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1996 : Vérone et Venise… Un Vrai Défi pour Moi ! _OLD

Tout commence un soir, lors d’un souper chez des amis. L’un d’eux, paraplégique, me demande : « Alors, Marie-Claude, où pars-tu en vacances cette année ? As-tu déjà des projets ? ». « Non, pas encore « . « Et pourquoi ne visites-tu pas Venise ? Tu verras, c’est une ville extraordinaire, je suis sûr qu’elle te plaira ! ». « Venise !?! Mais, tu es fou ! C’est bourré d’escaliers partout ! Avec la chaise roulante, c’est impossible ! ». « Mais, non, mais qu’est-ce que tu racontes ! Bien sûr que c’est possible ! La preuve, moi, j’y suis allé 4 fois ! Bon effectivement, je ne peux pas dire que Venise soit une ville très facile pour une chaise roulante, ce n’est pas de tout repos, mais crois-moi, c’est tout-à-fait faisable. De plus, toi, tu n’es jamais toute seule, il y a toujours des gens pour t’aider. Alors, vas-y ! Essaie ! « 

Ca y est, je suis piquée au vif, j’ai envie de relever le défi. Adjugez, Venise sera mes prochaines vacances ! Je sors une carte routière d’Italie pour voir où ça se situe exactement, mes yeux tombent sur la ville de Vérone. Tiens, je ne connais pas du tout ! Les arènes, Roméo, Juliette… Pourquoi ne pas faire un petit crochet par là ? Allez, adjugez, Vérone fera aussi partie de mon programme ! Bon, j’ai la destination, j’ai la voiture (la voiture que me prête ma mère), je dois maintenant trouver les gens qui vont m’accompagner et m’aider. Je demande à Cileste, la fille Cap Verdienne qui s’occupe de moi depuis 6 ans et à Nora, la fille française qui la remplace lors des vacances d’été et de Noël. Elles sont toutes les deux d’accord, enchantées de ma proposition. Génial !

Sur les conseils de ma mère, je décide de prendre une personne supplémentaire, un homme de préférence. Il sera chargé de conduire la voiture, car sur les autoroutes italiennes, la façon de rouler me fait un peu peur. De plus, je suis sûre qu’une force masculine pour franchir les escaliers, traverser les ponts et monter dans les bateaux va s’avérer fort utile !

Je mets une annonce dans le bureau de placement des étudiants à Genève. Ca ne marche pas. Je n’ai qu’un seul appel. Je mets une autre annonce dans le journal le « Quotidien de la Côte » et là, le téléphone n’arrête pas de sonner. Je reçois 18 appels. Quel succès ! Je retiens 4 candidats. Cileste et moi, nous rencontrons le premier un soir à la maison. Il est gentil, mais en fait, il ne nous plaît pas du tout. Beaucoup trop macho ! Le lendemain, nous recevons notre deuxième candidat. Lui, il ne roule pas des mécaniques, c’est déjà un bon point ! Deuxième bon point, il est chauffeur professionnel. 3ième bon point, il a un humour à tout casser et j’adore les gens qui me font rire ! En un clin d’oeil, Cileste et moi, nous tombons d’accord, ce sera lui notre chauffeur !

Les derniers détails sont réglés, le jour J arrive. Nous avons tous rendez-vous au bas de mon immeuble le 28 juin à 9 heures du matin. La voiture est pleine à craquer. Notre chauffeur arrive, (au fait, je n’ai pas encore fait les présentations, il s’appelle Pierre-Alain) et le départ est lancé.

Lausanne, Montreux, le Valais, le tunnel du Grand Saint-Bernard, la Vallée d’Aoste…les kilomètres défilent à toute vitesse. Le soleil brille, il fait de plus en plus chaud. Sur les autoroutes italiennes, le trafic est intense. Les camions sont partout. Devant, derrière, à côté. C’est infernal ! Pierre-Alain reste imperturbable, concentré sur sa route, attentif à la moindre fausse manouvre étrangère. Je le trouve admirable ! Il ne s’énerve pas, ne ronchonne pas. J’apprécie beaucoup !

