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Le parcours du combattant !

Un vendredi soir au mois de juillet 1979, alors que je me maquillais et que je me préparais pour sortir chez des amis, ma jambe a eu une faiblesse (comme très souvent…) et je suis tombée dans ma salle de bain. Comme cette dernière était tellement petite (elle l’est toujours d’ailleurs…), ma jambe droite s’est retrouvée coincée entre le meuble à linge sale et la baignoire. Aïe, aïe, aïe ! La douleur à mon genou était si vive et si intense que ma maman a dû m’emmener aux urgences de l’hôpital de Nyon. Plus les minutes passaient, plus mon genou enflait. Je n’arrivais plus à marcher. En fait, mon genou n’était pas cassé (une chance…), mais avait subi une telle distorsion que j’avais un énorme épanchement de synovie à l’intérieur ! J’avais beau dire que ça allait aller, que je voulais rentrer à la maison, pour le médecin qui m’auscultait, il n’y avait aucun doute possible, si je voulais remarcher un jour, il fallait impérativement que je reste 10 jours à l’hôpital ! Pourquoi ? Parce qu’il voulait mettre ma jambe dans une gouttière en mousse suspendue en l’air pour diminuer l’hématome et puis, surtout, me faire des ponctions dans le genou afin de résorber l’épanchement ! J’avais 21 ans.

J’ai obéi, mais malgré les ponctions, les 10 jours d’hôpital et la physio intensive, je n’ai jamais pu remarcher ! Il faut dire qu’à l’époque, je marchais tellement mal, avec tellement de difficultés, mon équilibre était tellement précaire, je tombais si souvent… que je n’ai peut-être pas tout fait les efforts nécessaires pour pouvoir remarcher ! Eh oui, comme ma douleur au genou était toujours très vive, que je n’arrivais pas à tendre ma jambe sans avoir continuellement mal, je n’ai pas forcé, j’y suis allée tout doucement, tout tranquillement, je ne me suis pas du tout obligée ni contrainte à me dépasser et à me surpasser… en fait, en y réfléchissant, je pense qu’inconsciemment, comme j’avais encore la douleur pleinement gravée dans ma mémoire, j’ai eu la peur, eh oui, une énorme crainte et appréhension de retomber et que tout recommence (l’hospitalisation, le fait de ne plus être chez moi, les piqûres…) !!! Eh puis, il ne faut pas l’oublier, ni se mentir… remarcher comme dans les derniers temps, je n’en avais plus envie ni le courage !!!

Pour bien comprendre, voici quelques exemples de ce que je vivais au quotidien :

  • A partir de 12 ans, lorsque je devais monter des escaliers, comme je n’arrivais plus à les monter de face, je devais me tourner de côté, puis tout en m’appuyant avec les deux bras sur la main courante, je levais une jambe l’une après l’autre et montais donc les marches une à une. Lorsqu’il n’y avait pas de barrière ni de main courante pour m’appuyer dessus, je devais poser mes deux mains en face de moi et à plat contre le mur (ceci m’aidait à garder l’équilibre) et pour que mes mains ne glissent pas sur les surfaces lisses, je devais les lécher à l’intérieur à plusieurs reprises ! Lorsqu’au collège, je devais passer du rez-de-chaussée au 4ème étage, je ne vous dis pas le temps que je mettais pour arriver en haut et la concentration que je devais avoir pour ne pas faire d’erreur et tomber !

  • S’il y avait mon frère ou un ami fort et costaud avec moi, pour m’aider et soulager mes efforts, il me portait dans ses bras comme une jeune mariée. À 16 et 18 ans, je ne vous dis pas les commentaires méchants des gens qui passaient à côté de moi et qui, bien entendu, ne me connaissaient pas : « Non, mais tu as vu celle-là, quelle flemmarde ! » « Aïe ! Aïe ! Aïe ! Pour qui elle se prend d’être portée comme ça… la reine d’Angleterre ! » « Ouh, là, là, mais quelle crâneuse ! »

