite de Shakaland, un village zoulou reconstitué

Après nos 4 jours de safari à Umfolozi, en rentrant, Madeleine nous a emmenées à Shakaland, un complexe construit sur le modèle d’un village zoulou du siècle dernier. Là, nous avons pu goûter à la nourriture locale, visiter l’intérieur de leurs habitations (des huttes en forme de ruches) et assister à un spectacle de danses traditionnelles accompagnées de chants. Dans leurs tenues zouloues, les troupes de danseurs qui se produisaient devant nous étaient magnifiques ! De plus, c’était très intéressant de découvrir tous leurs rites et gestuelles, j’ai beaucoup aimé !

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Au cours du 19ème siècle, le peuple Zoulou était une nation forte et importante. Son roi s’appelait Shaka. Aujourd’hui, ils demeurent encore le principal groupe ethnique de l’Afrique du sud.

Nous partons à Johannesburg

De retour à Durban, nous sommes restées encore 1 jour ou 2 chez nos bienfaiteurs suisses, puis après leur généreuse hospitalité, nous avons repris l’avion pour Cape Town. Là, nous avons retrouvé mon ami Guy, ainsi qu’Amina et Shaheedah. Après avoir passé encore quelques jours avec eux, nous leur avons dit au revoir définitivement et nous sommes parties en avion à Johannesburg, notre dernière destination.

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Située à 1650 m d’altitude sur le gisement aurifère (or) du Witwatersrand, Johannesburg avec ses 710 000 d’habitants (1 million avec l’agglomération) est la ville la plus peuplée d’Afrique du sud, la 4ème plus peuplée d’Afrique. Les Noirs représentent le 73% de la population, suivis de 16% de Blancs, 6% de gens de couleur (les Métis) et 4% d’Asiatiques (Indiens compris). Considérée comme la capitale économique du pays, c’est là que se trouve la Bourse et la Cour Constitutionnelle (le haut Tribunal sud-africain). Elle possède un centre d’affaires puissant où l’on y côtoie autant de richesses exubérantes que de pauvreté et de misère attristante. Les buildings sont légion.

Ville dangereuse où règne insécurité et violence, en nous promenant dans ses rues, nous n’étions pas très rassurées. Pour dormir, nous avons été dans l’auberge de jeunesse, un endroit très sympa où il y avait une quinzaine d’autres touristes de toutes nationalités. Comme il y avait une cuisine commune où chacun pouvait préparer sa petite popote, tout le monde s’y réunissait pour faire connaissance, échanger ses pensées et raconter son vécu. C’était tellement convivial, tellement chaleureux que le lendemain, on est parti à 10 personnes voir un spectacle de jets d’eau dans un parc de verdure en plein air, puis on a mangé des glaces tous ensemble. Le jour d’après, on est allé visiter un parc d’attractions et d’aventures en bus collectif.

Johannesburg se trouve à une cinquantaine de kilomètres de Pretoria, la capitale du pays. J’y ai vu aussi des panneaux d’apartheid hallucinants !
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Ceci est votre parc, veuillez le garder propre. Ramasser des fleurs dans ce  parc est interdit. Endommager les arbres ou les plantes sera puni. Les chiens ne sont pas autorisés. Il est interdit de circuler à bicyclette. Ne marchez pas sur les pelouses. Il est interdit de jouer au ballon. Les aires de jeux, ainsi que les équipements de jeux sont uniquement destinés à l’usage des enfants européens !

Retour en Suisse

Le 24 décembre 1984 (c’était un lundi), ce fut l’heure du retour en Suisse. Dans notre avion qui reliait Johannesburg à Genève, dans la soirée, un des stewards s’est déguisé en père-noël et nous a distribué des boites de chocolat. Cette attention, cette petite touche d’humour nous a bien fait rire. L’ambiance était bon enfant, on était tous détendu quand soudain l’avion s’est mis à branler méchamment dans tous les sens. Tout le monde a dû se rassoir, même les hôtesses de l’air. Au dehors, il y avait un orage terrible, on voyait la foudre à travers les hublots. L’avion dansait littéralement, c’était horrible ! Lorsque l’appareil a perdu à plusieurs reprises de l’altitude, mes mains sont devenues moites et la sueur s’est mise à me couler en bas du dos. Les hôtesses de l’air étaient très tendues, il y en a même une a qui a fait le signe de croix. De les voir comme ça n’était pas du tout rassurant, cet enfer a duré au moins 5 ou 6 minutes ! Quand l’avion s’est enfin stabilisé, que les hôtesses ont pu se relever et que le pilote a annoncé que les perturbations étaient finies, on s’est tous regardé en poussant un gros ouf de soulagement ! Quel plaisir d’être vivant !

Lorsque l’avion a atterri à Genève, c’est mon ami Bernard qui est venu nous chercher. Après le soleil et la chaleur de l’Afrique du Sud, c’était plutôt dur de faire place au froid et au mauvais temps de la Suisse ! Arrivées chez moi, il y avait toute ma famille qui était là, car c’était le dîner de noël. Ma maman était heureuse de me revoir, soulagée de me sentir en forme et ravie que je rentre à la maison après ces 2 mois d’absence. Ça faisait plaisir…

Le diner s’est très bien passé, j’ai raconté mon voyage, l’apartheid qui m’avait choqué, les discriminations raciales au quotidien qui étaient si injustes, les paysages si variés, si fabuleux et si extraordinaires où l’on pouvait passer en peu de temps de l’océan à la montagne, de la forêt aux lacs et aux rivières, des régions désertiques à des falaises vertigineuses ! J’ai décrit aussi les 2 océans, atlantique et indien, si beaux et si différents à la fois, la végétation luxuriante, riche et florissante, les animaux sauvages libres dans leurs réserves, les grandes villes à l’américaine et les petits villages zoulous et xhosas hors du temps, l’insécurité avec le fait que c’était impossible, car dangereux de sortir le soir seules et à pied, les alarmes et les protections qu’il fallait impérativement installer dans les maisons pour éviter les vols, les viols et les meurtres, les magnifiques marchés indiens et africains avec leur artisanat traditionnel… et toutes ces images insolites et pittoresques prises au détour des rues et des chemins !

