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2006 : Le Col du Grand Saint-Bernard

L’Hospice du Grand Saint-Bernard et son lac

Au début du mois de septembre 2006, je suis partie 3 jours en Valais avec Chantal et Fabienne (mes deux aides), Sultane et Kalyne (nos deux chiennes) et la dernière venue dans notre meute adorée, la petite Punckie !
Comme il faisait grand beau et chaud, pour ces 3 jours, j’ai choisi de faire 3 excursions en montagne. L’une d’elles était le Col du Grand Saint-Bernard !

D’habitude, lorsque je suis sur la route qui va de Martigny au Grand Saint-Bernard, c’est toujours pour partir en vacances en Italie. Comme on est toujours chargé et pressé (c’est vrai, on veut toujours arriver le plus vite possible à notre lieu de destination…), on a toujours pris le tunnel routier, c’est plus rapide. Mais cette fois-là, comme on avait tout notre temps et qu’on n’était pas du tout chargée, je voulais absolument voir et découvrir ce qu’était ce fameux Col du Grand Saint-Bernard !

Sur le plan géographique

Le Col du Grand Saint Bernard, situé à 2’469 m d’altitude, est l’un des plus haut col d’Europe ! C’est lui qui a permis pendant des siècles et des siècles de traverser les Alpes pour aller de Suisse en Italie et vice et versa. Il sépare la Vallée d’Entremont (dans le Valais) à la Vallée d’Etroubles (dans le Val d’Aoste). Il se trouve à 6 Km en-dessus du village de Bourg-Saint-Pierre, il est ouvert en général de juin à octobre.

Les autres mois, lorsqu’il est fermé (à cause de la neige), le seul moyen d’aller en Italie avec sa voiture est de prendre le tunnel routier. Celui-ci, long de 5km 850, est ouvert depuis1964. La route d’accès au tunnel est couverte, l’entrée nord (côté valais) se situe à 1’918 m d’altitude, l’entrée sud (côté val d’Aoste) à 1’825 m. Il est payant et c’est le plus élevé d’Europe !

Sur le plan historique

Malgré les conditions difficiles et périlleuses pour franchir ce col, de Bourg-Saint-Pierre en Suisse à Saint-Rhémy en Italie (les 2 versants sont très raides, balayés d’avalanches, surtout dans la sinistre « Combe des morts » du côté valaisan, le climat est rigoureux et l’enneigement abondant), il est fréquenté depuis au moins 5 millénaires ! En effet, son rôle dans le processus de néolithisation du Valais a été démontré et certifié par de nombreuses trouvailles jalonnant la route (stèles anthropomorphes, gravures rupestres) et par des coutumes funéraires pratiquées à l’identique sur les deux versants du col. D’autre part, comme l’ont prouvées plusieurs découvertes archéologiques (monnaie, petits objets), à l’âge du Bronze, puis à celui du Fer, sa fréquentation était coutumière (avec les Celtes et les Gaulois). Au 3ème siècle avant J.-C., certains disent que le Général carthaginois Hannibal, pour aller surprendre et défaire les légions romaines dans la plaine du Pô, l’aurait franchi à la tête de son armée et de ses éléphants de guerre. Si l’endroit exact de son passage est aujourd’hui encore controversé, l’exploit audacieux (avec hélas, une perte conséquente des pachydermes) reste, quant à lui, tout-à-fait réel et authentique ! La mort des éléphants fut provoquée par les glissades sur la neige, l’inadaptation au froid et les chutes dans les précipices !

En 58 avant J.-C., c’est Jules César (le Grand Consul romain) qui le traversa avec ses légions pour aller envahir la Gaule. Devenu point stratégique important (c’était en fait la ligne la plus directe pour passer du nord au sud), en 16 avant J.-C., les Romains, après une rude bataille, s’en sont emparé pour l’annexer à leur empire. Connu sous le nom de « Mons Poenius » (dieu des sommets) sous les Celtes, il devint « le Mons Jovis », « le passage de Jupiter » avec les Romains (ces derniers ont bâti un temple en l’honneur de Jupiter à son sommet, ainsi que 2 maisons, les antiques hôtels d’aujourd’hui).