  • Lorsque je tombais à l’extérieur et que j’étais toute seule, je n’arrivais pas à me relever par moi-même. Ma solution ? Attendre que quelqu’un passe pour lui demander de m’aider. Cela pouvait durer 5 minutes comme une demi-heure ou voir même une heure… tout dépendait du passage et de l’affluence ! Le natel n’existait pas encore…

  • Lorsque je tombais chez moi au salon et qu’il n’y avait pas ma maman, je devais me traîner non pas à quatre pattes (je n’y arrivais pas), mais le cul assis et les jambes devant moi jusque dans ma chambre. Là, tant bien que mal, je me hissais sur un pouf, puis du pouf sur un fauteuil assez bas. De là, je tirais ma chaise de bureau vers moi (elle avait des pieds à roulettes), je plaçais ma jambe droite sur le siège et à force de me tortiller dans tous les sens, je me glissais dessus. Lorsque j’avais enfin réussi, grâce à l’aide des roulettes et de mes pieds, j’avançais jusqu’à mon bureau. Une fois devant mon bureau, je plaçais mes jambes de côté (surtout la gauche) en les écartant un peu, je léchais l’intérieur de mes deux mains pour les humidifier et éviter qu’elles glissent, je les posais à plat sur le bureau les bras écartés et là, enfin, je pouvais me lever en me hissant et en me dandinant par les épaules ! Après cet exercice d’équilibre minutieux (j’aurais pu faire du cirque…), j’étais crevée, mes mains et mes muscles du corps tremblaient à cause de l’effort fourni !!!

  • Il y avait des jours où la force me manquant, je n’arrivais pas à me hisser sur le pouf, à ce moment là, mon seul recours, c’était d’ouvrir le dernier tiroir de mon bureau au maximum, mettre un coussin dessus (il y en avait toujours un sur mon fauteuil en prévision de…) et une fois assise sur ce coussin et ce tiroir, je pouvais, si la chance était avec moi, me hisser sur le pouf, puis du pouf sur le fauteuil, du fauteuil sur la chaise à roulettes, de la chaise à roulettes à mon bureau et de mon bureau enfin, me remettre debout !

  • Toute cette gymnastique me prenait du temps, beaucoup de temps. Lorsque je n’y arrivais pas, je rageais, je pleurais, je pestais après ma maladie, j’accusais Dieu et comme je n’avais pas le choix, j’attendais, démoralisée et abattue, le retour de ma maman ! Lorsqu’elle rentrait et qu’elle me voyait parterre, elle était si malheureuse, si désemparée et si affectée que la plupart du temps je lui mentais. Au lieu de lui dire que ça faisait 2, 3 ou 4 heures que j’étais tombée, je disais que ça ne faisait que 5 à 10 minutes ! Bien évidemment, elle faisait semblant de me croire pour ne pas me vexer, mais au fond d’elle, elle savait très bien que ce n’était pas la vérité…

  • Pour sortir de mon lit, c’était toute une épopée aussi ! Je devais d’abord me tourner sur le côté, faire glisser mes jambes hors du lit et avec la force des bras, me mettre en position assise au bord. Depuis là, je tendais le bras pour tirer ma chaise de bureau à roulettes (le soir, je ne devais jamais oublier de la mettre à proximité), je soulevais ma jambe droite avec les deux mains pour la placer sur le siège et à force de me tortiller dans tous les sens, je me hissais dessus. Après comme à l’accoutumée, avec l’aide de mes pieds et des roulettes, j’avançais jusqu’à mon bureau. De là, idem à la situation d’avant, je devais positionner mes jambes (surtout la gauche) de côté en les écartant un peu, lécher l’intérieur de mes deux mains pour les humidifier et les empêcher de glisser, les poser à plat sur le bureau les bras écartés et de là, me dandiner et me soulever en me hissant par les épaules !

