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Daniel, mon frère !

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Mon frère Daniel est décédé tragiquement dans un accident de voiture le vendredi 1er octobre 2004.

Voici le texte que je lui dédie :

 

DANIEL, MON FRERE !

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Le saviez-vous ?

· Si le risque d’accident reste au niveau actuel, 40% des enfants qui naissent aujourd’hui en Suisse, seront un jour blessés sur la route.

· Chaque année, près de 600 personnes sont tuées sur la route, 25.000 blessées et 2.500 restent invalides à vie.

· Chaque année, des milliers de familles sont gravement traumatisées, voir même détruites.

· Ce carnage n’est pas une fatalité et de nombreux exemples à l’étranger, démontrent qu’on peut le diminuer substantiellement.

Ces références viennent de l’ASVR, l’association suisse des victimes de la route. Si je vous en parle aujourd’hui, si j’écris ce texte, c’est pour crier ma révolte et exorciser ma douleur !!!

La route a tué une fois de plus et cette fois, elle n’a pas pris le voisin ou un simple anonyme, elle a pris MON FRERE !!! Le seul et unique frère que j’avais, le dernier parent proche qui me restait !!! Notre maman est décédée le 22 juin 2001 d’un cancer et mon géniteur (je n’ai pas envie de le nommer « père », car, pour moi, il n’en est pas un), je ne l’ai pas revu depuis l’âge de 12 ans. Mes parents ont divorcé en 1971. Aujourd’hui, j’en ai 46, alors, faites le calcul…

Mon frère a perdu la vie le vendredi soir 1er octobre 2004 à 23h.10 au lieu dit « la Givrine ». C’est une route de montagne qui part de St-Cergue (en Suisse) et qui va à la Cure, puis aux Rousses en France. C’est une route qu’il connaissait par cœur à 15-20 minutes de chez lui. Il habitait à Arzier. Avec une très bonne amie d’Estavayer le lac qui venait de le rejoindre, il partait pour danser et faire la fête. Ca, c’était son leitmotiv du week-end ! Eh bien, ce soir-là, la fête a tourné court et au lieu d’aller danser sur une piste de danse, il est allé s’encastrer dans une voiture qui venait en face !!! Le choc a été d’une telle violence que lui est mort sur le coup. Miraculeusement, Monica, la fille d’Estavayer le lac, n’a eu qu’une clavicule, une côte et un petit os de la main cassés et que sur les 3 occupants de la voiture d’en face, 2 s’en sont sortis indemnes (le chauffeur et la passagère arrière), le 3ième a eu 2 côtes cassées.

Quelle tristesse, quel chagrin, quelle injustice que mon frère soit déjà « parti » !!! Il était en pleine forme, dans la force de l’âge, il aurait eu 48 ans le 8 octobre dernier ! Moi, ce soir là, je venais de rentrer de Genève, je regardais l’émission « La Star Académy » à la télé avec Chantal, mon amie et auxiliaire de vie et Johnny. Pendant que nous, on riait, on s’amusait, on plaisantait, mon frère, lui, se tuait !!! Quelle horreur !!! La seule chose qui me console dans cette épouvantable tragédie, c’est qu’il soit mort sur le coup et qu’il n’a pas eu le temps de réaliser ce qu’il lui arrivait ! Mourir sans souffrir, à quelque part, c’est un cadeau…

Me voilà toute seule maintenant. Quelle drôle d’impression ! Eh oui, qui aurait pensé, qui aurait imaginé qu’un jour, moi, la petite myopathe, j’enterrerais et ma maman et mon frère !?! Personne, absolument personne !!! C’était impensable, inimaginable, complètement absurde, ce n’était pas dans la logique des choses !!! Mais, au fait, y a-t-il seulement une logique aux choses !?! Je ne sais pas, je ne sais plus, tout ce que je vois, c’est que la route m’a pris mon frère, brutalement et que dans ma vie, désormais, ça ne sera plus jamais comme avant !!!

Mon frère s’appelait Daniel. Il est né le 8 Octobre 1956. Il avait exactement une année et demie de plus que moi. En 1964, ma maman, mon frère et moi, nous sommes venus nous installer à Nyon. Notre enfance a été très heureuse, car nous habitions un quartier sympa avec beaucoup de verdure et plein d’autres enfants. A proximité, il y avait une ferme avec des cochons, des vaches, 2 chevaux, une dizaine de lapins et de poules, quelques chats et un chien. C’était magnifique ! Nous étions toutes des familles simples, modestes sans beaucoup d’argent. A l’adolescence quelque fois, mais, c’était surtout à l’âge adulte que mon frère et moi, avons commencé à sortir ensemble. En fait, nous fréquentions les mêmes pubs, les mêmes restaurants, les mêmes plages et nous avions pas mal d’amis et connaissances en commun.