Avec l’arrivée des Romains et leur formidable extension à travers l’Europe, il prit une place prépondérante autant par le trafic des personnes et des marchandises, que par le maintien de leurs lignes de liaisons avec leurs légions stationnées un peu partout. En 12 avant J.-C. l’Empereur Auguste fit construire la première route romaine, un large sentier. En 43 après J.-C., l’Empereur Claude l’agrandit et la pava pour la rendre carrossable pour les chars et chariots (il reste encore de nombreuses traces de cette antique voie romaine, taillée dans le roc).

Au Moyen Age, le col du « Mons Jovis » prit le nom du col du « Mont-Joux ». Comme il représentait toujours la principale voies d’accès à travers les Alpes, il fut très usité et devint le lieu de passage privilégié de milliers de marchands, commerçants, armées, voyageurs de toutes sortes et de pèlerins (de par la Via Francigena, la route des Francs, il y avait tous ceux qui se rendaient en pèlerinage catholique de Cantorbéry, la capitale de l’Église d’Angleterre à la tombe de Saint-Pierre à la Basilique de Saint-Pierre à Rome. Long de 1’700km, ce chemin est, après celui de Jérusalem et de Compostelle, le 3ème plus grand pèlerinage chrétien).
En l’an 800, ce fut Charlemagne (le roi des Francs, puis des Lombards) qui, pour aller se faire couronner Empereur d’Occident par le Pape à Rome, l’a traversé.

En l’an 921, suite à l’arrivée des hordes de barbares et des Sarrasins au col (remontés de Provence, ils en avaient pris le contrôle), ce fut une période noire et sombre. En effet, retranchés dans leur repaire alpin, ils semaient la mort, le feu et la panique parmi toutes les populations locales, n’hésitant pas à s’en prendre aux voyageurs et aux pèlerins qui s’aventuraient là.

En 968, lorsque toutes ces attaques, agressions et vols ont commencé à devenir légion, qu’elles sont arrivées aux oreilles de Saint-Bernard de Menthon (l’archidiacre d’Aoste), celui-ci, affligé, consterné et révolté par tous ces malheureux qui se faisaient détroussés et qui, bien souvent, y laissaient leur vie, obtint de l’Évêque d’Aoste qu’il envoya une expédition punitive pour nettoyer et libérer ces lieux de tous ces voleurs, pilleurs et assassins. Il obtint également que l’hospice détruit soit reconstruit afin de pouvoir héberger et secourir les voyageurs harassés par les dangers de la montagne. Ce premier hospice, qui se trouvait d’abord à Bourg-Saint-Pierre, au pied nord du passage, fut rapidement transféré sur le col même, formant le noyau primitif du bâtiment actuel. C’est en reconnaissance de la bonté et de la gentillesse de Saint-Bernard de Menton que le col pris par la suite le nom de col du Grand Saint-Bernard. L’hospice reconstruit fut placé sous la juridiction de l’Évêque de Sion, préfet et Comte du Valais, voilà pourquoi l’intégrité du col se situe sur le territoire suisse.

Lors des épidémies de peste du 16ème et 17ème siècle, puis lors de celles du typhus et du choléra au 19ème, les autorités de l’époque durent créer d’immenses cordons sanitaires pour empêcher les voyageurs contaminés de franchir le col.

Lorsqu’il y a un col qui sépare 2 régions, 2 pays, cela engendre toujours de la contrebande. Le col du Grand Saint-bernard, qui n’a évidemment pas dérogé à cette règle, fut à plusieurs reprises, l’enjeu de nombreuses contrebandes comme le fromage, le bétail, le vin, le sucre, le café, le tabac…

En 1800, c’est Napoléon Bonaparte qui, avec son armée de 46’000 hommes, l’a traversé (il voulait surprendre les Autrichiens dans les plaines du nord de l’Italie afin de mieux les combattre). Parmi les soldats, il y avait un jeune homme, alors âgé de 17 ans, qui par la suite devint célèbre, Stendhal ! Au 19ème siècle, les 2 écrivains, Lamartine et Victor Hugo, les Papes Paul VI et Jean-Paul II y ont également passé.