  • Lorsque les muscles de mes bras refusaient de coopérer (des fois, ils tremblaient tellement sous l’effort que pour finir, ils lâchaient et mes bras s’affaissaient, je n’arrivais plus à rien faire), c’était souvent dans la dernière ligne droite lorsque je devais me lever du bureau ! Eh oui, il y a des jours où je devais recommencer jusqu’à 5 ou 6 fois avant d’y arriver… c’était long, dur et éprouvant… et puis… plus, je m’énervais, plus je transpirais et plus, je transpirais, plus je glissais… ! Alors là, quand j’en étais rendue là, quand mes muscles tétanisés ne répondaient plus, je n’avais plus qu’une seule chose à faire, prendre mon mal en patience et attendre le retour de ma maman pour qu’elle puisse m’aider. Avec elle, j’étais debout en 2 secondes ! Elle se mettait en face de moi, plaçait ses mains sous mes aisselles et avec un petit mouvement des reins, hop, elle me soulevait comme ça tout de go, en moins de deux ! C’était génial… tellement plus rapide, tellement plus simple, tellement moins fatiguant ! Pour moi, c’était un régal, un bonheur, une délivrance à l’effort, une astreinte de moins à subir ! Pour elle, par contre, c’était moins drôle, car à force de le faire, pour finir, cela lui contracturait le dos… elle avait souvent mal !

  • Pour me relever des WC, là aussi, c’était épique ! Je devais d’abord écarter un peu mes jambes, puis avec l’aide d’une main sur mon genou gauche, me pencher en avant en me soulevant un peu, poser l’autre main et bras sur un tabouret (qui se trouvait sous le lavabo et que je venais de tirer), ensuite dans cette position, je devais monter mes bras l’un après l’autre sur le petit lavabo qui se trouvait un peu plus haut à ma gauche et à partir de là, avec une concentration extrême, me redresser tout doucement jusqu’à ce que je tienne debout droite !!! Lorsque je me ratais ou que mes bras, qui tremblaient trop, refusaient de me soutenir, je me rasseyais sur la cuvette et tout en vociférant et en pleurant, j’attendais le retour de ma maman…

Comme j’ai la chance d’être débrouillarde et dégourdie, que j’ai toujours plein d’idées ingénieuses dans ma tête, un jour n’y tenant plus de tous ces efforts difficiles, pénibles et périlleux, j’ai inventé des méthodes systèmes D pour me faciliter la vie :

  • Par exemple, au lieu de m’asseoir sur les chaises où j’avais de plus en plus de peine à me relever (les fauteuils et les divans, je n’y arrivais plus depuis longtemps), je m’asseyais directement sur les tables ou sur mon bureau, les pieds posés sur une chaise. Comme c’était beaucoup plus haut, c’était bien plus facile et surtout beaucoup plus pratique pour me relever ! En effet, je n’avais qu’à descendre mes 2 jambes parterre et grâce à une petite poussée de mes mains posées de chaque côté de mes fesses sur le bureau, hop, c’était fait, j’étais debout !

  • Pour faire pipi, je me mettais debout entre la cuvette des WC et le lavabo. Après avoir baissé mon pantalon et ma culotte, je sortais un gros gobelet en plastique (acheté au magasin) de la petite armoire murale, je le plaçais bien comme il faut sous l’orifice de ma vessie et là, j’ouvrais les vannes si j’ose m’exprimer ainsi ! Lorsque j’avais fini, je retirais le gobelet plein en faisant attention de ne rien renverser, je vidais ensuite le pipi dans les WC, je m’essuyais avec du papier toilette, je nettoyais le gobelet dans le lavabo, je le rangeais dans la petite armoire murale, je remontais ma culotte et mon pantalon et hop, le tour était joué… sans effort et sans danger ! C’était génial, moi, ça me facilitait la vie et ma maman, ça la rassurait ! En effet, la seule chose à laquelle je devais faire attention, la seule précaution à prendre, c’était de ne pas attendre le dernier moment pour y aller, car si j’avais un trop gros pipi à faire, celui-ci pouvait déborder du gobelet et coulé partout… sur mes mains, dans ma culotte, dans mon pantalon… et là, ça n’aurait pas été drôle, j’aurais dû tout nettoyer et me changer !

