Tous mes Textes

Pour M’écrire

Envoyer un mail
à Marie-Claude: mcbaillif@bluewin.ch

Blog Traffic

Pages

Pages|Hits |Unique

  • Last 24 hours: 0
  • Last 7 days: 1 757
  • Last 30 days: 38 406
  • Online now: 0

1988 : La Turquie (no 1)

drapeau-turc

En 1988, suite à notre fabuleux voyage au Maroc, Christine (ma meilleure amie) et Marc-André (son mari) m’ont fait une proposition très alléchante : partir avec eux 2 semaines en Turquie du 1er au 15 octobre ! Comme ce pays au riche passé historique me fascinait, j’ai évidemment tout de suite dit oui… Waouh, j’étais super contente !!!

turquie01b

Pour faire ce nouveau périple à l’étranger, j’ai pris Simone, une Allemande de 25 ans pour s’occuper de moi… en fait, c’était ma jeune fille au pair depuis 6 mois, elle était ravie !

Comme la Turquie est un pays vaste et que les beaux endroits abondent, nous avons choisi de faire à la fois des visites découvertes et à la fois des pauses baignades le long des plages du bord de mer Méditerranéen. Notre programme était le suivant :

Prendre l’avion de Genève à Izmir, puis de là, louer une voiture pour partir visiter Éphèse et ses ruines romaines, Pamukkale et ses cascades pétrifiées, la Cappadoce avec ses formations volcaniques surnaturelles, ses villages troglodytes, ses églises rupestres et ses villes souterraines, le lac de Beysehir (le 3ème plus grand lac du pays), la chaîne de montagne des Monts Taurus, lesstationsbalnéaires aux eaux bleues turquoises d’Alanya et Antalya et pour finir, la fascinante et envoûtante Istanbul que l’on rejoignait en avion local !

2s

Génial ! Cet itinéraire, qui était alléchant, attractif et varié, qui comblait de joie toutes mes envies et tous mes désirs, promettait de belles émotions et de belles aventures ! De plus, comme c’était la première fois que je mettais les pieds (ou plutôt les roues…) en Asie mineure… j’étais aux anges !

Eh oui, la Turquie, avec ses 780 000 km2 (1,5 fois la France), comprend, il est vrai, la Thrace (la Turquie d’Europe, 3% du territoire), mais aussi et surtout l’Anatolie (la Turquie d’Asie, 97% du territoire) ! Ces 2 régions, séparées par le détroit du Bosphore (32 km de long) et des Dardanelles (68 km de long) cohabitent très bien ensemble, malgré leur différence de cultures, d’ethnies et de religions. Ankara est la capitale, mais c’est Istanbul avec ses 15 millions d’habitants qui est la plus grande ville du pays. Entourée par 4 mers (la Mer Noire, la Mer de Marmara, la Mer Égée et la Mer Méditerranée), la Turquie possède plus de 8 000 km de côtes. Ses frontières terrestres sont avec la Grèce, la Bulgarie, la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, l’Iraq et la Syrie. Elle compte environ 72 millions d’habitants, sa langue officielle est le turc et c’est un pays laïc où il n’y a pas de religion officielle.

La Turquie, ce merveilleux pays des mille et une nuits, est celui qui, à mon avis, illustre le mieux le mélange de l’Orient et de l’Occident. Mosaïque des civilisations, carrefour des cultures, elle possède encore une quantité impressionnante de vestiges, de monuments et de ruines de ses anciens occupants comme les Hittites, les Grecs, les Perses, les Romains, les Byzantins, les Seldjoukides et les Ottomans. Avec ses s, ses palais des sultans, ses anciennes cités romaines, ses villages troglodytes, ses églises rupestres et ses villes souterraines, elle constitue un riche patrimoine pour le monde entier. En fait, elle est un véritable musée en plein air, un joyau pour notre civilisation moderne !