Entre 1870 et 1875, le télégraphe est arrivé à l’hospice.

Dès 1886, année de construction de la route côté suisse, le service de diligence se fit, en été, jusqu’à l’hospice. Un service analogue fut organisé côté italien dès l’achèvement de la route Aoste – Grand-Saint-Bernard en 1905. Toutefois au fil des années, les diligences ont cédé peu à peu leur place aux véhicules à moteur.

Entre 1886 et 1889, le téléphone est installé à l’hospice.

Même si le col bénéficie de 2 belles routes goudronnées, il reste tout de même bloqué par la neige pendant 6 à 8 mois par an (de mi-mai ou mi-juin à mi-octobre ou mi-novembre). Avec son altitude élevée, c’est bien sûr impossible de rester sans neige et complètement utopique de vouloir passer un chasse-neige ! Cette particularité a jadis grandement facilité sa défense ! La frontière entre le Valais et l’Italie fut définitivement fixée en 1’906.

Photos souvenirs des premières voitures qui ont franchi le col 

En 1935, c’est l’américain Richard Halliburton qui l’a franchi. Cet écrivain, poète et aventurier, fasciné par le fabuleux exploit d’Hannibal en 218 avant J.-C. de franchir la barrière des Alpes à dos d’éléphants et avec 60’000 hommes, a voulu réitérer cette performance au col du Grand Saint-bernard. Son aventure, sa folle expédition a débuté au mois de juillet lorsqu’il a débarqué à Martigny avec son éléphant, Dolly, et son cornac (il les a loués au jardin d’acclimatation de Paris). Le rythme de croisière de Dolly était d’environ 3 km/heure. Ils sont arrivés à l’Hospice en 3 jours. Après une séance de photographies qui immortalisa l’exploit et une nuit de repos, Haliburton et Dally ont atteint Aoste le 23 juillet 1935 à 11 heures.

L’éléphant Dally en train de franchir le Col du Grand Saint-Bernard

De 1940 à 1945, pendant la seconde guerre mondiale, le col fut sévèrement gardé et son secteur continuellement patrouillé par les troupes des gardes-frontières suisses ! C’était pour pallier à d’éventuelles invasions de la part des troupes de Mussolini ! Avec la folie des grandeurs d’Hitler et de son allié italien, le Général Guisan, méfiant et prudent, a joué la carte de la sécurité ! Il a eu raison, car le col du grand saint-bernard n’a jamais plus été envahi, il connait le calme et la paix depuis de nombreuses années !

 Le mardi 5 septembre 2006

 Pour monter au col, pour effectuer cette jolie balade, remplie d’histoires et d’anecdotes de toutes sortes, il n’y avait pas un nuage dans le ciel, il faisait 27 degrés… c’était la journée idéale !

Que ce soit la route, les montagnes, la végétation ou la flore… tout était magnifique, tout nous a beaucoup plu ! En effet, dans ce paysage rocailleux, minéral et sauvage, à chaque virage, c’était un plaisir, un ravissement, une nouvelle délectation… on était sous le charme !
À 2 ou 3 endroits, plantés dans l’herbe, mais bien en vue, se trouvait des panneaux en métal, revêtus du chapeau noir de Napoléon. Sur ces panneaux souvenirs, qui étaient là pour nous rappeler que lui aussi avait passé là, il y avait accrochées, des peintures en noir et blanc qui le représentait dans différentes scènes avec son armée.