  • Pour aller à selle, en principe, j’attendais que ma maman soit là pour m’aider à me relever, mais si c’était urgent, je pratiquais comme pour le pipi, je prenais mon gobelet miracle ! Par chance ou par maîtrise (je ne sais pas), je ne me suis jamais ratée ! Eh oui, que ce soit par devant ou par derrière, rien n’a jamais débordé, j’ai toujours assuré ! Heureusement d’ailleurs…

  • Le soir, pour éteindre la télévision au salon (il n’y avait pas encore de télécommande et ma maman dormait depuis belle lurette, elle devait se lever tous les jours à 5h du matin pour aller travailler…), il y avait environ 6 mètres à faire dans le vide. Quand je parle de vide, cela veut dire qu’il n’y avait rien pour moi sur quoi m’appuyer ou me tenir (je regardais la télévision depuis la table à manger, j’étais assise dessus, les pieds posés sur une chaise), alors, pour éviter de perdre l’équilibre et de tomber, je m’appuyais sur le dossier d’une des chaises de la table que je tirais, que je trainais avec moi jusqu’à la télévision et retour ! Pour aller du salon à ma chambre, je me tenais au mur du corridor et au meuble à chaussures !

  • Pour me laver, au début, je prenais des bains et des douches. Ma maman, craignant que je glisse et tombe dans la baignoire, avait posé un tapis antidérapant. Pour le bain, je remplissais la baignoire au ¾ d’eau chaude avec un produit moussant. Je mettais un linge sur le rebord pour ne pas glisser et une fois déshabillée, je m’asseyais dessus. Ensuite, je m’adossais contre le lavabo d’à côté, cela me stabilisait et me permettait avec l’aide de mes 2 bras de soulever mes 2 jambes et de les mettre, l’une après l’autre, à l’intérieur dans l’eau. Là, je mettais mon bras droite en arrière pour me tenir au lavabo et avec une concentration extrême, je balançais le bras gauche sur la robinetterie de la baignoire afin de me tenir aussi. Lorsque j’étais bien accrochée, je retenais ma respiration et me laissais tomber sur le tapis antidérapant en faisant bien attention de ne jamais perdre l’équilibre ! Pour ne pas prendre froid (cela engourdit nos muscles), à tout moment, je rajoutais de l’eau chaude en prenant soin bien sûr de tirer le bouchon pour évacuer le surplus d’eau.

  • Une fois lavée et donc propre, pour ressortir de là, je pliais mes jambes et plaçais mes genoux tout contre moi, je posais ma main et mon bras gauche sur la robinetterie de la baignoire (comme précédemment), le droite sur le rebord de la baignoire et grâce à l’apesanteur et la légèreté de mon corps dans l’eau (la baignoire était au ¾ pleine), je me soulevais en hissant le bas de mon corps, posais immédiatement mes fesses sur le rebord (là où il y avait le linge qui empêchait de glisser) et poussais un ouf de soulagement, car j’y étais arrivée !

  • Cette phase, qui était la plus délicate, la plus risquée, voir même la plus dangereuse des opérations (eh oui, si je me ratais, que je perdais l’équilibre ou que je glissais, c’était la noyade assurée, car suivant la position, je n’aurais pas eu la force de me relever… !) effrayait ma maman, elle me demandait toujours d’attendre qu’elle rentre du travail ! Moi, têtue et refusant de voir le danger partout (je ne voulais pas qu’il soit dit), je me baignais toujours lorsqu’il n’y avait personne à la maison ! Une belle stupidité quand j’y pense aujourd’hui, j’ai eu beaucoup de chance…

  • Pour terminer la description de mon bain, eh bien, une fois assise sur le rebord de la baignoire, je m’adossais à nouveau contre le lavabo (cela me stabilisait), puis avec mes 2 bras, je soulevais mes jambes, l’une après l’autre pour les sortir de l’eau, je les posais sur le tapis de la salle de bain, avec un linge je m’essuyais, ensuite j’écartais un peu ma jambe gauche, je plaçais mes 2 mains sur le bord du lavabo et en me hissant et en me dandinant en même temps, je me mettais debout !