1er octobre 1988

Après environ 6 heures et quart d’avion, nous avons atterri à Izmir, la 3ème plus grande ville du pays par le nombre d’habitants et le 2ème plus grand port après Istanbul. Cette ville, moderne et très dynamique sur le plan commercial, est située dans le golf d’Izmir, l’un des plus beaux de la mer Égée.

Comme nous sommes arrivés tard, nous n’avons rien pu visiter, nous avons directement rejoint l’hôtel que nous avions réservé depuis la Suisse, posé nos bagages, soupé dans la salle de restaurant, puis dormi dans nos chambres respectives. Simone dormait avec moi, Christine et Marc-André étaient ensemble à l’autre bout du couloir.

Pour aider Simone à me mettre de ma chaise roulante aux toilettes (et vice et versa) et de ma chaise roulante au lit (et vice et versa), c’était Marc-André qui venait. Christine aurait bien voulu le faire, ça, c’est sûr, mais avec la polyarthrite juvénile qui l’handicapait, c’était impossible ! Pour me soulever, il n’y avait pas de gestes spéciales à faire (Simone me prenait sous les bras et Marc sous les jambes), mais lorsqu’on m’asseyait sur des toilettes, il fallait toujours penser à prendre le coussin de ma chaise roulante pour me le mettre derrière mon dos, car cela me permettait d’avoir un point d’appui et par conséquent, de mieux me tenir droite !

Notre première nuit dans les bras de Morphée s’est très bien passée, à part qu’à 5 ou 6 heures du matin, on a été réveillée par l’appel à la prière d’un muezzin. Simone, curieuse et intriguée, s’est tout de suite levée pour voir si, depuis notre tout petit balcon, elle verrait le minaret, mais à part le fait que le balcon de la chambre d’à côté touchait quasiment le nôtre, elle n’a rien remarqué de spécial. Et pourtant… lorsque je pense que cette anecdote, tout à fait anodine et insignifiante à ce moment-là, allait me sauver la vie 2 heures plus tard !!! C’est quand même fou, ça !!!

A 7h, lorsque Simone avait fini de me et de se préparer, elle est allée chercher Marc dans sa chambre pour qu’il vienne m’aider à me lever du lit et me mettre sur les toilettes. Ce matin-là, dans l’excitation générale (eh oui, après le petit déjeuner, on partait pour Éphèse…), on a oublié de prendre mon coussin de chaise pour me le mettre derrière dans le dos ! Comme j’ai tout de suite fait pipi (et que je n’avais pas besoin d’aller à selle), j’ai pensé : « Bon, allez, pour une fois, ce n’est pas grave… de toute façon, Simone va de ce pas aller chercher Marc et dans moins d’une minute, ils seront tous les deux là à mes côtés ! », oui, mais voilà, c’était sans compter que lorsque Simone est sortie de notre chambre, elle a laissé la porte entrouverte et à cause d’un stupide courant d’air qui l’a refermée violemment, Simone et Marc se sont retrouvés derrière, comme deux cons, à ne plus pouvoir l’ouvrir ! Eh oui, Simone avait oublié de prendre la clé avec elle… Merde ! Quelle poisse ! Ça, ce n’était pas du tout prévu ! Pour le premier jour de nos vacances… ça commençait bien !!!

Comme Simone savait que sans mon coussin derrière dans le dos, je ne pourrais pas tenir longtemps dans cette position, que ma tête allait rapidement tomber en arrière et que là, malheureusement, je n’arriverais plus à respirer… j’ai décidé de lui faire confiance et de ne surtout pas paniquer ! Zen, je devais rester zen ! Cette noble pensée (qui m’honorait bien sûr…) était bien jolie, mais lorsqu’on est en phase délicate, que le danger est là, imminent et omniprésent, c’est quand même plus facile à dire qu’à faire ! J’avais bien entendu qu’à deux reprises, Simone et Marc, avait essayé (mais en vain) d’ouvrir cette maudite porte avec une clé (certainement un passe-partout obtenu à la réception de l’hôtel), mais depuis… plus rien !