La ville de Vèrone

A 16 heures, nous arrivons à Vérone. L’hôtel est à 2 minutes à pieds des arènes. Le temps de décharger la voiture, de prendre une douche pour se rafraîchir et pour moi de reprendre un peu de force avec ma machine de physio, hop, nous voilà au coeur de Vérone à flâner dans les ruelles de la vieille ville. C’est très joli et pittoresque ! Nous aimons beaucoup !

Le lendemain, baskets aux pieds, nous parcourons la ville de long en large. Les Arènes, le Castelvecchio au bord de l’Arno, les églises, les basiliques, la maison de Juliette avec son balcon, les tours avec vue panoramique sur la ville, la place du marché… à la fin de la journée, Vérone n’a plus aucun secret pour nous.

Les arènes de Vérone

A l’intérieur des arènes avec mes trois aides. de gauche à droite Nora, Pierre-Alain et Cileste

Le balcon de Juliette oü Roméo venait lui déclarer son amour

Il fait très chaud et nous sommes tous crevés. Mes accompagnateurs parce qu’ils ont trop marchés et moi, parce que je suis secouée comme un prunier sur les rues chaotiques de la ville. En effet, dans l’asphalte, il y a des bosses et des trous partout ! C’est incroyable ! On se demande même comment les petites vespas italiennes qui roulent comme des bolides ne se cassent pas plus souvent la figure !

Le soir, aux terrasses des restaurants de la Piazza Brà, en face des arènes, nous bavardons tout en observant le va-et-vient incessant des Italiens et des Italiennes, tous tirés à quatre épingles. C’est très drôle et nous nous amusons beaucoup !

Le 3ième jour, nous partons visiter le safari Parco Natura Viva à une quinzaine de kilomètres. C’est super ! Nous sommes à l’intérieur de la voiture avec interdiction formelle d’ouvrir portes et fenêtres et là, en roulant à 10 ou 15 à l’heure, zone après zone, nous découvrons toutes sortes d’animaux sauvages. Il y a des girafes, des zébus, des antilopes, des gnous, des zèbres, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, des lions, des tigres. Les photos fusent à toute vitesse. C’est extraordinaire!  Quelques fois, les animaux sont si proches, à seulement 1 ou 2 mètres de la voiture, qu’on pourrait presque les toucher, les caresser… Emouvante sensation, rêve d’enfant, nous sommes émerveillés !

Le lendemain, avant de partir pour Venise, nous montons à l’église Notre Dame de Lourdes. C’est un magnifique dôme avec une coupole toute blanche juchée en haut d’une colline qui surplombe la ville. La vue est imprenable. Lorsque nous arrivons, il est midi. L’église ferme. Nous supplions le curé de tout de même nous laisser jeter un coup d’oeil. Très amicalement, il accepte. Nous le remercions vivement, lui de son côté nous interpelle. « Etes-vous catholiques ? ». « Oui », répond Cileste toute fière. Alors, il nous bénit en face de la statue de la Sainte Vierge. Tant mieux, ça nous portera chance pour le reste du voyage !

Arrivée à Venise

A Venise, aucune voiture n’a le droit de circuler. Les gens se déplacent à pieds et en bateau. Lorsque nous arrivons à l’entrée de la ville, nous devons faire comme tout le monde, c’est-à-dire abandonner la voiture dans les immenses parkings mis à disposition et continuer en bateau.

Gare de Venise et grands parkings pour poser la voiture

Comme nous avons beaucoup de bagages, nous louons les services de 2 porteurs. Pierre-Alain et Cileste les accompagnent dans leur barque privée, tandis que Nora et moi, nous prenons le vaporetto. C’est un bateau de taille moyenne, accessible pour la chaise roulante qui fait la navette entre les différents embarcadères de la ville.

L’entrée dans la cité des Doges est magistrale ! C’est un coup au cour tellement c’est beau ! Jamais, je n’oublierais cette impression première ! Le Canal Grande, véritable boulevard fluvial où croisent et naviguent toutes sortes de bateaux, les Palazzos, ces somptueuses constructions vénitiennes de style gothique, byzantin, renaissance et baroque baignant les pieds dans l’eau, les ponts qui enjambent les canaux, les gondoles qui glissent au fil de l’eau… Le spectacle est saisissant, grandiose, unique au monde ! La magie est là, à portée de main.