Panneaux explicatifs sur la traversée du col par Napoléon

La traversée du col par Napoléon

C’est entre le 16 et le 20 mai 1800 que le général Bonaparte a fait franchir le col du Grand Saint-Bernard à ses armées de réserve. Son but était de surprendre les autrichiens dans la plaine du Pô et de les écraser près de Marengo dans le Piémont. Comme le col était alors recouvert de plusieurs mètres de neige mouillée, il était bien évidemment considéré comme impraticable. Persuadé qu’avec son effet de surprise, il pourrait battre les autrichiens, rien n’arrêta ce jeune révolutionnaire. L’infanterie fut la première à fouler la neige, à peiner et à suer sang et eau durant l’ascension rendue très difficile à cause des mauvaises conditions météorologiques. Si l’infanterie arriva à passer, en ce qui concerne l’artillerie, pour elle, ce n’était pas possible, elle ne passait pas. Napoléon ordonna alors de démonter les pièces. Les affûts et les bouches à feu furent traînés sur la neige et transportés dans des troncs d’arbres écorcés et évidés, les roues des canons fixées aux bâts des mulets ou sur les flancs des chevaux qui enfonçaient parfois jusqu’au poitrail. C’était l’horreur, une pénitence, un purgatoire, une torture et une galère dans cet enfer blanc ! Napoléon réquisitionna toutes les bêtes de trait et de somme du bas Valais qu’il pu trouver. L’armée de napoléon comptait 46’000 hommes, 50 canons et 8 obusiers.

Tableau représentant Napoléon sur les pentes du Col du Grand Saint-Bernard

C’est à dos de mulet (bête jugée plus sûre pour les sentiers escarpés de haute montagne) et non pas sur un cheval fougueux (comme l’a immortalisé le peintre David dans l’une de ses œuvres maîtresses) que Bonaparte (le 1er consul de France) parvint au village de Bourg-Saint-Pierre, à 1’632 m d’altitude (il a mangé à « l’Auberge de la colonne militaire », rebaptisée par la suite « l’Hôtel du déjeuner de Napoléon Ier »), puis malgré les conditions rendues périlleuses à cause de la neige et du froid, au sommet du col.

Dans le bâtiment de l’ancien hospice (où Bonaparte fit halte le 20 mai en fin d’après-midi), chacun des soldats a reçu 2 verres de vin, une ration de fromage ou de viande accompagné de pain de seigle.

Causant d’innombrables dégâts, amputant la région de nombreuses bêtes de somme et de vivres, le passage des troupes napoléoniennes par le Col du Grand Saint-Bernard a coûté plus de 240 000 francs de l’époque au Valais et aux communes de l’Entremont ! A Bourg-Saint-Pierre, la mairie a épinglé dans son hall d’entrée la lettre signée des mains même de Napoléon qui promettait des dédommagements et des réparations à la commune pour l’aide et les dommages subis !En 1984, le président français, François Mitterrand, a remis au village un franc symbolique, ainsi qu’une médaille commémorative !

Aujourd’hui

Mythique et légendaire, ce col est devenu l’un des plus grands itinéraires touristiques et culturels des Alpes ! Au sommet du col (qui appartient donc à la Suisse), il y a un hôtel, 2 restaurants, des boutiques souvenirs, une chapelle, un musée qui relate l’histoire du col depuis l’âge de la pierre à l’heure actuelle et surtout le renommé Hospice du Saint-Bernard, rendu célèbre grâce à ses chanoines et leurs chiens qui sauvaient des vies, les extraordinaires Saint-Bernard ! En été,un chenil où l’on peut voir l’élevage de ces magnifiques chiens, perpétue la tradition.

Histoire de l’Hospice

A cause de son orientation, ce col est exposé à des vents quasi permanents. En hiver, à cause des fortes chutes de neige (qui pouvaient atteindre jusqu’à 23 mètres par année et sévir pendant 6 mois) et les basses températures (qui pouvaient descendre jusqu’à -30 degrés), traverser ce col était risqué, périlleux et difficile pour tous les voyageurs qui s’y lançaient ! Chaque année des personnes s’égaraient, mouraient de froid et de fatigue ou se faisaient prendre dans des avalanches ! Un premier hospice (ou monastère) avait été construit dans le village de Bourg-Saint-Pierre (en Valais) au pied du col (il est mentionné pour la 1ère fois vers 812-820), mais il a été détruit par les incursions des Sarrasins vers 940.