Mon frère a beaucoup souffert du fait que je sois myopathe, mais il ne s’est jamais plaint, ne m’a jamais fait de reproches, ni même jalousée. J’ai eu de la chance ! C’était un frère formidable, doux et attentionné qui aurait fait n’importe quoi pour me rendre heureuse ! Notre maman, comme font malheureusement toutes les mamans dans une situation pareille, s’est toujours beaucoup plus occupée de moi, l’enfant malade que de mon frère, l’enfant « normal » en pleine santé. Elle pensait, comme tout le monde d’ailleurs, que la personne faible, c’était moi, alors que, bien au contraire, c’était mon frère ! Lui, pour finir, pour se protéger et ne plus souffrir, se cachait derrière une carapace d’homme solide, robuste et fort, mais en grattant un tout petit peu, on s’apercevait vite que c’était resté un petit garçon sensible, fragile et rongé par la culpabilité d’être lui en bonne santé !!!

Doué en tout et touche à tout, il était bardé de diplômes et de permis en tout genre. Après avoir été à l’école primaire supérieure, il a fait un apprentissage de mécanicien électricien chez Sécheron à Genève. La mort tragique de son meilleur ami (il a plongé dans de l’eau peu profonde, il s’est énuqué) et l’évolution de ma maladie, ces 2 événements négatifs ont provoqué un changement radical dans son orientation professionnelle. Plus je me dégradais, plus ma maladie, cette « saloperie » de myopathie me rongeait et m’invalidait, plus mon frère s’éclatait dans le sport !!! C’était devenu comme un exutoire pour lui ! Il n’avait aucune limite, c’était le sport à outrance ! Que ce soit dans le ski, le hors-piste, le snow-board, le surf, la planche à voile, le ski nautique, le parapente, le squash, le hand-ball, le jogging, le patin à roulettes, le vélo, la moto … il se donnait à fond ! Un temps, il a même fait une licence pour piloter les petits avions piper ! Pendant 4 ans, il a travaillé comme un dingue pour suivre la maturité, les cours du soir. Son ardeur a payé. Il est devenu maître d’éducation physique ici à Nyon. Il enseignait également la géographie économique et les maths modernes à l’EPCN (école professionnelle commerciale de Nyon).

Ses dernières passions ? Le lac, la pêche et « le petit bleu » ! C’est une vraie barque de pêche qui appartient à Germaine, l’une de ses ex-copines. Il était resté en très bon terme avec elle (comme avec toutes les autres d’ailleurs, ça, c’est plutôt rare !), adorable, elle lui laissait la jouissance de ce bateau. Ah! Que d’étés à promener toutes ces dames ! Que d’heures passées au milieu du lac à pêcher les ombles chevaliers ou à nager ! Entre les pique-niques à la pointe de Promenthoux, les filets de perches à Excenevez, les petites crêpes à Yvoire, les apéros à Nernier, Crans ou Perroy, mon frère était royal ! Il me disait toujours : «Caco (c’est comme ça qu’il m’appelait quand il était petit, c’est resté), pourquoi aller voir ailleurs, puisque c’est le paradis ici !!! »

Il avait un permis pour pêcher au lac depuis un bateau, un permis pour bateau à moteur et venait de faire celui pour naviguer en mer avec un voilier. Il ne s’est jamais marié, mais a connu beaucoup de femmes. Ah, sa liberté et son indépendance… il y tenait comme à la prunelle de ses yeux ! La devise de notre grand père : « pourquoi acheter quand on peut louer ! » lui allait comme un gant ! Il n’a jamais voulu d’enfant, je le comprends. Avec ma maladie, il y avait trop de risques!

Mon frère avait 2 personnalités. A l’école, c’était un prof ferme, mais juste et droit. Les élèves l’adoraient pour ses bons conseils, ses cours étaient dynamiques et intéressants. Le week-end et pendant les vacances, c’était un gai luron, social qui aimait rire, plaisanter et faire la fête. Tout était prétexte ! Son rêve ? Débloquer son deuxième pilier (caisse de retraite), s’acheter un voilier et partir en mer faire le tour du monde ! Il n’a jamais pu le faire, car quand notre maman est décédée, il lui avait promis de prendre le relais et de s’occuper de moi jusqu’à ma mort. Le destin en a voulu autrement !!!