J’avais beau serré les dents et me concentrer au maximum pour résister à l’effort et conserver ma tête droite, mais plus les minutes passaient, plus mes muscles s’affaiblissaient… Là, l’équation était simple : si dans les 2 minutes qui suivaient Simone ne trouvait pas une solution pour rentrer dans cette chambre, je ne répondais plus de ce qu’il allait advenir de ma personne ! Un grand malheur, ça, c’était sûr et certain… Le plus dur dans cette histoire et qui m’énervait au plus haut point, c’était que j’étais là, impuissante, totalement désarmée et incapable de faire quoi que ce soit, à part d’attendre que ma tête bascule en arrière et que je ne puisse plus respirer !

Comme la situation devenait de plus en plus critique, j’ai pensé : « Et si je me faisais tomber parterre, là au moins, je ne m’étoufferais pas. Oui, mais… et si je me cassais une jambe ou un bras, je serais toute aussi embêtée, alors… », je n’ai pas pu aller plus loin dans mes réflexions, car tout d’un coup ce que je craignais le plus est arrivé, mes muscles ont lâché et ma tête est tombée en arrière ! Démoralisée, dépitée et découragée (là, j’étais au point de non retour, ma fin était toute proche…), je me disais : « Mourir comme ça, aussi bêtement sur des toilettes et en plus, pendant le premier jour de mes vacances, ce n’était pas possible, pas concevable, Dieu ne pouvait pas me faire ça, c’était impensable, intolérable ! » J’imaginais ma maman lorsqu’elle apprendrait la terrible nouvelle, la tête de Simone, Christine et Marc lorsqu’ils me trouveraient gisant parterre… j’étais tellement triste, désenchantée et abattue que des larmes ont commencé à couler le long de mes joues… j’avais de la sueur dans le dos, mes mains étaient moites et je n’arrivais plus à avaler ma salive… à bout de souffle, dans le désarroi et le désespoir le plus complet, je me suis mise à prier comme jamais encore je ne l’avais fait de ma vie et… soudain… UN MIRACLE… j’ai entendu Simone qui ouvrait la porte à Marc et qui courait vers moi complètement affolée et choquée !

Lorsqu’elle m’a vue, elle m’a tout de suite relevé la tête pour que je puisse à nouveau respirer et pour que l’air recircule dans ma trachée. Inquiète et désemparée, elle n’arrêtait pas de me demander : « Marie-Claude, ça va ? Ça va ? » Au même moment, il y a le téléphone de la chambre qui s’est mis à sonner. Comme Simone tenait ma tête entre ses mains (à cause de mes muscles tétanisés par l’effort, je n’arrivais plus à le faire…), c’est Marc qui a décroché le combiné. A l’autre bout du fil, c’était ma maman qui s’inquiétait et qui voulait savoir si tout allait bien, si on était bien arrivé. Marc, qui n’avait pas vu dans quel état j’étais, est entré dans les toilettes pour me donner le téléphone. Mal en point et encore sous le choc (j’étais blanche, livide et blafarde), incapable de parler (sous l’émotion, je n’avais plus de voix, aucun son audible ne sortait de ma bouche) et suffoquant comme un poisson hors de l’eau, j’ai fait signe à Simone de lui parler à ma place, le temps que je reprenne mon souffle, mes esprits et ma voix normale ! C’est vrai, comme elle était déjà inquiète, je trouvais inutile de l’affoler avec cet épisode navrant… j’étais vivante et c’était là tout ce qui comptait !

