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1992 : Au Coeur de l’Alsace avec ma Chaise Roulante et mon Respirateur !

Qui aurait pu imaginer en 1989 en me voyant si misérable sur ce lit d’hôpital, pauvre petite chose branchée à un respirateur, qu’aujourd’hui, quatre ans plus tard, je serais en pleine forme, gonflée à bloc, prête à repartir en voyage ? Personne ! Absolument personne ! C’était trop insensé, trop absurde ! Qui aurait osé y croire? Pas moi ! Surtout pas moi puisque je croyais que tout était fini…

Mais voilà, c’était compter sans cette volonté, cette force, ce courage qui m’habite depuis toujours. Ce petit quelque chose en plus qui fait qu’à chaque fois qu’une nouvelle épreuve surgit, je m’en sors toujours. Ce petit rien qui me pousse toujours plus loin, hors de mes limites…

J’ai la myopathie progressive, oui c’est vrai, avec une insuffisance respiratoire grave (la nuit, je dois dormir avec un respirateur). Je suis en chaise roulante, totalement dépendante de quelqu’un, mais aujourd’hui je m’en fous, je fais fi de tous mes problèmes, je repars en voyage ! Quelle joie ! Je vais pouvoir regoûter à ce plaisir, à ce frisson merveilleux que j’adore…

Deux personnes m’accompagnent dans cette aventure. Il y a Cileste, ma brave Cileste, une fille formidable qui vient des îles du Cap-Vert et qui s’occupe de moi depuis quatre ans… et Céline, une autre fille formidable que j’ai rencontrée, il y a deux ans (elle était au chômage, je cherchais quelqu’un pour remplacer Cileste qui avait un mois de vacances).

Alsace01

A gauche Céline, à droite Cileste

Notre destination, c’est l’Alsace au nord de la France

1er jour

L’embarquement dans la voiture de Céline se déroule sans problème. Ouf! Tout y entre ! La chaise roulante, le respirateur, la machine de physiothérapie respiratoire, les coussins spéciaux pour la nuque, nos trois sacs de voyage. Le départ est donné. Bye-bye Nyon, bonjour l’Alsace ! Dans mes mains, je tiens la carte routière. Je sers de co-pilote. Sur l’autoroute, les panneaux défilent à toute vitesse, Lausanne, Fribourg, Berne, Bâle, Mulhouse, Colmar.

A Colmar, nous nous arrêtons. Cileste et Céline ont besoin de se dégourdir les jambes. Moi aussi ! Enfin, disons plutôt qu’un changement de position me ferait le plus grand bien ! Mes fesses apprécient… Nous posons la voiture dans un parking et continuons à pied.

La vieille ville et le quartier pittoresque «La petite Venise» sont de toute beauté. C’est un dédale de vieilles rues pavées, de ruelles étroites entrecoupées de ponts et de petits canaux. J’adore ! Les maisons alsaciennes typiques avec leurs colombages, leurs façades de toutes les couleurs, rouges, bleues, vertes, jaunes (il y en a pour tous les goûts) sont aussi belles les unes que les autres. Je suis fascinée par la collaboration des gens d’ici à égayer leur cité. Au bord des fenêtres, sur les balcons, aux pieds des portes… partout il y a d’énormes bacs de géraniums rouges et roses. C’est impressionnant ! Cela donne un cachet tout particulier. Mon appareil de photo est mis à rude épreuve. Je n’arrête pas de mitrailler !

La visite terminée, nous reprenons la voiture et continuons jusqu’à Strasbourg. La ville est immense. Pour trouver l’hôtel, ça ne va pas être facile ! Heureusement que mon sens de l’orientation est bien développé et que j’ai l’habitude de faire ce genre d’exercice (dix ans de voyages autour du monde, ça forme !). Céline est surprise de mes talents de co-pilote. C’est normal, c’est la première fois que nous voyageons ensemble. Le compliment me touche beaucoup.

Une fois à l’hôtel, nous prenons possession de nos chambres. Cileste, que rien ne dérange (même pas le bruit du respirateur), va dormir avec moi… Notre chambre est parfaite, grande, spacieuse totalement accessible en chaise roulante. Dans la salle de bains, tout est fonctionnel, le WC, le lavabo, la baignoire. Même le miroir au-dessus du lavabo est incliné de telle façon que j’arrive à me voir de la tête aux pieds ! Quel luxe !