Arrivée en bateau à Venise, le Canal Grande, 3800 m de long, 300 maisons, palais et églises du XIIe au XVIIIe siècle

Le Pont du Rialto

Le vaporetto, bateau de ligne

Nous nous retrouvons tous à l’hôtel. Une petite douche, un peu de physio et, hop, départ pour la place Saint-Marc. Lorsque Pierre-Alain vient frapper à la porte de notre chambre pour venir nous chercher, il a 3 roses dans la main. « Pour vous, Mesdames ! Bienvenue à Venise ! ». Waouh ! Quelle attention charmante ! Décidément, j’ai bien fait de le choisir lui comme chauffeur !

La place Saint-Marc est une pure merveille architecturale. C’est très impressionnant ! Je l’ai vue et revue maintes fois dans les livres, les magazines, à la télévision, mais cette fois-ci, c’est bien vrai, c’est bien réel, c’est moi qui suis là ! Quel plaisir ! J’en ai les larmes aux yeux ! L’émotion est totale !

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Au mileu des pigeons sur la place St-Marc, 176 m de long et 82 m de large. Le Campanile San Marco 98,6 m de haut

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Avec Cileste et Nora sur cette même place

Pour fêter l’événement, Pierre-Alain nous invite à boire l’apéro à la terrasse du café Florian. Ce café, célèbre pour y avoir reçu des hôtes prestigieux comme Balzac, Proust et Twain, date de 1720. Un orchestre joue de la musique classique. Nous sommes sur un nuage, c’est comme dans un rêve… Les heures passent sans que l’on s’en aperçoive.

Les jours suivants sont bien remplis. Notre programme est chargé, car pour bien m’imprégner de Venise, j’ai envie de jeter un coup d’oeil partout. Je suis curieuse et tout m’intéresse. Là, je suis servie, car Venise regorge de trésors multiples. Il y a 700 palais, 150 églises et couvents, la plupart construits entre le XIIe et le XVIIIe siècle. De nombreux musées égayent la ville, 177 canaux la traversent. Ici le bateau est roi. En effet, que ce soit les vaporettos, les petites vedettes à moteur qui font office de bateaux-taxis, les gondoles, les barques qui ramènent du continent les denrées nécessaires pour le ravitaillement des hôtels et magasins, les barges qui transportent les matériaux lourds, tout se passe sur l’eau. Même les pompiers ont leur bateau spécial pour éteindre les incendies, les médecins un bateau-ambulance pour les urgences !

Les curiosités incontournables sont la Place Saint-Marc avec sa Basilique remplie de mosaïques en or, la Piazzetta avec le palais Ducale, la Tour St-Giorgio Maggiore, le Pont des Soupirs, le Pont du Rialto, le Pont dell’Accadémia, le Lido (la plage de Venise).

A droite, le palais Ducale

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L’église Santa Maria delle Salute repose sur 1’150’000 pilliers de bois

Le Palais des Doges

Le Pont des Soupirs

A ne pas manquer, l’île de Murano, célèbre pour ses souffleurs de verre et l’île de Burano, l’île des pêcheurs.

A Murano, l’île des souffleurs de verre

A peine débarqués, un autochtone nous entraîne dans sa soufflerie. Là, il nous explique comment se déroule la fabrication du verre, tandis que deux de ses compatriotes nous font une démonstration visuelle. C’est très intéressant, mais alors quelle chaleur ! Le four chauffe à 1800 degrés ! Au dehors, les magasins sont innombrables, les vitrines toutes aussi alléchantes les unes que les autres. Des milliers d’objets en verre de tout genre et de toute taille sont étalés. Il y en a partout et pour tous les goûts !

A Burano, l’île des pêcheurs

Nous entrons dans un tout autre décor. C’est une caresse pour les yeux, car ici toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sont représentées. Imaginez plutôt… De-ci, de-là, d’étroits canaux parsemés de barques de pêche, quelques ponts et alignés de chaque côté, de charmantes petites maisons basses de toutes les couleurs. Il y en a des jaunes, des rouges, des vertes, des bleues. C’est magnifique !

Dentelles typiques de Burrano

Au devant des portes, des vieilles dames assises sur des chaises en bois confectionnant avec amour et habileté de merveilleux habits en dentelle fine. C’est très joli et l’on ne résiste pas. On visite toutes les boutiques. C’est un vrai régal pour les yeux, mais alors pour le porte-monnaie, bonjour les dégâts !