Comme il n’existait donc plus de refuge à Bourg-Saint-Pierre et qu’il n’y en avait aucun le long des 25 kilomètres qui séparaient justement les villages de Bourg-Saint-Pierre (en Valais) et de Saint Rhémy (dans la vallée d’Aoste), vers 1050, en voyant tous les voyageurs arriver en Italie, terrorisés, rançonnés, dépouillés et épuisés (ils étaient attaqués par des hordes de barbares et de brigands, les Sarrasins), Saint-Bernard de Menthon (l’archidiacre d’Aoste) décida de sécuriser les lieux en faisant construire un hospice au sommet du col. Son but était de mettre fin à tous les brigandages et déprédations dans la montagne. Pour ce faire, il fit appel aux religieux du village de Bourg-Saint-Pierre à proximité, les chargea d’héberger les voyageurs et de secourir les victimes de la montagne. Ces religieux, en acceptant, prirent la règle de saint Augustin. Dans l’hospice, chacun y était reçu, nourri, désaltéré et réchauffé gratuitement. Les gens avaient la possibilité d’y passer la nuit, des soins leurs étaient prodigués s’ils étaient malades. Ouvert 24h sur 24h, été comme hiver, l’hospice (comme le col) prit le même nom de son bienfaiteur, Saint-Bernard !

Les chiens Saint-Bernard

C’est entre 1660 et 1670 que l’hospice a accueilli le premier représentant de la future race des chiens Saint-Bernard. Au début, ces chiens de grande taille étaient utilisé pour la garde et la défense de l’hospice, pour la cuisine (ils prenaient place dans une roue pour aider à faire tourner les broches. En été, avec parfois 400 personnes à nourrir en même temps, c’était un mal nécessaire…), pour le transport du lait et du bois des chanoines. C’est lorsque que les religieux se sont rendu compte des qualités exceptionnelles de pisteur de ces chiens, qu’ils ont eu l’idée de les dresser pour la recherche et le sauvetage des voyageurs perdus ou blessés dans la neige et le brouillard.

C’est en 1695 que ces chiens sont apparus pour la première fois sur une peinture représentant l’hospice. En ce qui concerne leur origine, elle n’est toujours pas clairement définie. Selon certains historiens, ces paisibles montagnards (dont le nom est devenu synonyme de dévouement) viendraient de l’Asie, du descendant du dogue du Tibet (des bas-reliefs avec des chiens identiques à poil court datant de plus de 30 siècles ont été découverts en Haute-Assyrie.Les guerres et le commerce les auraient transportés en Égypte,en Grèce, puis à Rome, puis en Suisse. Ces molosses par la suite, se seraient développés dans les hautes vallées suisses). Selon d’autres, ils seraient issus du croisement avec les grands chiens de ferme très répandus dans la région (probablement offerts par des familles valaisannes). Quoi qu’il en soit, c’est grâce à un élevage systémiqueà l’hospice que la race du Saint-Bernard a été créée (un spécimen empaillé de la race initiale, sans bajoue et sans oreilles tombantes, y est exposé).

En groupe de 4, ces chiens, qui avaient démontré un instinct étonnant pour découvrir les personnes perdues dans la tempête, étaient incroyables et admirables ! En effet, après avoir localisé le corps d’un voyageur ou d’un soldat blessé, 2 de ces chiens s’allongeaient alors auprès de lui pour lui apporter de la chaleur, un autre le léchait pour le réveiller et le maintenir éveillé, le quatrième appelait de l’aide humaine en aboyant ou en allant directement chercher l’un des chanoines.

Ces braves chiens, musclés, puissants et robustes, qui se déplaçaient très vite malgré leur corpulence, étaient utilisés aussi pour après les avalanches. En effet, grâce à leur odorat surdéveloppé qui pouvait déceler à 50 m de distance un homme sous 3 m de neige et leur disposition, leur engouement à chercher les victimes, les dégager, les lécher pour les réchauffer et aboyer pour appeler du secours, ils étaient un atout précieux pour sauver des vies. Vaillants et courageux, ils faisaient la trace en marchant en meute tout en tassant la neige avec leurs pattes. Même après de fortes chutes de neige, ils ne se perdaient pas, ne s’épuisaient pas et comme ils ne craignaient pas le froid, leur dévouement était sans limite. Ils ont sauvé un nombre incalculable de personnes !