Cileste et Céline se sentent poisseuses. Elles ont envie de prendre une douche. Moi, ça m’arrange bien, car je suis fatiguée. J’ai besoin de pomper mes poumons avec ma machine de physio. Que ça fait du bien! A 22 heures, nous prenons notre premier repas typiquement alsacien dans une auberge non loin de l’hôtel. C’est délicieux ! Le tout arrosé d’un excellent vin blanc, le Gewurztraminer. A votre bonne santé !

2ième jour

Afin de me laisser le temps de récupérer, nous décidons de ne pas nous lever trop tôt. L’idée est bonne, mais c’est raté! Eh oui, malheureusement pour nous, à 6 h. le matin Strasbourg se réveille déjà ! Entre les camions poubelles, les balayeurs de rues, les clodos qui s’engueulent, les bus, les voitures, les motos, c’est impossible de dormir ! Un petit coup de téléphone à Céline, elle ne dort pas non plus. Nous prenons le petit déjeuner dans la chambre. Pour moi, c’est plus pratique, car pendant que Cileste et Céline finissent de manger (leur appétit est supérieur au mien), je profite de vite refaire une séance de physiothérapie respiratoire.

Nous passons la journée à découvrir Strasbourg à pied. Tout est beau, merveilleux, romantique à souhait ! La vieille ville, la cathédrale, le quartier pittoresque « La Petite France.», la promenade en bateau à travers les canaux de la ville (nous passons deux écluses, approchons du Palais de l’Europe).Il fait beau et chaud. Nous avons beaucoup de chance, nous pouvons prendre nos deux repas, celui de midi et celui du soir sur les terrasses. Le temps passe très vite, beaucoup trop vite. Encore deux ou trois cartes postales à écrire et la nuit tombe déjà. Nous allons nous coucher complètement crevées, les yeux et la tête pleins d’émotions nouvelles.

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Maisons en colombage dans le quartier de la Petite France

    

La cathédrale de Strasbourg

Balade en bateau mouche

3ième jour

Notre programme est simple. Le matin, visite et achat aux marchés. L’après-midi, promenade en voiture à travers les vignobles et les petits villages par la célèbre route du vin. Molsheim, Obernai, Barr, Dambach-la-ville, Sélestat, St-Hippolyte, Ribeauvillé… tous ces villages sont magnifiques, gais, colorés, fleuris, décorés avec des milliers de géraniums. Nous sommes sous le charme, totalement conquises par l’Alsace !

La route qui serpente à travers les vignobles est très agréable, car peu fréquentée. Nous pouvons rouler tout à notre aise, ralentir, observer, prendre des photos. Aucun excité derrière nous pour nous klaxonner !

A Riquewihr, nous visitons un parc à cigognes. C’est très intéressant ! Nous apprenons que 80% des cigognes meurent lors de leur grande migration vers les pays chauds, soit par électrocution lorsqu’elles se reposent sur les pylônes électriques, soit par empoisonnement avec les puissants pesticides que les Africains déversent sur leurs champs de céréales. Dans ce parc, les scientifiques alsaciens essaient de limiter ce carnage stupide en apprenant aux bébés cigognes à perdre leur instinct migratoire et à rester en Alsace même en période hivernale. Je les comprends ! C’est tellement beau de voir un nid de cigognes au-dessus d’une église ou sur le toit d’une vieille ferme…

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 Au milieu des cigognes 

Angoisse dans la soirée

Il est 20 heures. Nous sommes sur le chemin du retour. La fatigue commence à se faire sentir. J’ai l’impression que mes poumons sont tout dégonflés. J’ai besoin de me pomper avec ma machine de physio. Prévoyante, je l’ai prise avec moi dans la voiture. Eh oui, mais voilà, pour l’utiliser, il me faut une prise électrique ! Où la trouver ? Où aller ? Je n’en ai aucune idée…