Allez, Capitaine et petit frère adoré, tu as levé l’ancre, largue les amarres maintenant, vire à tribord et hisse la grand voile ! Tu n’as plus d’entraves, profites, fais-le ton beau voyage ! Vas-y, éclate-toi, oublie tes soucis et fais la fête ! Mon cœur est avec toi, mes pensées t’accompagnent … Tu me raconteras …

Vous qui lisez ce texte, si vous êtes parent de plusieurs enfants et que l’un d’entre eux est handicapé, ne l’accaparez pas, ne le surprotégez pas, ne faites aucune différence avec vos autres enfants. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais moi qui ai vécu cette situation, je peux vous certifier que tôt ou tard, les autres enfants souffrent ! L’enfant « normal » pense que sa maman l’aime moins que son frère ou sa sœur handicapée étant donné qu’elle s’occupe moins de lui. Ce syndrome est bien connu et bon nombre de thérapeutes en parlent aujourd’hui. Moi, je me rappelle que je faisais tout pour défendre mon frère, je lui trouvais toujours toutes sortes d’excuses pour que notre maman ou les autres lui pardonnent plus facilement. Pourquoi ? Parce que, à quelque part, je me suis toujours sentie redevable d’avoir beaucoup plus reçu que lui !

Il n’y a rien de pire que de voir quelqu’un qu’on aime se dégrader jour après jour, année après année et de ne rien pouvoir faire pour cette personne ! Je l’ai vécu avec ma maman lorsqu’elle avait son cancer, c’était tout simplement affreux… Pour mon frère, ça devait être épouvantable ! Il avait non seulement sa sœur, mais par la suite, sa maman aussi, ses deux femmes préférées qu’il voyait diminuer et s’affaiblir, inexorablement, mois après mois, année après année ! Etre un témoin impuissant devant un cancer et une myopathie … difficile à gérer, comment voulez-vous rester zen !?! Combien de fois, il culpabilisait d’être en santé ! Combien de fois, il éclatait en sanglots en me disant : « Mais qu’est-ce que je peux faire ? Comment puis-je vous aider ? Si seulement, je pouvais vous donner mes muscles, mon sang, mes poumons…»

La mort est un sujet tabou. Personne n’ose en parler de peur qu’elle vienne frapper notre porte. Pourtant, la mort fait partie de la vie ! Si on en parlait plus, peut-être qu’on souffrirait moins lorsque les êtres chers et aimés nous quittent brutalement ! Il faut 9 mois pour donner la vie et une seule seconde pour la balayer à tout jamais ! Je sais que mon frère a rejoint « sa mam’s adorée » (il n’a jamais accepté son décès) et que là haut, ils sont heureux (enfin je l’espère !) C’est nous qui restons ici qui souffrons du manque et de l’absence !

Je n’avais jamais vécu une mort aussi brutale et aussi imprévisible que celle-ci ! 45 minutes avant ce maudit drame, mon frère m’envoyait encore un sms pour me dire que tout allait bien, qu’il mangeait du poisson au four et qu’il pianotait sur son ordinateur. Le lendemain, quand j’ai appris la terrible nouvelle, j’ai été comme foudroyée, terrassée, pétrifiée, totalement anéantie, détruite, brisée, cassée !

Mon frère me manque… terriblement… ! Son absence est dure, injuste, incompréhensible !!! Je donnerais tout pour que cette minute fatale n’ait jamais existé !!!

Daniel je t’aime…

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Un bon conseil

N’oubliez jamais de dire à vos conjoints, parents, enfants, frères et sœurs et amis que vous les aimez, que vous tenez à eux, qu’ils sont importants pour vous ! Ne quittez jamais des êtres chers en étant fâché avec eux ! La route tue et lorsqu’on monte dans une voiture, on ne sait jamais ce qui va se passer ! Il y a des accidents tous les jours et ça n’arrive pas qu’aux autres, croyez-moi !!! N’en suis-je pas la preuve vivante !?!

Il faut vivre pleinement chaque minute de notre vie et ne jamais oublier que le vrai bonheur, ce n’est pas d’avoir une belle piscine et une belle voiture, mais d’ouvrir les yeux chaque matin et de profiter de tous ceux que l’on aime !!!

 

Nyon, Novembre 2004               Marie-Claude Baillif

 

Pour rendre hommage à mon frère lors du culte à l’église, j’ai écrit un texte qui me tenait à coeur. Pour lire ce texte, veuillez cliquer ici.

Je vous remercie d’être venu sur cette page pour partager ce moment d’émotion avec moi…

 

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