A l’époque des grands bouleversements de la Révolution Française, par exemple, là où il y eut de nombreux mouvements de troupes et de bataillons militaires, entre 1790 et 1810, sur les 200’000 soldats qui passèrent le Col, beaucoup furent secourus et tirés d’affaire grâce aux valeureux Saint-Bernard, seulement 6 sont décédés à l’hospice. Sur les 46’000 hommes de l’armée de Napoléon qui ont franchi ce passage en mai 1800, il n’y eut aucune victime. Parmi les réfugiés, seuls un prêtre français et son guide ont succombé dans les neiges et c’était parce qu’ils étaient partis trop tard de Bourg-Saint-Pierre.

Grâce aux chroniques publiées dans de nombreuses langues sur la manière dont ces chiens avaient sauvé un grand nombre de vies humaines de la mort blanche et les récits des soldats qui avaient franchi le col, la renommée du Saint-Bernard se répandit partout en Europe. Sur une période de 300 ans, ils auraient sauvé plus de 2’000 vies humaines.

Pour l’anecdote, ces chiens, contrairement à l’imagerie populaire, n’ont jamais portés de tonnelet d’eau-de-vie autour du cou ! En effet, ils n’auraient jamais pu fouillés une avalanche avec un attirail si encombrant et de toute façon, l’alcool était fortement déconseillé en cas d’hypothermie ! C’est une pure invention des artistes et des écrivains du 19ème siècle !

En 1855, suite à un important problème dans l’élevage de l’hospice, qui était du à une consanguinité trop grande, les chanoines ont fait un croisement avec un Terre-Neuve à poils longs (c’était le chien qui se rapprochait le plus du Saint-Bernard de part son intelligence et sa force). Le sang du Terre-Neuve apporta une nouvelle énergie, une nouvelle vigueur à la lignée en pleine évolution. Les chanoines étaient heureux, car leur but recherché était atteint sans qu’il en résulte un dommage pour la race. Au contraire, les chiens devinrent plus forts et plus endurants. Originellement à poil court, désormais, il y avait une deuxième variété à poils longs.

Chien Saint-Bernard à poil court

Chien Saint-Bernard à poil long

Après avoir été dénommé  »chien de montagne »,  »Mastiff alpin »,  »chien-Barry », c’est grâce à Heinrich Schumacher (un habitant de Holligen près de Berne qui a créé le 1er élevage de race pure en dehors de l’hospice) que le nom de Saint-Bernard fut reconnu comme race d’origine suisse etofficialisé en 1887.

Barry

Le plus célèbre de tous les saint-bernards, ce fut incontestablement Barry. Ce chien à la destinée extraordinaire, ce bon samaritain des Alpes, né en 1800, vécut comme un héros.

Barry, qui signifie « petit ours » en patois Bernois, avait reçu ce nom par analogie. Avec une ardeur exceptionnelle, un flair et un sens de l’orientation hors du commun, il réussi à sauver, à travers neige et brouillard, 40 personnes de la mort ! Quand il pressentait un danger, rien ne pouvait le retenir à l’hospice. Il filait sur-le-champ et en toute hâte en aboyant à tous les endroits dangereux.

Grâce à ses nombreuses prouesses, à ses exploits si extraordinaires, Barry connut une renommée mondiale. En effet, nul n’oublia le jour où il trouva un petit garçon de 6 ans, transi de froid dans l’épaisse neige et dont la mère venait de périr en tombant au fond d’un ravin. Barry, en léchant le visage et les mains engourdies du petit garçon, réussit à le ranimer. Celui-ci, encore à moitié endormi, mais rassuré et réconforté par l’intervention bienveillante de ce gros chien, essaya de se relever, mais comme ses jambes étaient tellement ankylosées par le froid, il ne tenait plus debout. Compatissant et bienveillant, Barry se coucha alors à terre et tout en s’aplatissant, s’efforça de faire comprendre au garçonnet par des signes très démonstratifs, qu’il devait se hisser sur son dos. Au bout de quelques minutes, l’enfant, qui se réveillait peu à peu, s’aida du mieux qu’il put et finit par s’accrocher, se hisser et enfourcher tant bien que mal Barry. C’est ainsi que ce dernier, fier et heureux, avec la queue qui branlait dans tous les sens, ramena sur son dos, avec beaucoup de précautions, le petit garçon sain et sauf.