De babiller avec ma maman, surtout après une telle épreuve, m’a fait du bien, ça m’a requinqué ! Une fois notre conversation terminée, j’ai remercié Simone pour son geste, son audace et son aplomb, car à deux ou trois secondes près, s’en était fini pour moi… Eh oui, elle m’a sauvé la vie ! Et vous savez comment ??? En sautant depuis le balcon de la chambre d’à côté sur le nôtre ! Eh oui, celui-là même qu’elle avait remarqué deux heures plus tôt lors de la prière du muezzin !!! Incroyable, non !?! En tous cas, ce qu’elle a fait là mérite du respect, de la considération et toute ma gratitude, car sauter comme ça depuis le 5ème étage d’un immeuble, c’était quand même osé et risqué ! C’est vrai, si elle avait glissé, perdu l’équilibre ou qu’elle était tombée… C’était sa mort assurée ! Mais comme elle me l’expliquait très bien, dangereux ou pas, elle n’avait pas le choix, elle devait le faire puisqu’aucun passe-partout n’avait réussi à ouvrir cette maudite porte de chambre ! Quoiqu’il en soit, je lui tire mon chapeau et dis bravo à son initiative, son courage et son sang-froid… car si elle n’avait pas été là, à ce moment-là, je ne serais pas là devant mon ordinateur à écrire ce texte !!!

Depuis cet événement, je vous jure que je n’ai jamais plus oublié de faire mettre mon coussin de chaise roulante derrière mon dos lorsque j’étais assise sur des toilettes et que j’ai toujours rappelé à la fille qui s’occupait de moi de prendre la clé de la chambre avec elle lorsqu’elle devait sortir pour X raisons ! Cette mésaventure, qui m’a marqué à vie, m’a donné une belle leçon !!!

Éphèse

Après avoir déjeuné et pris possession de notre voiture de location, nous sommes tout de suite partis, ragaillardis, excités et heureux de partir pour Éphèse, la célèbre cité antique. Située à 80 km d’Izmir et à deux pas de la Mer Égée, elle possède un site archéologique fantastique, l’un des plus importants de Turquie.

Éphèse a été fondée par Androclès, le fils du roi d’Athènes vers le Xème siècle avant J.-C., mais ce sont les romains qui en ont fait l’une des villes les plus prospères de l’Antiquité. En l’an 31 avant J.-C, elle fut proclamée capitale de la province d’Asie. Sa population, qui atteignait alors entre 250 000 et 300 000 habitants, vivaient de l’agriculture et du commerce, son port étant une halte incontournable pour tous les bateaux, chaloupes et barques qui venaient de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique.

Christine, Marc, Simone et moi, avons été très surpris de l’étendue du site archéologique d’Éphèse, de tout ce qu’il y avait à voir et pour certains du relatif encore bon état de conservation des monuments ! Le grand Théâtre, par exemple, construit durant la période grec, puis agrandi à l’époque romaine, tenait encore debout. Avec ses 66 rangées de gradins en demi-cercle, séparés en 3 sections par 2 passages circulaires, il pouvait accueillir 25 000 personnes. Son acoustique, paraît-il, était excellente. Les deux apôtres Paul et Jean y ont prêché la parole du Christ.

4

Le Grand Théâtre

Eh oui, Paul l’Évangéliste, qui a visité Éphèse 2 fois en 53 et en 55, y a vécu pendant 3 ans. C’est grâce à lui, d’ailleurs, que celle qui pendant plus d’un millénaire était un grand centre païen, est devenue dans les premiers siècles de notre ère, le troisième foyer du Christianisme, après Jérusalem et Antioche. C’est lui aussi qui a créé la première église locale, mais comme ses sermons contre la divinité d’Artémis dérangeaient et provoquaient des émeutes, il a dû fuir le pays. En 37, après la mort de Jésus, l’Apôtre Jean y a vécu également avec la Vierge Marie. En fait, c’est ici qu’il a rédigé son évangile, qu’il y est mort et qu’il y est enterré. En ce qui concerne la Vierge Marie, c’est à Éphèse aussi (à 8 km) qu’elle s’éteignit. Sa maison en pierre, toute simple et modeste, a été découverte au XVIIIIème siècle. Reconnue par le Vatican, elle est aujourd’hui un lieu de pèlerinage populaire pour les chrétiens et les musulmans. Une cérémonie y est célébrée tous les 15 août.

aaa

La bibliothèque Celsius

666

Le Temple d’Hadrien

Parmi les autres vestiges d’Éphèse, nous avons aussi découvert le Temple d’Hadrien (de style Corinthien, il a été construit en hommage à l’Empereur Hadrien), la Bibliothèque de Celsius (édifiée par le Consul Julius Aquila à la mémoire de son père Celsius, Proconsul de la province Romaine d’Asie, elle fut l’une des plus importantes bibliothèque de l’époque), les Termes de Scholastique (c’était un vaste ensemble de bains avec des latrines publiques et une maison de tolérance), l’Agora (c’était le lieu où se débattaient toutes les questions importantes de la cité), etc., etc.