  • Pour me doucher, heureusement, c’était un peu plus simple ! D’abord, je me mettais en face du lavabo, puis en me penchant et en m’appuyant fortement avec les 2 mains dessus (je plaçais toujours un linge pour ne pas glisser), je soulevais ma jambe droite en arrière, la faisait passer par-dessus la baignoire, je faisais pareil avec la jambe gauche, puis avec l’aide de mes 2 bras, je me redressais tout gentiment du lavabo ! Pour ressortir, je faisais la même chose, mais en sens inverse !

  • Lorsque j’ai commencé à devenir anxieuse, inquiète et angoissée à l’idée de prendre un bain, que ça commençait à devenir vraiment critique et périlleux, j’ai arrêté et je n’ai pris que des douches. Lorsque dans les derniers temps, les douches elles-mêmes m’effrayaient, je faisais comme au bon vieux temps de nos grands-mères, je me lavais debout au lavabo avec une lavette (un gant de toilette) et du produit douche ! J’étais tout aussi propre, je sentais tout aussi bon et surtout, surtout, j’étais moins épuisée, moins déprimée, beaucoup plus sereine

  • Un jour, alors que j’étais dans des toilettes publiques avec ma maman sur l’autoroute en direction de Paris (on allait voir un guérisseur), je n’arrivais plus à me relever de la cuvette des WC, j’avais beau essayé et réessayé, rien n’y faisait, je n’y arrivais pas. Comme j’avais fermé ma porte à clé, ma maman ne pouvait même pas rentrer pour venir m’aider, c’était horrible ! Fatiguée, abattue, énervée, mais aussi et surtout honteuse, humiliée et vexée, ne sachant pas comment faire pour ouvrir cette satanée porte, je me suis mise à chialer ! Ma maman, qui était désemparée et dépitée est partie chercher quelqu’un, un homme fort, pour défoncer la porte. Moi, de mon côté, fâchée, démoralisée et révoltée, j’ai levé les yeux au ciel et après avoir injurié Dieu et Jésus, j’ai réessayé de me relever… de rage cette fois-là et… je ne sais pas pourquoi, mais ouf, j’y suis arrivée !!! Quel soulagement, quelle joie, quel bonheur… d’autant plus que comme ma maman n’avait trouvé personne pour emboutir la porte, je ne sais pas comment on aurait fait pour me sortir de là !!! Dans la voiture, prise de remords, je me suis excusée auprès de Dieu et de Jésus. Je ne sais pas si c’est eux ou ma rage qui m’a permis de me lever, mais humble et reconnaissante, il faut toujours que je remercie quelqu’un…

  • Depuis ce jour, je n’ai jamais plu refermer une porte de WC ou de salle bain à clé derrière moi, j’ai eu beaucoup trop peur ! En y repensant, je trouve que c’était une sage décision, la meilleure à prendre !

Je suis sûre qu’en lisant ces quelques lignes, certains d’entre vous, vous devez vous dire : « Mais comment a-t-elle fait pour supporter tout ça, comment a-t-elle pu endurer tous ces efforts, toutes ces difficultés, tous ces tracas journaliers sans perdre pieds, sans perdre le moral et sans tout envoyer balader ??? » C’est vrai que ce n’était pas facile, pas joyeux et rutilant tous les jours, mais bon, je ne tombais pas non plus 24h sur 24 et puis, vous savez, lorsqu’on est dans le feu de l’action, que l’on est habitué de vivre comme ça, on ne se rend pas toujours compte de tout ce que l’on fait et de tout ce que l’on doit faire pour simplement se lever d’un lit par exemple, on n’a pas le temps et surtout, on n’a pas le choix ! En fait, c’est sur mon lit d’hôpital avec ma jambe en l’air et mes douleurs qu’à force de réfléchir sur mon passé, mon présent et mon futur que j’ai réalisé tout ce que j’endurais !