En 1822, un artiste de Berne, pour immortaliser cet épisode héroïque et rendre hommage à Barry, a peint un magnifique tableau qui est visible à l’hospice.

Dessin représentant Barry en train de sauver un enfant

Par contre, contrairement à la légende et au film en noir et blanc de 1949 intitulé « Barry » avec comme acteurs Pierre Fresnay, Simone Valère et Pauline Carton, Barry n’a pas du tout été abattu par le piolet d’un voyageur en détresse qui l’aurait pris pour un ours, non la réalité est que lorsque le valeureux Saint-Bernard fut âgé et à bout de force, le Prieur de l’Hospice, en 1812, l’envoya à Berne prendre sa retraite et terminer tranquillement sa vie. Barry, mourut en 1814 à l’âge de 14 ans, choyé et aimé de tous. Son corps fut naturalisé et exposé à partir de 1815 au musée historique de Berne (où il est toujours visible).

En juin 1900, pour le remercier de tous les services rendus aux humains, un monument représentant un enfant juché sur son dos a été érigé en sa mémoire. Il se trouve au cimetière des chiens d’Asnières dans les Hauts-de-Seine vers Paris.

L’hospice aujourd’hui

Malgré ses excellentes capacités, le saint-bernard n’est plus guère utilisé pour le sauvetage. Coûteux à instruire et à entretenir, il a dû céder sa place à des chiens de moindre gabarit, mieux adaptés aux méthodes modernes et à l’hélicoptère, comme le berger allemand par exemple.

Du minuscule refuge d’antan à l’imposant bâtiment d’aujourd’hui, l’hospice a vu défiler des millions de personnes célèbres ou anonymes, riches ou pauvres, soldats ou religieux. Son rôle a évolué avec le développement des voies d’accès, mais aujourd’hui encore, les chanoines perpétuent cette tradition d’accueil et de réconfort pour les randonneurs, les pèlerins et ceux qui cherchent un soutien spirituel. Nombres de personnes s’y rendent chaque hiver à peau de phoques, en ski de fond ou en raquettes ou alors par la voie romaine en été. C’est un lieu de calme, de réflexion et de spiritualité.

En septembre 2004, les chanoines de l’Hospice ont décidé de se défaire de la gestion du chenil et de l’élevage des Saint-Bernard. N’étant plus que quatre, ils ont préféré privilégier leurs activités pastorales.

En avril 2005, la Fondation Barry, basée à Martigny, a repris la responsabilité du chenil et de l’élevage grâce à la générosité d’une mécène bâloise, Madame Cerletti-Sarrasin. Un musée du Saint-Bernard y a été créé. Les chanoines ont demandé que la tradition soit maintenue et que les chiens continuent d’être présents au Col du Grand-St-Bernard pendant la période estivale, la saison touristique, du mois de juin au mois de septembre.

Notre emploi du temps au Col

Après être arrivées au col, Chantal, Fabienne et moi-même, nous avons dîné sur la terrasse d’un petit restaurant au soleil. La vue devant nous était grandiose ! Il y a un petit lac de montagne avec au fond les sommets italiens et la douane Italienne. Nous avons fouiné dans les boutiques souvenirs, pris une tonne de photos et tout en se promenant le long de la route avec Sultane, Kalyne et Punckie, nous avons traversé la frontière à pieds. Les chiennes ont pu se baigner dans le lac et nous, nous avons bu un café à une petite buvette.

Chantal, les chiennes et Fabienne sur l’ancien chemin des pèlerins

Si vous aussi vous aimez la nature et les montagnes, si vous aussi vous appréciez l’histoire et les souvenirs d’antan, alors faites-vous plaisir, partez à la découverte du Col du grand Saint-Bernard !

Janvier 2009                                          Marie-Claude Baillif

 

 

 

 

 

 

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Une réponse à 2006 : Le Col du Grand Saint-Bernard

  • Pierre Cloux dit :

    Très intéressante lecture, pour moi qui me prépare à traverser le col 215 ans après Napoléon et, je viens de le découvrir à la même époque – en mai!
    Merci

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