C’était impressionnant, instructif et très touchant de se replonger dans l’Histoire Antique, de voir comment ils vivaient, s’organisaient et se distrayaient. C’est vrai, de fouler le même sol que des personnages illustres et légendaires appris à l’école, dans les livres ou dans les films… c’était très émouvant et très excitant à la fois ! Avec la vue sur la mer au loin, on a beaucoup aimé… il faisait beau et chaud, on était radieux !

Les Cascades Pétrifiées de Pamukkale

Après avoir dégusté un plat turc sur la terrasse d’un restaurant au bord de la route, nous avons roulé jusqu’à Denizli (à 200 km), un petit village dans lequel nous avons pris un hôtel pour la nuit. Une fois nos bagages posés dans les chambres, nous sommes tout de suite partis à la découverte de Pamukkale et de ses célèbres cascades pétrifiées.

Cet endroit, qui est à la fois une curiosité géologique fantastique et en même temps un site archéologique incroyable, celui de l’antique Hiérapolis (une nécropole bimillénaire fondée par le roi Eumène II à la fin du IIème siècle avant J.-C.) est tout simplement unique et magique! Embelli et développé par les Romains, puis par les Byzantins, il abrite encore un grand nombre de vestiges de temples, de thermes et d’églises.

Pamukkale signifie « le château de coton » en turc. Cette appellation vient des concrétions (solidifications, durcissements) calcaires qui se sont déposées sur le plateau au cours des siècles passés. En fait, les eaux de la montagne, chaudes et chargées de sels minéraux, ont un jour surgi, puis coulé en des centaines de petites sources fumantes qui, en s’évaporant, ont déposé leurs sels calcaires sur le flanc de la falaise où ils se sont pétrifiés en sculptant des formes étonnantes de vasques peu profondes et de petits bassins remplis d’eau chaude. C’est prodigieux, féérique et totalement déconcertant ! Ces cascades pétrifiées sont disposées en terrasse et sont d’un blanc éblouissant qui change de couleur selon l’éclairage des rayons du soleil.

1a

2d

ff

4a

Ce sont les Romains qui, les premiers, ont exploité ces sources d’eau chaude. Érudits, éclairés et avisés, ils avaient tout de suite compris que ces eaux, riches en substances minérales (sulfate de calcium, sulfate de magnésium, bicarbonate et dioxyde de carbone) étaient remplies de valeurs bienfaisantes et de vertus thérapeutiques. Ils y traitaient les maladies cardiovasculaires, l’artériosclérose, les rhumatismes, les affections de la peau et des yeux, le rachitisme ainsi que les maladies nerveuses.

Pour faire des jolies photos, Simone, Christine et Marc sont partis à travers ces vasques d’eau chaude. Comme moi, avec ma chaise roulante, je ne pouvais pas y aller, je suis restée au bord pour admirer ce magnifique spectacle naturel et regarder les gens qui marchaient dessus. Houlala, ça n’avait pas l’air très facile, car avec l’eau, le sel et le calcaire, le sol était plutôt glissant ! Pour éviter de tomber et se rattraper juste avant la culbute, certains touristes se retrouvaient dans des positions et des figures acrobatiques à mourir de rire ! Honte à moi, mais je me suis bien amusée ! Lorsque le soleil s’est couché, selon l’endroit où se trouvait son reflet dans l’eau… c’étaitfantastique, saisissant, à faire pleurer tellement c’était beau !