A l’hôpital, pour me permettre de me déplacer facilement (avec des cannes, je ne pouvais pas…) et d’aller sur la terrasse au soleil (j’avais trouvé des patients qui jouaient aux cartes), j’avais une chaise roulante. Passer 10 jours avec elle ne m’a posé aucun problème, aucune frustration ni aucune honte, au contraire, je dirais que ce fut même une révélation, je n’y ai trouvé que des avantages ! Tellement plus cool, tellement plus facile, tellement moins stressant (je ne perdais plus l’équilibre à tout moment – je n’avais plus le cœur qui s’emballait 10 fois par jour parce que je croyais que j’allais tomber – lorsque je me promenais, je pouvais enfin regarder les gens qui m’accompagnaient droit dans les yeux, en ce qui concerne les paysages idem, je pouvais rouler en regardant à gauche, à droite, en haut et en bas, tandis que quand je marchais, je devais toujours fixer mes pieds au cas où il y aurait eu une petite imperfection sur la route qui aurait pu me faire chuter – je pouvais parcourir des kilomètres sans ressentir la fatigue et la cerise sur le gâteau, tout le monde était gentil et serviable avec moi !).

Comme j’étais tellement bien dans ma chaise roulante, lorsque je suis rentrée à la maison (après mes 10 jours à l’hôpital), j’ai repoussé au maximum (pendant au moins 3 mois) le moment fatidique d’essayer de me remettre debout. Je trouvais toujours tout plein d’excuses, mais bon, il faut aussi dire, à ma décharge, qu’à chaque fois que le physio qui venait à mon domicile me tendait la jambe, mon genou me faisait encore très mal ! Le jour où je me suis enfin décidée, où j’ai pris mon courage à 2 mains pour essayer, eh bien, c’était trop tard, je n’y arrivais plus, mes jambes ne tenaient plus droites, elles se pliaient automatiquement ! Ne voulant plus prendre de risques (je suis téméraire, mais tout de même pas casse-cou ! Si je me cassais une jambe ou un bras… j’en aurais quoi de plus !) et comme je me sentais si bien dans ma chaise roulante, je n’ai pas insisté, je n’ai pas persévéré, j’ai accepté cette nouvelle situation sans broncher, plutôt ravie !

Ce choix, je ne l’ai jamais regretté ! Pour moi, j’avais bien vécu en marchant (je savais ce que c’était que de courir, sauter en hauteur ou en longueur, nager avec une bouée, danser et monter sur un cheval), j’avais fait des tas de choses (comme du ski, de la luge, du vélo, du vélomoteur, même de la moto en tant que passagère), j’avais vécu des tas d’expériences (partir en vacances, aller au bord de la mer, à la montagne, au cinéma, au dancing, au bal et au restaurant), je savais ce que c’était que de draguer, me faire draguer, faire l’amour, boire des verres et fumer… comme j’avais bien profité de tout et que dans les derniers temps (vers 21 ans), mon quotidien était devenu tourment, effort, souffrance, lassitude et calvaire… c’était le temps que je passe à la chaise roulante, que je vive une nouvelle étape, une seconde vie, une autre aventure !

Comme ma maman devait travailler tous les jours pour subvenir à nos besoins (à mon frère et à moi), que ce dernier bossait lui, aussi, à plein temps et que je ne voyais quasi plus personne (à cause du dernier petit copain que j’ai eu pendant 2 ans 1/2 et auquel, par erreur, j’avais consacré tout mon temps, j’ai fait le vide autour de moi… il m’a quitté 1 mois avant que je tombe…), le résultat fut que j’étais toujours toute seule la journée !

Comme avec la configuration de nos toilettes, ma chaise roulante ne rentrait pas dedans (c’était trop petit), ma maman, avant de partir au travail, venait tous les matins me réveiller afin de me mettre sur le pot (pour faire pipi), après je me rendormais et trainassais au lit jusqu’à midi, heure de son retour. Là, elle nous préparait vite fait à manger, puis pendant que ça cuisait, elle (ou alors mon frère s’il pouvait avoir une pause entre ses cours de gymnastique, de mathématiques ou de géographie économique) me remettait sur le pot, me soulevait du lit pour me mettre dans ma chaise roulante et me poussait au salon pour regarder la télévision. Là, on mangeait rapidement et à 13h (à peine 1h plus tard), ma maman repartait au travail, désolée de me laisser là plantée seule tout l’après-midi devant la télé ! Si durant la journée, j’avais besoin de quelque chose (un verre d’eau pour boire, des chips à grignoter, un stylo à ramasser, un livre à aller chercher…), je pouvais appeler la concierge. C’était une très gentille dame qui habitait au 3ème étage et qui nous rendait bien des services.