Soudain, l’étincelle ! Et pourquoi pas à la police ? O.K. d’accord ! Adjugé ! Départ pour le commissariat d’Obernai. Les policiers, très gentils, comprennent tout à fait ma situation. Ils nous emmènent à l’intérieur de leur bureau et me mettent une prise électrique à disposition. Il y a beaucoup de remue-ménage, de coups de téléphones, de va-et-vient. Un vol avec agression vient d’être commis dans une boutique d’habits. Une femme est blessée. Elle attend un peu plus loin avec une amie. Moi, je me retrouve à côté du policier qui rédige son rapport sur l’ordinateur. Soudain, un docteur arrive. Lorsqu’il me voit sur ma chaise roulante en train de faire de la physiothérapie respiratoire, il panique un peu. «C’est elle qui a été agressée ?». «Non, non,» répond un policier, «Elle, c’est une autre histoire… la blessée, elle est là, à côté. Suivez-moi.». La situation est des plus cocasses! J’ai l’impression d’être en plein milieu d’une série policière! Quelle ambiance !

Les minutes passent… Au bout d’une demi-heure, ma physiothérapie respiratoire commence à faire son effet. Je me sens mieux, beaucoup mieux. L’énergie revient, la fatigue disparaît. J’appelle Cileste et Céline. Je suis prête. Nous pouvons reprendre la route. Nous remercions les policiers pour leur accueil et leur aide précieuse. Ils ont été très sympas et leur prise électrique m’a rendu un bien grand service. Et puis, partager un instant la vie d’un commissariat de police… quelle expérience originale, intéressante ! L’idée est à retenir.

Nous avons un petit creux à l’estomac. Nos amis policiers, décidément très serviables, nous donnent l’adresse du meilleur restaurant d’Obernai. Nous y allons avant de rejoindre Strasbourg tard dans la nuit.

4ième jour

Notre voyage se termine bientôt. L’heure du retour a sonné. A 11 heures du matin, nous rembarquons toutes nos affaires dans la voiture à Céline et repartons tout tranquillement en direction de la Suisse. Comme nous ne sommes pas pressées, nous reprenons un bout la route du vin. Nous visitons quelques villages comme Ilhausern, Husseren-les-Châteaux, Obermorschwir, Soultzmmatt. Le soleil nous accompagne, il fait très chaud.

A Guebwiller, nous stoppons pour manger. C’est notre dernier repas sur cette belle terre alsacienne. Nous sommes un peu tristes. Eh oui, tout a une fin ! Mais là, tout est bien qui finit bien. Nous trinquons à notre réussite ! Aucune ombre au tableau, tout s’est très bien passé. C’est promis, l’année prochaine, nous referons d’autres voyages ! Le temps s’écoule inexorablement. Soudain, il est l’heure de partir. Un coup d’oil sur les vignobles, les petits villages, les maisons à colombages… et c’est Mulhouse qui apparaît, puis l’autoroute, la frontière, la douane, la Suisse.

A 21 heures nous arrivons chez moi, fatiguées, complètement vidées, mais tellement heureuses et si fières d’avoir entrepris un tel voyage. Quelle super expérience ! Un énorme défi à moi-même, à ma myopathie, à ma vie d’insuffisance respiratoire.

Je remercie Cileste et Céline pour avoir osé, pour ne pas m’avoir dit non ou traitée de folle. Je les adore ! Ce sont vraiment deux filles formidables, exceptionnelles, que je suis heureuse de compter parmi mes amies. Grâce à elles, j’ai pu revivre à nouveau l’aventure, aller au bout de moi-même, concrétiser un rêve… continuer à voyager malgré mon respirateur ! Maintenant, ce n’est plus une utopie, mais une réalité à part entière. Une sacrée victoire !

J’espère qu’en lisant ces quelques lignes de nombreuses personnes trouveront l’envie, la force, le courage, le culot d’essayer.

Il faut croire en soi, ne jamais se décourager, ne jamais renoncer. C’est tellement enrichissant et gratifiant lorsqu’on arrive à se dépasser, à éliminer ses peurs et ses angoisses, à vaincre les obstacles.

On n’a qu’une seule vie sur cette terre. A nous de faire en sorte qu’elle soit la plus attrayante et la plus agréable qui soit ! A bas les échecs et les découragements… et vive l’audace !

Marie-Claude Baillif Nyon, Suisse 1994

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