A côté des cascades, il y avait 2 ou peut-être 3 hôtels avec des piscines intérieures remplies de ces eaux chaudes. Contre une entrée payante, clients, touristes et autochtones pouvaient s’y tremper, s’y baigner ou s’y soigner. La température de l’eau se situait entre 35 et 38 degrés, un vrai bouillon !

Par la suite, bien des années plus tard, j’ai appris grâce à un reportage à la télévision que comme ce site, devenu un grand centre thermal, n’avait jamais été protégé, il avait été envahi par des dizaines de complexes hôteliers qui, année après année, indélicatement et sans vergogne, avaient détourné et profité illégalement des eaux chaudes de la montagne pour alimenter et ravitailler leurs propres piscines sauvages. Ce comportement, anodin pour certains, totalement irréfléchi pour d’autres, a eu pour conséquence que le précieux liquide est devenu de plus en plus rare et que tout l’écosystème de l’endroit a été mis en péril ! Lorsque l’UNESCO a été missionnée pour établir un plan de sauvegarde et de restauration de Pamukkale,cela a passé par la destruction pure et simple de la quasi totalité des hôtels et des motels et une canalisation stricte du flot des touristes. C’est vraiment dommage qu’à chaque fois qu’un endroit est beau et qu’il possède une richesse naturelle, il soit détruit par le tourisme de masse !

Départ pour la Cappadoce

Pour rouler en Turquie, il faut avoir le cœur bien accroché. Je n’ai jamais vu ça de ma vie ! Les gens dépassent n’importe comment ! Dans les montées… dans les virages… lorsqu’il n’y a aucune visibilité… c’est horrible ! De plus, lorsqu’un piéton traverse la route, les conducteurs de voiture ou de bus ne ralentissent pas, il le contourne en faisant du slalom sur la route !!! C’est affreux, affolant et complètement ahurissant ! A un moment donné, alors que nous étions en pleine montée coincé derrière un gros camion avec l’impossibilité de le dépasser (on ne voyait pas du tout s’il y avait des voitures en face), ehbien, aussi incroyable que cela puisse paraître, une voiture a réussi à nous dépasser, nous et le camion !!! Son conducteur, c’était un vrai fou, un véritable criminel en puissance !!! 40 à 50 minutes plus tard, on a vu une même voiture couchée sur le bas côté de la route avec 3 corps allongés parterre, morts !!! Était-ce lui ou pas… on ne le saura jamais, mais quelle désolation !

Pour conjurer le mauvais sort, il y a dans toutes les voitures turques, un grigri porte-bonheur ou alors un chapelet avec une croix accroché au rétroviseur principal à l’avant de l’habitacle !

Le Caravansérail d’Aksaray

A la porte d’entrée de la Cappadoce, sur la grande route caravanière qui reliait Konya à Sivas, nous nous sommes arrêtés pour visiter le magnifique caravansérail d’Agzikara Han près d’Aksaray. Cette espèce d’auberge fortifiée, l’une des plus grandes de Turquie, a servi autrefois de halte et de refuge aux longues caravanes qui traversaient le pays. Comme il était encore en relativement bon état, c’était très intéressant de le parcourir et de voir comment à l’époque les caravaniers et leurs bêtes étaient reçus et logés !

800px-Turkey_Aksaray014

L’entrée du caravansérail

Les caravansérails de la Cappadoce, surnommés « les palais (sérail) de la caravane », datent de l’époque Seldjoukide entre le XIème et le XIIIème siècle, les routes en étaient jalonnées. Les voyageurs qui s’y arrêtaient pouvaient y séjourner pendant 3 jours gratuitement, leurs bêtes aussi. Avant de reprendre leur longue traversée à travers la région ou le pays, ils pouvaient s’y reposer, s’y soigner, y attendre un client en retard, négocier sur place leurs marchandises ou même prier dans une petite mosquée. On y parlait toutes les langues et n’importe quel homme, de quelque origine ou de quelque confession qu’il fut, y était accueilli !