A 17h30, lorsque ma maman rentrait du travail, elle s’asseyait un moment vers moi pour discuter et me distraire, puis elle allait à la cuisine pour préparer à manger, on soupait, on regardait le film du soir, puis ma maman (ou des fois mon frère s’il revenait) me soulevait pour me remettre au lit, me donnait le pot et après, m’installait correctement pour que je puisse dormir. Dévouée, généreuse et bienveillante, ma maman, pour que je puisse regarder le film jusqu’au bout le soir, prenait sur elle, sur sa fatigue en allant se coucher beaucoup plus tard de ce qu’elle avait l’habitude ! Elle était incroyable, le contraire de l’égoïsme ! C’est vrai, le nombre de fois où j’ai vu ma maman s’oublier pour faire plaisir aux autres… un bel exemple à suivre !

Les jours, les semaines qui ont suivi, se sont succédées identiques, pareilles aux autres, c’est-à-dire banales, monotones et sans attrait ! Un soir, ma maman, triste et malheureuse de me savoir continuellement toute seule, ne supportant plus de me voir ne plus rien faire à part regarder la télé et attendre que les heures passent, m’a proposé d’engager des jeunes filles au pair suisses-allemandes. Pour elle, c’était la meilleure solution pour casser la routine de ma vie et pour que je n’aie plus à tout le temps attendre son retour ou celui de mon frère pour pouvoir faire des choses. J’ai d’abord dit non, que ça ne m’intéressait pas du tout, que je trouvais que ça allait très bien comme ça, mais plus j’y réfléchissais la nuit au calme et plus, je trouvais son idée intéressante et bonne !

Ma maman, toujours lucide et clairvoyante, avait raison, si je voulais garder le moral et ma joie de vivre, je devais bouger, sortir, je ne pouvais pas toujours rester à la maison à rien faire, mon caractère en prendrait forcément un coup, il avait d’ailleurs déjà commencé, j’avais moins de patience, je m’emportais pour un rien, je devenais fort désagréable ! Le fait, par contre, d’avoir tous les jours quelqu’un sous la main, d’avoir une présence continue auprès de moi, ça allait m’ouvrir bien des portes… en effet, cela me permettrait d’abord de moins m’embêter (il n’y a rien de pire que l’ennui pour déprimer, s’aigrir et se laisser aller…), ça me donnerait l’occasion de pouvoir sortir où et quand je le voudrais, ça me permettrait de faire de nouvelles connaissances et enfin, qui sait, je pourrais peut-être même concrétiser et réaliser certains de mes rêves !!! Vous imaginez un peu la liberté, l’indépendance et l’autonomie que j’aurais… ce serait une délivrance, un pouvoir et une opportunité à ne pas manquer, une revanche à ne pas rater !

De plus, comme j’avais 21 ans, les filles au pair seraient à peine plus jeunes que moi, on aurait donc les mêmes idées, les mêmes envies, les mêmes intérêts, elles s’occuperaient de moi de A à Z, me sortiraient, auraient un salaire, tandis que moi, de mon côté, je leur apprendrais le français et leur ferais découvrir la Suisse romande. Tout ça, ce ne sera que tout bénéfice pour nous tous. La seule contrainte que je voyais était d’apprendre à vivre avec quelqu’un d’inconnu, de s’y habituer, de ne pas avoir de préjugé, ni d’irrespect vis-à-vis d’elle.