L’Afrique du sud, c’était tout ça, une mosaïque, un patchwork, un fantastique mélange de paysages, cultures, coutumes, langues et religions différentes ! Je suis fière et heureuse d’avoir pu y aller, je suis ravie d’avoir osé partir 2 mois loin de chez moi, je suis contente d’avoir vécu une telle expérience !

Si un jour vous avez envie de vous dépaysez dans un pays coloré aux milles et une facettes, alors n’hésitez pas, partez à la découverte de l’Afrique du sud et de ces beautés !

La fin de l’apartheid

C’est suite au massacre de Sharpeville en 1960 (un township où des militants noirs avaient manifesté contre le port du pass, le passeport intérieur obligatoire pour les Noirs), puis aux émeutes sanglantes de Soweto en 1976 (une banlieue noire où les étudiants avaient protesté contre l’obligation de suivre leurs cours en afrikaans, la langue des protagonistes de l’apartheid) qu’un grand nombre d’oppositions d’abord passives, puis devenant de plus en plus virulentes contre le régime de l’apartheid ont vu le jour ! Ces contestations, ces objections on ne peut plus justifiées venaient de :

1. L’opposition internationale hors Afrique du sud avec :

· En 1960, la condamnation de la politique d’apartheid par l’ONU et la communauté internationale !

· En 1965, la signature de la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale !

· En 1973, la signature de la convention sur le crime d’apartheid !

· En 1977, l’embargo décrété par l’ONU sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du sud !

· En 1978, la décision de l’ONU de déclarer cette année-là année internationale contre l’apartheid !

· En 1986, l’adoption par le Congrès des États-Unis, suivi par plusieurs pays européens, de sanctions économiques contre l’Afrique du sud !

2. L’opposition interne au sein même du pays avec des prises de position et des actions de la part de :

· L’ANC (l’African National Congress) avec le célèbre militant Nelson Mandela

· La Conscience Noire (avec son leader Steve Biko)

· Le Front Démocratique Unifié (avec le pasteur Allan Boesak et l’évêque Desmond Tutu)

· Des partis politiques parlementaires et extra-parlementaires

· Des syndicats

· Des mouvements associatifs

· Des églises catholiques et anglicanes

· Des chanteurs comme Johnny Clegg et son groupe Savuka

En 1991, comme les révoltes, les prises de position et les mouvements de solidarités internes et internationales étaient devenus monnaie courante, que le tiers des sociétés américaines avait fui le pays, le Président Frederik De Klerk dû, pour sortir son pays de cette crise sans précédant, abolir l’apartheid et ses lois ségrégationnistes. En 1994, suite aux premières élections multiraciales de l’histoire du pays (remportées par l’ANC), Nelson Mandela devint le 1er Président Noir du pays, un évènement colossal !

Cet homme avec son destin incroyable fut le plus grand et le meilleur représentant de la lutte pour l’égalité raciale. En effet, imaginez, alors qu’il était le leader et le principal meneur de la lutte anti-apartheid (c’est lui qui a fondé et dirigé la branche militaire de l’ANC en 1961), il fut arrêté en 1962, condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité, puis après être devenu le véritable symbole de l’oppression et de la liberté dans le monde entier, il fut relâché après 27 ans de prison en 1990. En 1993, il reçut conjointement avec le Président Frederik De Klerk le prix Nobel de la paix pour ses actions en faveur de la fin de l’apartheid et l’établissement d’une démocratie non raciale dans le pays. Il fut président de 1994 à 1999.

Depuis le 9 mai 2009, c’est Jacob Zuma qui est le 13ème Président de la République de l’Afrique du sud. Issu de l’ethnie zouloue, cet ancien cadre de la lutte anti-apartheid, a lui aussi été emprisonné à Roben Island, une île au large de Cape Town. Il a été enfermé durant 10 ans. Roben Island a servi au 20ème siècle de prison politique pour les opposants noirs au régime de l’apartheid. Inscrite depuis 1999 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, cette prison se visite aujourd’hui comme un musée.

Si l’on y réfléchit, c’est quand même incroyable que de 1948 à 1991, c’est-à-dire pendant 43 ans, une minorité de Blancs (5 millions) a pu en toute légalité instaurer des lois raciales, oppresser et maintenir sous leur joug plus de 36 millions de gens de couleurs diverses (Noirs, Métis, Indiens et Asiatiques) !!! En ne représentant que le 13% de la population, les Blancs, grâce cette injustice, cette ignominie qu’était l’apartheid, ont pu s’acquérir le 87% des terres !!! Espérons que désormais l’histoire ne se répétera pas…

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Le Président Frederik De Klerk et Nelson Mandela !af_47

L’emblème officiel anti-apartheid en 1978 !

                             

                     Février 2010                            Marie-Claude Baillif  

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