Il y avait deux sortes de caravansérails : des simples et des modestes qui (comme nos petits hôtels) ne proposaient que peu de services et de prestations et des plus grands, plus spacieux, plus confortables (tels nos établissements de 4 ou 5 étoiles) qui offraient, quant à eux, tout ce dont des voyageurs fatigués étaient en guise d’attendre. Il y avait des chambres communautaires, des individuelles, des écuries, des entrepôts, des boutiques, des centres vétérinaires et médicaux, des bureaux pour l’administration, un oratoire (petite mosquée), des bains et même une bibliothèque !

La Cappadoce

Dans cette région unique au monde et si particulière, située dans l’Anatolie, la partie asiatique de la Turquie (l’Asie Mineure), on a le souffle coupé, la bouche béate, les yeux exorbités tellement c’est beau et surprenant ! Ici, sur des hauts plateaux à plus de 1 000 mètres d’altitude, les monuments et l’environnement naturel ne font qu’un, c’est une fusion, un mariage, une intégration parfaite ! En effet, les formations volcaniques aux configurations étranges (cheminées de fée, cônes rocheux, pics…), ces vestiges millénaires, résultant des nombreux épisodes volcaniques qui ont frappé cette région, s’intègrent si parfaitement bien et si harmonieusement dans le paysage qu’on a presque peur d’y toucher, peur d’y détruire, peur d’y casser !

c

cc

ccc

cccc

dd

d

ddd

dddd

En effet, dans ce panorama grandiose et hors du commun où l’on se sent transporté dans un autre monde, sur une autre planète, où l’on a la nette impression de pénétrer dans un décor lunaire et surnaturel… on n’a qu’une envie : c’est contempler, regarder et admirer, ouvrir nos sens à l’ivresse du beau et de l’insolite, se laisse bercer et envahir par toutes ces émotions nouvelles, tous ces nouveaux chocs… C’est fabuleux, complètement extraordinaire !!!

Lorsqu’on se retrouve en face des cheminées de fée, ces longs et hauts cônes rocheux, on est déconcerté, stupéfié et ébahi et je dois dire qu’on a de la peine à comprendre comment ils ont pu se former, se sculpter et se façonner ainsi sans l’aide de la main de l’Homme. Géologiquement, l’explication est simple : il y a 3 millions d’années, les 2 volcans Erciyes (3’916 m) et Hasan Dagi (3’268 m) sont entrés en éruption et ont craché un mélange de cendres et de fragments de laves sur plusieurs kilomètres à la ronde. Cette première couche de tuf était particulièrement friable. Plus tard, lors d’un second épisode volcanique, la lave, qui s’était écoulée sur la région, s’est transformée en une couche très dure sous l’action du froid. Ce fut ensuite la pluie et le vent qui ont commencé leur lent travail d’érosion. La partie en tuf s’est alors rapidement effritée donnant naissance à des cônes qui ont conservé à leurs sommets une partie de la couche de basalte. De toutes les tailles et de toutes les couleurs (rouge, vert, jaune, blanc, ocre…), ces cônes aux chapeaux basaltiques, surnommés parfois « les demoiselles coiffées », jonchent la région et lorsqu’on se retrouve à leurs pieds, ils sont très impressionnants !

Si la Cappadoce est remarquable d’un point de vue naturel, elle l’est aussi d’un point de vue historique. En effet, elle abrite des civilisations depuis la Préhistoire. Hittites, Phrygiens, Mèdes, Perses, Romains, Byzantins, Seldjoukides et Ottomans s’y sont succédé.