De 1979 à aujourd’hui, année 2008, j’ai eu :

• 17 filles qui se sont occupées de moi la semaine ! D’abord du dimanche soir 20h au samedi matin 9h, puis du lundi matin 10h au vendredi soir 19h. Il y a eu : Erika de Zürich (6 mois), Cordula de Berne (1 an), Simone de Zürich (2 mois), Sandra du Liechtenstein (1 an), Angela de Londres en Angleterre (2 mois), Maya d’Arbon (2 ans), Bettina de Rapperswil (1 an), Claudia de Zürich (1 an), Magui de Frauenfeld (2 ans), Simone de Stein-am-Rhein en Allemagne (10 mois), Cileste du Cap Vert (8 ans), Jaëlle une française de Guyane (1 an), Linda une française du Togo (1 an), Édith du Portugal (1 mois), Lydia de Côte d’Ivoire (4 ans), Hayet une française d’Algérie (10 mois) et Fabienne une française d’Albertville, la dernière (elle est d’ailleurs encore là… ça fera 4 ans en décembre 2008)

• 36 filles qui se sont occupées de moi 1, 2 ou quelques fois 3 week-ends par mois ! Du samedi matin 9h au dimanche soir 20h, depuis 2004, Chantal a fait tous les vendredis soirs et dimanches soirs, comme elle est en convalescence, c’est Fatya qui la remplace.

• 5 filles qui sont venues pendant les 2 semaines de vacances d’été et les 2 semaines de vacances de noël, nouvel-an ! Il y a eu : ma cousine Sandrine, Nora une française de Saint-Claude, Jessica une suissesse de Genève, Sylvaine une française d’Annemasse et Chantal une suissesse de Lausanne. Elles sont toutes venues à plusieurs reprises et ceci pendant plusieurs années de suite… une chance pour moi !!!

• Et pour finir, 18 personnes, hommes et femmes, qui m’ont servi de chauffeur et chauffeuse ! Ils ou elles, aidaient mon aide de vie à me mettre dans la voiture (une me soulevait par les bras, l’autre sous les genoux), puis conduisaient ma voiture jusqu’à l’endroit que j’avais choisi, et là, soit on se baladait dans la nature, visitait un musée, un monument ou un parc, soit on allait au magasin pour faire du shopping ou alors, on partait au cinéma ou au spectacle !

Vous vous rendez compte, depuis la fin de mes 21 ans jusqu’à mes 50 ans (mon âge actuel), j’ai formé et appris à 76 personnes à me manipuler !!! N’est-ce pas incroyable et totalement ahurissant, ça !?!

En tout cas, je suis fière de moi, car malgré mon handicap, malgré ma maladie, malgré toutes les difficultés que j’ai rencontrées, j’ai toujours réussi à faire plein de choses, j’ai toujours gardé le moral et je n’ai jamais baissé les bras ! Eh oui, j’ai réussi à résister à tout, je me suis battue corps et âme et aujourd’hui, à l’âge merveilleux de 50 ans, je peux dire que j’ai eu une vie bien remplie, heureuse (malgré tout…) et surtout riche en anecdotes de toutes sortes et en expériences en tout genre !

Par rapport à toutes les filles qui se sont occupées de moi, je suis fière aussi, car malgré que je déteste passer de main en main, je n’ai jamais rebuté, rechigné ou maugréé de devoir toujours leur apprendre, apprendre et apprendre encore… j’ai toujours été sympa, correct dans mon langage, tolérante et ouverte… j’ai toujours été à leur écoute lorsqu’elles avaient des problèmes et qu’elles me dévoilaient leur secret, je les ai toujours aidées si je le pouvais !

Elles de leur côté, elles m’ont bichonnée, choyée, pomponnée, gâtée et soignée à la perfection ! En effet, grâce à leur gentillesse, leur compréhension, leur dynamisme, leur énergie, leur audace, leur volonté et leur enthousiasme à me faire plaisir, j’ai eu et j’ai vécu de beaux moments de folie et d’émotion, j’ai fait de formidables voyages et j’ai réalisé plusieurs de mes rêves !

Pour rendre grâce à toutes ces filles, à toutes ces perles, je vais écrire une suite à ce texte qui s’appellera les filles qui se sont occupées de moi !

 

Juillet 2008                        Marie-Claude Baillif

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