Pierre-Alain commence à en avoir marre. Il part siroter une bière à une terrasse de café.

Le lendemain, nous décidons de faire bande à part, car nous les filles de notre côté, nous avons une irrésistible envie de dévaliser les boutiques de Venise. Pierre-Alain n’est pas intéressé, alors pour lui épargner de subir à nouveau ce supplice, nous lui donnons congé pour la journée. On se reverra le soir à 19 heures dans notre chambre.

Le soir venu, nous avons une demi-heure de retard. Pierre-Alain est aux 400 coups, tout inquiet et tout affolé de ce qui aurait pu nous arriver. Eh, oh, du calme ! Dans la chambre, un énorme bouquet de fleurs nous attend. A l’intérieur, un mot « Pour les 3 emmerdeuses. Vous m’avez manqué… Gros bisous. Pierre-Alain. » Ah, les hommes !

Toutes les bonnes choses ont une fin et malheureusement pour nous, notre beau voyage se termine. J’ai envie de revoir une dernière fois la place Saint-Marc. J’invite tout le monde à boire un petit vin blanc pétillant à la terrasse du café Florian. C’est l’après-midi, des centaines de pigeons sont là pour faire la fête avec nous. Clic-clac, photo oblige. Au café Florian, l’orchestre de musique classique nous entraîne dans de magnifiques ballades connues. C’est féerique !

Je remercie tout le monde, car je suis enchantée de ce voyage. Allez, à votre bonne santé à tous et merci pour tout !

Terrasse du Café Florian, le plus vieux, célèbre et luxueux café de Venise

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Mes trois aides: Pierre-Alain, notre chauffeur, Cileste et Nora et moi-même en train de siroter un verre !

Ce Café a été fondé en 1720. A l’intérieur, c’est magnifique !

Eh oui, d’abord, merci à toi, Pierre-Alain pour avoir répondu à mon annonce. Tu as été parfait, exactement comme je le désirais. Discret lorsqu’il le fallait, présent au moment opportun, dévoué, attentif, drôle, tu as très bien rempli ton engagement et ton rôle de chauffeur. Tu as su m’apporter confiance, transformer les difficultés en banalité légère, éliminer les obstacles imprévus. Tu as été très efficace et je peux dire une chose, désormais, tu as gagné un statut supérieur, tu n’es plus seulement mon chauffeur, mais tu es devenu un ami, un très bon ami d’ailleurs.

Merci à toi Nora. Tu es une fille extraordinaire et je t’adore. Depuis 4 ans que je te connais, jamais encore tu m’as refusé quelque chose. C’est vrai, quoi que je te demande, quoi que je te propose, tu me dis toujours oui. C’est beau ! Que de services, tu m’as déjà rendu, que de grands moments nous avons vécu ensemble…

Et merci, à toi, Cileste sans qui rien de tout ça ne serait possible. Toi, Cileste, tu tiens une place particulière dans mon cour. Tu m’accompagnes depuis tant d’années…Tu es comme ma petite sour, tu fais partie de la famille. Tous mes bonheurs, toutes mes joies, j’ai envie de les partager avec toi. C’est une grande, une très grande amitié qui nous lie l’une à l’autre.

Fantastique voyage, émotion intense, sachez, tous les trois, que votre présence, votre aide ont été très précieuses. Elles m’ont apporté joie, bonheur et une chose primordiale, la fierté de moi-même. Avec vous, je me sens bien. J’ai le sentiment d’être quelqu’un, quelqu’un de bien, qu’on écoute, qu’on prend en considération, à qui l’on demande des conseils. Finie la pauvre vieille fille handicapée sur sa chaise roulante incapable de faire quoi que ce soit. Grâce à vous, l’impossible devient possible, l’imaginaire une réalité, les rêves du concret !

Venise… moi, petite Nyonnaise de 37 ans, de surcroît myopathe avec une chaise roulante et un respirateur, j’ai mis les pieds à Venise ! Rendez-vous compte, pour moi c’est,… comment dirais-je… une formidable victoire sur moi-même, un pieds de nez à ma maladie, une revanche sur le destin ! Que dire de plus, sinon merci la vie !

 

Nyon, Suisse 1996     Marie-Claude Baillif

 

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