Durant la période romaine, elle fut un important foyer du Christianisme. C’est là dans une de ses vallées, la vallée de Göremme, que les chrétiens qui fuyaient les persécutions des Romains venaient se cacher et se réfugier. Ce furent d’abord des ermites, des moines et des prêtres qui vinrent s’installer ici, puis des communautés entières. Les moines et les prêtres, afin de pouvoir pratiquer leur culte en toute tranquillité, ont creusé des centaines de monastères et d’églises dans les rochesen tuf (cela s’appelle des églises rupestres) et les ont décorées de fresques colorées représentant les différents chapitres du Nouveau Testament.Ces peintures murales qui racontent la vie du Christ pendant les grandes fêtes liturgiques datent du VIème au XIème siècle. Elles sont d’admirables témoignages de l’art byzantin.

bb

bbb

bbbb

bbbbb

   bbbbbb

Ce qui est triste et désolant, c’est que certaines de ces peintures ont totalement disparu ou alors, ont été fortement abîmées lors de l’interdiction faite par l’Empereur Léon III de reproduire toutes images d’êtres humains dans les églises. Durant cette période de grosse crise religieuse qui opposait les iconoclastes aux partisans des reproductions (elle a duré de 726 à 843), toutes les icônes du Christ, de Marie et des Saints étaient proscrites et leurs fabrications interdites. C’est donc ici en Cappadoce que se trouvent encore quelques uns des rares exemples de la décoration des églises durant cette période, décoration dite aniconique puisque réduite à des formes géométriques, à un décor végétal et à des croix.

Plus tard, sous le règne des Seldjoukides (une ancienne tribu turque originaire de l’Asie Centrale), la Cappadoce, grâce à la construction et l’aménagement de nombreux caravansérails, devint une halte importante, un carrefour incontournable et une étape essentielle pour tous les caravaniers qui traversaient le pays. La route qu’ils empruntaient à l’époque avec leurs chameaux chargés de tissus précieux, de tapis colorés, d’armes, d’épices odorantes, de fruits secs et de porcelaine en provenance de la Chine, c’était la mythique et légendaire« Route de la Soie » ! Elle qui en a fait rêver et fantasmer plus d’un… allait de l’Extrême-Orient à l’Europe !

La Cappadoce est demeurée une zone d’échanges pendant 5 siècles. Elle a été oubliée et mise de côté au XVIème siècle lors de la découverte d’une nouvelle route maritime. Plus rapide et plus sûre, cette dernière a récupéré tout le flux de marchandises, de vivres et de produits…

C’est grâce à la découverte des églises rupestres au XXème siècle que la Cappadoce fut remise au goût du jour, une aubaine pour nous autres et pour tous ceux qui ont eu ou qui auront un jour la chance d’aller là-bas !

Les points forts de la Cappadoce, les endroits à ne pas manquer et que j’ai adoré sont :

La Vallée de Göremme

Dans cette vallée enchanteresse, dans ce grand cirque rocheux au décor lunaire, classé comme patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO en 1985, l’on peut voir un fabuleux musée en plein air composé de dizaines de chapelles, monastères et églises rupestres creusées dans les roches en tuf. Les plus anciennes datent du VIème siècle.

e

ee
eeeeee
eee
eeee

Je n’ai, bien évidemment, pas pu pénétrer à l’intérieur de tous ces chefs-d’œuvre (la majorité avait des marches ou des escaliers impraticables), mais rien que le fait d’être là, posée dans ce décor irréel et tellement sublime, de voir comment l’Homme dans un monde agressif et un paysage hostile a pu devenir inventif et créatif, de comprendre que devant tant de beauté, de mystères et de grandeur naturelle, il nous faut rester humble, me suffisait largement ! Et puis, grâce aux explications et aux multiples descriptions de Simone et Marc (Christine, fatiguée, restait souvent avec moi) et aux images des prospectus, j’avais une bonne représentation de comment c’était à l’intérieur…

Zelve et la Vallée de Pasabag

Dans cette vallée, appelée aussi vallée des moines ou vignes du seigneur, à l’entrée de Zelve, se trouvent les plus beaux spécimens, les exemples les plus remarquables de cheminées de fées. Hautes de 15 à 20 mètres, elles ont quasi toutes conservé leurs chapeaux de basalte. C’est le plus bel ensemble que l’on puisse voir en Cappadoce ! Certains cônes sont isolés, d’autres groupés par deux ou trois.C’est tout simplement prodigieux !

i

ii

Pour lire la suite de ce texte, il faut cliquer ici sur : La Turquie (no 2)

 

 

Share

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *