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Et vive les annonces !!!

Quand on est un handicapé dit « lourd » comme moi, c’est-à-dire lorsqu’on est dépendant de quelqu’un à 100%, ce n’est pas toujours facile pour ceux qui s’occupent de nous. D’abord, il y a du travail, beaucoup de travail puisqu’il faut nous aider dans toutes les tâches de la vie quotidienne. D’autre part, il faut être patient, flexible et surtout très disponible, car comme on ne peut pas nous laisser seul sans surveillance (on ne sait jamais ce qui peut arriver…), les heures de présences sont nombreuses. S’occuper de nous, c’est du plein temps ! C’est 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Pour nous garder à la maison, cela demande beaucoup de sacrifice. Certaines familles sont prêtes, d’autres pas. Lorsque les parents sont divorcés, comme dans mon cas, c’est encore plus difficile.

Pour aider les parents de handicapés, il y a 4 solutions :

1. Mettre la personne handicapée dans un centre spécialisé.

2. Demander à la famille de prendre la relève de temps en temps (mais si la famille habite loin et si tout le monde travaille aussi, comment faire…).

3. Faire appel aux services sociaux (mais je suis désolée, ce n’est pas toujours la panacée. Dans bien des domaines, il y a de fortes lacunes).

4. Mettre des annonces pour trouver du renfort, des gens dévoués, gentils et sensibles, rémunérés ou bénévoles

Avec ma maman, on a toujours choisi la 4ième solution. A chaque fois qu’on avait besoin de quelqu’un pour nous aider, hop, on mettait une annonce dans les journaux. Ca nous a bien rendu service et ça me rend encore service aujourd’hui. C’est génial ! C’est facile, vite fait et croyez-moi, avec l’expérience et le recul, je peux affirmer que c’est la meilleure façon d’obtenir ce qu’on veut ! On rencontre plein de gens super sympas qui par la suite deviennent de vrais amis. De plus, une chose qui est capitale et essentielle avec les annonces, c’est qu’on peut choisir nous-mêmes la ou les personnes avec lesquelles on va devoir vivre. Pas besoin de subir ! C’est très important ! Il y a déjà tellement de choses et d’évènements qu’on ne peut pas changer, qu’on doit accepter tels quels que ça fait du bien d’être un peu « le maître du jeu ! »

La 1ère annonce, ma maman l’a mise en 1979. J’avais 21 ans, j’étais en chaise roulante depuis peu et je m’embêtais à cent sous l’heure seule chez moi parce que je n’arrivais à rien faire. Pour soulager et rassurer ma maman qui devait travailler toute la journée, on a pris une jeune fille au pair pour s’occuper de moi et me tenir compagnie durant la semaine. Le week-end, c’était ma maman qui le faisait, puis par la suite, la fatigue l’ayant usée, ma cousine, Sandrine, a pris la relève. Lorsqu’elle s’est mariée et qu’elle a eu des enfants, avec ma maman, on n’avait plus le choix. On a dû mettre une annonce pour trouver des étudiantes pour les week-ends. Ma maman aurait bien voulu continuer de tout assumer toute seule, de tout prendre en charge, mais ce n’était plus possible. La fatigue était là et bien là, accumulée tout au long des semaines, des mois, des années de travail ! Elle n’en pouvait plus, il fallait qu’on l’aide…

En 1989, j’ai pris les choses en main en mettant moi-même les annonces. C’est moi qui répondais aux téléphones, c’est moi qui rencontrais les candidates, c’est moi qui les choisissais et qui les formais. A chaque fois qu’une fille me quittait pour « x » raisons, hop, je prenais le téléphone et dictais mon nouveau texte. Des fois, c’était pour retrouver une fille pour la semaine, des fois pour les filles des week-ends, des fois, pour remplacer les filles qui partaient en vacances d’été ou de Noël.

Comme je ne veux pas aller dans un foyer, ni à l’hôpital et que je ne peux pas rester toute seule, je suis obligée de fonctionner avec les annonces. J’avoue que sans elles, je serais très embêtée. Il y a beaucoup de choses que je ne pourrais plus faire et dont je devrais me priver.

Je suis sûre que vous devez vous dire : « Mais comment fait-elle pour payer tous ces gens ? » Rassurez-vous, je ne suis pas riche, je touche mon AI (indemnités versées par l’assurance invalidité) et c’est tout. Je suis débrouille, je n’ai peur de rien, j’ose tout et c’est ça qui fait ma force.

Je mets entre 1 et 3 annonces par année. Dernièrement, c’était pour trouver des bénévoles d’accord de m’emmener en ville pour faire mes commissions et pour trouver des gens pour conduire ma voiture et m’emmener aux spectacles (les gens ne sont pas rémunérés, je n’en ai pas les moyens, mais par contre, je leur offre le spectacle). Pour moi, tout est possible, tout est sujet pour mettre une annonce. A force et depuis toutes ces années, je suis devenue une vraie « pro » !

Aujourd’hui, je ne pourrais plus me passer de mes annonces. Elles font partie intégrante de ma vie. Combien de choses, j’ai pu réaliser… Combien de rêves, j’ai pu concrétiser grâce à elles ! J’ai rencontré plein de gens différents, de tous âges, de toutes nationalités, de tous métiers, de toutes religions. C’est une vraie chance, une belle richesse ! Mon plus grand bonheur, ma plus grande satisfaction, c’est que grâce à toutes ces annonces, j’ai pu et je peux encore rester chez moi à la maison.

Il faut cesser de dire ou de croire que dans ce monde, on est toujours tout seul. Ce n’est pas vrai. Il y a plein de gens qui ne demandent qu’à aider et à se rendre utile. Les rencontrer comme ça au hasard des chemins, c’est quasi impossible, cela tiendrait du miracle. Par contre, avec les annonces, pas de problèmes, il y a plein de belles âmes qui ne demandent qu’à se réveiller ! Oh, bien sûr, il y a et il y aura toujours des imbéciles et des tordus qui vont tout faire pour nous énerver (ils ne viennent pas au rendez-vous ou alors, ils acceptent le travail et se désistent au dernier moment), mais dans l’ensemble, les gens sont plutôt honnêtes, corrects et même surprenants dans leur gentillesse et leur générosité !

Alors, si un jour vous avez besoin d’aide, si vous n’en pouvez plus ou que vous ne trouvez plus de solutions pour résoudre vos problèmes, n’hésitez pas, faites comme moi, mettez une annonce !

Croyez-moi, vous serez étonné du bon résultat et rappelez-vous « Qui ne risque rien n’a rien ! »

                               

Nyon, Suisse Juin 2002                       Marie-Claude Baillif

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