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Mes années vélomoteur !

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Lorsque j’avais 14 ans, ma myopathie avait fait que je n’arrivais plus à courir, plus à monter les escaliers normalement, plus à marcher durant une longue période (je fatiguais vite) et faire du vélo était devenu dur et compliqué, car lorsqu’il y avait des montées, comme je n’avais plus assez de force pour pédaler debout, je devais descendre du vélo et le pousser, un gros effort pour moi !

Pour me faciliter la vie et me diminuer toutes ces difficultés physiques, ma maman, généreuse, clairvoyante et dévouée, m’avait acheté un vélomoteur ! Ce petit bijou, un cady blanc, était vraiment un super beau cadeau, car d’une part, il m’offrait la facilité de mouvement et l’indépendance et de l’autre, le sentiment lorsque j’étais assise dessus et que je roulais que j’étais comme tout le monde, une fille normale sans maladie et sans handicap !

Comme je n’arrivais pas à l’allumer moi-même à l’arrêt (pas assez de force dans mon pied pour appuyer d’un coup sec sur la pédale), c’est ma maman qui le faisait. Lorsqu’elle n’était pas là, je demandais aux voisins, à la concierge de mon immeuble, aux gens qui passaient à côté de moi, aux élèves de mon collège (lorsque je m’y rendais avec), à mes amis, bref à tous ceux qui étaient là au moment où je devais le mettre en route. Comme je ne ressentais aucune gêne ni aucune honte à toujours demander de l’aide, je le faisais naturellement en toute quiétude. Ce qui est formidable, c’est que jamais personne ne m’a refusé son aide ! Eh oui, qu’ils soient homme ou femme, jeune ou moins jeune, ils l’ont toujours fait de bon cœur !

Lorsqu’il y avait une descente, là par contre, j’arrivais à me débrouiller toute seule. Comment ??? Eh bien, système D, je m’asseyais sur mon vélomoteur et lors de la descente, je pédalais le plus rapidement possible en tenant avec mon doigt le starter ce qui permettait (dans la plupart des cas) au moteur de se mettre en route. Si malheureusement pour X raisons, je ratais mon coup, si en bas de la descente mon vélomoteur ne s’était pas allumé, eh bien, là, j’étais beau dans l’ennui, car je devais soit le remonter en le poussant en haut de la montée (pénible !) et recommencer mon micmac, soit attendre que quelqu’un passe pour lui demander de m’aider (suivant où je me trouvais, cela pouvait prendre plusieurs minutes) !

Malgré ces petits inconvénients, mon vélomoteur, je l’adorais ! Il était mes jambes, ma joie, ma liberté… je le prenais partout ! Eh oui, il n’y a pas un jour où je ne l’utilisais pas, il n’y a pas un jour où je n’étais pas dessus en train de m’éclater ! Il était mon évasion quotidienne, mon excuse pour sortir et m’amuser, j’y tenais comme à la prunelle de mes yeux !

Des souvenirs et des anecdotes avec lui, j’en ai des centaines et des centaines, mais par contre des photos aucune ! C’est bête ça, car ça m’aurait fait bien plaisir de me revoir avec ! Mais bon, il faut comprendre qu’à l’époque (c’est vieux tout ça… ça date de plus de 32 ans), les photos n’étaient pas autant à la mode, elles étaient chères et il n’y avait pas encore les numériques !

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Faute de photo de moi sur mon cady, voici 2 pubs récupérées dans un journal

Mon vélomoteur, je l’ai eu de 14 à 20 ans ! Ce fut 6 ans de bonheur, 6 ans de joies intenses, 6 ans de belles aventures ! Oh bien sûr, quelques fois, il y a eu des drames, des choses pas toujours drôles, mais bon, c’est comme dans tout, la vie n’est jamais un long fleuve tranquille !

En tout cas, aujourd’hui, je remercie très chaleureusement ma maman d’avoir osé m’acheter un vélomoteur et d’avoir toujours eu une attitude positive malgré les risques ! Eh oui, j’aurais très bien pu tomber et me casser un membre, voir même me tuer dans un accident avec une voiture, un bus ou un camion… je roulais quand même à une vitesse de 30 km/heure et à l’époque le port du casque n’était pas obligatoire, il n’y avait aucun examen de conduite ni de cours théorique sur la circulation routière ! On achetait un vélomoteur, on montait dessus et c’était tout ! Bien sûr, on savait qu’il fallait s’arrêter au stop et aux feux rouges (qui étaient beaucoup moins nombreux que maintenant), qu’il fallait ralentir aux cédez le passage et qu’il fallait tendre le bras lorsqu’on voulait tourner à gauche ou à droite, mais à part ça, pas grand-chose de plus.

Des dangers, oui, il y en avait, ça c’est indéniable, mais grâce à Dieu ma maman ne s’est jamais arrêtée à ça, elle a toujours plutôt regardé tout le potentiel que cet achat pouvait m’apporter, elle m’a fait confiance et pour un enfant handicapé, de surcroit myopathe, c’est capital pour notre mental, notre moral et notre foi en nos capacités, c’est une valorisation importante de nous-mêmes ! Pour les parents de myopathes (ou toute autre handicapé d’ailleurs), j’aimerais dire pour l’avoir vécu moi-même que les mots à bannir, que les attitudes et les comportements à ne jamais communiquer aux enfants sont la crainte, le doute, la méfiance et l’anxiété !

Grâce à l’audace de ma maman, sa détermination à améliorer mon quotidien d’adolescente handicapée, ma vie avec mon vélomoteur a été une super belle expérience, une période de ma vie que j’ai adorée !

Parmi tout ce qui m’est arrivé, parmi tout ce que j’ai vécu avec mon compagnon à moteur et à 2 roues, il y a eu :

Comme mésaventures qui auraient pu mal tourner si je n’avais pas eu une bonne étoile pour veiller sur moi :

  1. Ma balade un dimanche matin tôt à travers de petites routes

Alors que je roulais toute seule, cheveux au vent (j’avais de très longs cheveux à l’époque jusqu’en bas du dos) et que je m’éclatais, au moment où je me suis engagée sur une petite route juste après un croisement, j’ai vu une voiture noire ralentir et s’arrêter en beau milieu de la route à quelques centaines de mètres de moi. 4 hommes, très alcoolisés et gesticulants dans tous les sens, sont alors sorti violemment de la voiture, ont ouvert les 4 portières pour me bloquer le passage et tout en me dévisageant de la tête aux pieds me lançaient des insanités sexuelles. La peur au ventre, comprenant tout de suite ce qui allait m’arriver si je continuais sur cette route, j’ai immédiatement fait demi-tour et pédalé à toute vitesse pour que mon vélomoteur aille encore plus vite. Un des gars, furieux que je fuie et esquive son piège, a commencé à me courir après. Affolée, j’ai prié Dieu pour qu’il me donne la force de leur échapper et qu’il ne m’arrive pas malheur. C’est alors qu’une voiture est arrivée derrière leur voiture noire, que la personne à l’intérieur les a klaxonné pour qu’ils dégagent et libèrent la route, que les 3 individus ivres restés vers leur voiture ont rappelé leur compatriote qui me courait après en lui hurlant : « Allez, connard, reviens, laisse tomber, on y va ! »

Tremblante, apeurée et avec le cœur qui battait à 100 à l’heure, j’ai poussé un grand soupir de soulagement (là, on peut dire que je l’avais échappé belle) et suis rentrée directement chez moi. Lorsque j’ai raconté ma mésaventure à ma maman, celle-ci paniquée et inquiète, m’a interdit de ressortir le dimanche tôt. Il y avait les sorties de boites, des gens saouls, mieux valait ne pas prendre de risque et tomber sur des violeurs ! Avec mon handicap, pour ces prédateurs de bas étage, j’étais une proie facile !

       2. Mon escapade à travers des routes de campagne un samedi après-midi

Alors que je montais en haut d’une petite route de campagne pour accéder à un joli village, une voiture avec un jeune mec au volant en me voyant rouler au bord de la route a voulu faire le malin, m’embêter ou me faire peur (je ne sais pas…), mais en s’approchant de moi, il m’a fait une queue de poisson ! Quel con ! Comme j’ai eu très peur et que bien évidemment, j’ai voulu l’éviter, j’ai tourné mon guidon à droite et résultat, j’ai dévalé tout droit en bas un talus ! Le mec, un véritable crétin (y a pas d’autres mots !) a bien évidemment continué sa route sans se préoccuper de ce qu’il m’était arrivé !

Une fois en bas le talus (heureusement pour moi que je n’étais pas tombée, que j’étais toujours bien assise sur mon vélomoteur et que ce dernier était encore allumé, car franchement je ne sais pas comment j’aurais fait pour me sortir de là. C’est vrai, sans natel pour appeler au secours (à l’époque, il n’existait pas), je ne vois pas comment j’aurais pu signaler ma présence en bas de ce talus ! En bon français, si j’étais tombée, je pense que j’aurais pu crever 10 fois  avant que la police ou quelqu’un d’autre ne me retrouve ! Quelle horreur…)

Une fois donc en bas de ce talus (j’avoue que je ne faisais pas la maligne, je tremblais comme une feuille…), j’ai dû faire un sacré effort sur moi-même pour ne pas paniquer et baisser les bras, j’ai dû chercher au fond de moi le mental, la force psychologique et le doigté, la dextérité qui allait me permettre de remonter sur la route et ceci sans me casser la gueule ! J’avais droit à une seule chance, il ne fallait pas la rater ! Eh oui, si je tombais, c’était foutu, je ne pourrais pas me relever, pas signalé ma présence. J’ai respiré un bon coup, serré les fesses comme on dit et hyper concentrée, je me suis lancée à la conquête de ce foutu talus ! Il n’était pas long, mais très raide. De plus, comme il était en terre avec des touffes d’herbe et de fleurs, ce n’était pas évident !

Ma petite étoile me protégeant à nouveau, je suis montée comme une reine. Ouf ! Une fois en haut, j’ai continué ma route en faisant très attention aux voitures, à leurs réactions vis-à-vis de moi, mais plus rien de grave ne m’est arrivé !

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Lorsque j’étais sur mon vélomoteur, je me sentais libre, jolie et sans contraintes. J’adorais me royaumer dans toute la région, un coup à gauche, un coup à droite ! C’était super, j’étais heureuse comme tout ! Au final, des kilomètres, j’ai dû en faire des milliers, des pleins d’essence aussi. Lorsque je devais remplir mon réservoir à la station d’essence bien que c’était interdit (mais je n’avais pas le choix, je ne pouvais pas faire autrement), je n’éteignais jamais le moteur de mon vélomoteur. Le pompiste, qui me connaissait bien et savait tous mes problèmes de santé, ne m’a jamais rien dit, il comprenait. Par chance, il ne m’est jamais rien arrivé !

Par contre, ce que j’ai eu, ce que j’ai fait à plusieurs reprises, c’était de tomber avec mon vélomoteur ! Je ne sais pas comment j’ai réussi, mais heureusement pour moi, je ne me suis jamais faite mal, je ne me suis jamais blessée, ni cassé un os ou tordu un membre. Ce qui m’a sauvée, je pense, c’est que lorsque je tombais comme je n’avais pas assez de force pour me retenir, pas assez de muscles pour me rattraper, je tombais d’un bloc comme un sac de pommes de terre ! Une fois parterre, je n’arrivais pas à me relever toute seule. Cela m’a posé bien des fois des problèmes, car pour me remettre debout, pour me remettre sur les pieds, je devais à chaque fois attendre que des gens passent pour que je puisse leur demander de m’aider.

Parmi le palmarès de mes meilleures chutes, les plus inoubliables, il y a eu :

  1. Celle qui m’a emmenée à l’hôpital en ambulance !

C’était un vendredi en fin d’après-midi après les heures de classe au collège secondaire lorsqu’avec 4 amis (3 filles et 1 garçon) nous nous rendions (comme chaque vendredi) à la terrasse du restaurant de l’aérodrome de Prangins pour fêter la fin de l’école et le début du week-end. Au moment de traverser la ville, lors de mon arrivée à un passage piéton, une femme ne m’ayant pas vue (ou pensant qu’elle avait le temps de passer) s’est élancée sur la route sans crier gare. Surprise, ne m’attendant pas à l’avoir là devant moi, j’ai beau eu freiné à fond, je n’ai pas pu l’éviter, je suis rentrée en plein dedans ! Ça a fait patatras et boum badaboum, on est tombée toutes les 2 avec mon vélomoteur !

La dame qui d’abord vociférait contre moi, alors que je n’y étais pour rien, s’est ensuite levée et est partie sans s’occuper de moi qui étais encore au sol faute de pouvoir me relever toute seule. Les passants ne me voyant justement pas me relever tout de suite (j’attendais que mes amis fassent demi-tour pour m’aider), persuadés que j’étais blessée, ont appelé l’ambulance. J’avais beau leur dire que j’allais bien, que j’avais la myopathie, que c’était normal que je n’arrivais pas à me relever, rien n’y faisait, ils ne me croyaient pas. Lorsque mes amis, attirés par le bruit et ne me voyant plus derrière eux, ont fait demi-tour pour voir où j’étais, les gens qui avait appelé l’ambulance les empêchaient de me toucher et de par-là même de me relever ! C’était surréaliste, complètement fou !!!

Lorsque l’ambulance est arrivée avec la sirène d’alarme allumée, j’étais tellement énervée, tellement en rage que j’ai refusé de monter dedans. Donnant l’image d’être très agitée, très fébrile, les ambulanciers, qui craignaient que j’aie une commotion cérébrale, ne m’ont pas du tout écoutée, ils m’ont embarquée de force sur une civière et hop dans l’ambulance ! Choquée par leur pimpon qui hurlait à tue-tête et par le fait que l’un des ambulanciers avait téléphoné à ma maman pour lui dire de venir immédiatement à l’hôpital, car j’avais eu un grave accident, je me suis retrouvée avec l’esprit confus et embrouillé ! Lorsque le médecin me demandait : « On est en quelle année ? », j’avais oublié, j’étais incapable de répondre. Lorsqu’il me montrait 4 doigts à sa main, je disais qu’il en avait 5… j’étais complètement paniquée, mais non pas par le fait d’être tombée avec mon vélomoteur, mais par le fait de me retrouver là aux urgences de l’hôpital avec ma maman affolée à mes côtés !!! C’était super stressant !

Une fois tous les examens terminés, une bonne nouvelle (mais bon, moi, je le savais déjà), le médecin nous a annoncé que tout allait bien, que je n’avais rien et que je pouvais rentrer chez moi ! Ah, enfin, il reconnaissait que je me portais bien, enfin il admettait que j’avais raison ! Quelle histoire !!!

                           2. Celle où je suis rentrée dans un taxi !

Quand je sortais du collège à midi, avant de rentrer à la maison pour diner, je faisais toujours un tour de ville avec mon vélomoteur. J’adorais ça ! Un jour que j’étais à côté de la gare et que ça bouchonnait (les voitures étaient quasi toutes arrêtées), j’ai dépassé par la droite pour aller plus vite. Quelle idée ! C’était vraiment bête et stupide, car au même moment, il y a un vélo qui a tourné à droite exactement là où je me trouvais. Pour éviter qu’il me rentre dedans, j’ai viré à droite et suis rentrée en plein dans la portière arrière d’un taxi stationné là !

Le chauffeur du taxi, furieux, a couru vers moi en me hurlant dessus, mais lorsque je lui ai expliqué que j’étais handicapée, que j’avais besoin de son aide pour pouvoir me relever avec mon vélomoteur, il s’est calmé et m’a aidé. Comme la porte du taxi était toute rayée, toute abimée, je lui ai donné mon numéro de téléphone et mon adresse pour faire marcher ma RC (assurance responsabilité civile). J’ai repris mon vélomoteur et suis rentrée diner chez moi. Lorsque j’ai tout raconté à ma maman, elle ne m’a pas engueulée, trop contente que cet accident n’ait pas eu plus de conséquences fâcheuses ! Depuis ce jour-là, je n’ai plus jamais redépasser par la droite ! Une belle leçon !

3. Celle où je suis rentrée dans un piéton !

Un jour, suite au décès subi d’un copain, avec 3 amies, alors que nous voulions nous rendre chez un fleuriste pour commander une couronne de fleurs mortuaire, au moment d’arriver sur le passage piéton de la gare de Nyon, il y avait 5 ou 6 personnes qui attendaient que l’on passe et de nouveau sans prévenir une dame a traversé juste au moment où je passais ! Décidément, je les collectionnais ces piétons qui s’élançaient devant moi sans crier gare ! C’était le 2ème qui me faisait le coup ! Dorénavant, il fallait absolument que je me méfie de ces passages piétons !

Une fois à terre, ce fut le même topo que l’autre fois ! Il y avait la dame qui m’engueulait, alors que c’était elle qui n’avait pas fait attention, qui n’avait pas regardé. C’était quand même un monde ! Mes amies qui avaient assisté à toute la scène (elles ont d’ailleurs eu très peur) l’ont vite remise à sa place, elles lui ont dit ses 4 vérités. La dame a reconnu ses torts et s’est excusée.

Une fois remise debout grâce au coup de main de mes amies, je suis remontée sur mon vélomoteur et nous avons continué notre route jusque chez le fleuriste !

4. Celle où un gars m’est rentré dedans avec son vélomoteur, car ses freins ne fonctionnaient plus !

Ce jour-là, j’étais sur mon vélomoteur, arrêtée au bord de la route en train de discuter avec un copain debout à côté de moi dans un carré d’herbe. Nous étions tout proche du centre des loisirs du bord du lac, il y avait beaucoup de passages, beaucoup de va-et-vient. Alors que nous étions en pleine discussion, soudain sans crier gare, sans que je puisse réagir, un gars qui arrivait à toute vitesse de la grande descente en face de moi m’est rentré dedans avec son vélomoteur !

Comme une fois à terre, je l’ai traité de tous les noms d’oiseaux, il s’est excusé en m’expliquant que lorsqu’il a vu qu’il n’avait plus de freins à son vélomoteur (ils n’ont plus fonctionné en une fraction de seconde), il a eu peur et c’est lorsqu’il m’a vue là au bord de la route qu’il a pensé que ce serait plus judicieux de me rentrer dedans pour se stopper plutôt que de prendre le risque de traverser la route (il y avait une intersection) et de se faire tuer par une voiture ! Quelle histoire et il a encore fallu que ça tombe sur moi !!! Il faut le faire !!!

Le choc était brutal, nous avons giclé tous les 2 violemment au sol, de même que nos 2 vélomoteurs. Par chance, je n’ai pas été blessée, lui non plus. Par contre, la fourche et le guidon de mon vélomoteur étaient tordus, il a fallu les redressés, le sien avait une roue voilée, un rétroviseur cassé et une pédale tordue.

Furax de prime abord, lorsqu’il m’a aidée à me relever et que j’ai vu que j’allais bien, que lui se confondait en milliers d’excuses, je me suis radoucie et lui ai pardonné. Si je n’avais pas été là, s’il ne m’avait pas choisie comme mur d’arrêt, il serait peut-être mort derrière moi et ça, ça n’aurait pas été drôle !!! À quelque part, on peut donc dire que je lui ai sauvé la vie, que ma chute a été un sacré bienfait !!!

5. La chute avec mon amie Christine sous le panneau décharge publique !

Avec mon amie Christine, qui elle aussi avait un cady blanc, nous nous promenions souvent par monts et par vaux, c’était super et on s’amusait bien ! Comme elle était handicapée comme moi (elle avait la polyarthrite juvénile), qu’on vivait les mêmes soucis, les mêmes problèmes, on s’entendait super bien. Lorsqu’on se baladait sur les petites routes de campagne peu fréquentées, pour nous permettre de babiller et de nous confier nos petites histoires de cœur et d’adolescentes, on roulait souvent l’une à côté de l’autre.

Un jour, pas de chance, nos 2 guidons se sont entremêlés. Lorsqu’on a voulu les séparer, cela a déséquilibré Christine et elle est tombée. Je ne sais pas ce qui nous a prit à ce moment-là, mais au lieu d’être catastrophée par la situation (Christine était comme moi, elle ne pouvait pas se relever toute seule), on a attrapé un fou rire de dingue, tout ça parce que lorsqu’elle est tombée, c’était juste en-dessous d’un panneau décharge publique !!!

Après nous être bien amusée de cette situation comique, notre hilarité a fait place à l’inquiétude et au désarroi, car très mal prises, si on ne voulait pas passer la nuit ici, il fallait qu’on réagisse vite pour nous sortir de là ! Eh oui, comme nous étions dans un endroit peu fréquenté, les voitures passaient au compte-goutte. De plus, comme elles roulaient vite, c’était difficile de les arrêter. La route ne possédant aucun trottoir, il n’y avait de ce fait aucun piéton. Je pouvais bien aller chercher du secours avec mon vélomoteur, mais on avait peur de laisser Christine là à terre et sans défense !

Au bout d’un quart d’heure enfin, 3 hommes sont arrivés pour vider des sacs de détritus dans la décharge. Lorsqu’on leur a demandé de nous aider, ils se sont mis à rire en pensant qu’on se moquait d’eux ! Mais non, pas du tout, comment pouvaient-ils penser cela ?!? C’était débile ! Christine était parterre avec son vélomoteur, moi j’étais assise sur le mien le moteur allumé… mais comment pouvaient-ils imaginer qu’on faisait semblant, comment pouvaient-ils croire qu’on s’amusait, c’était idiot !!!

Comme ils retournaient vers leur voiture sans faire aucun cas de nous, que nous aurions dû de nouveau attendre de longues minutes jusqu’à ce que quelqu’un d’autre se réarrête à cette décharge, énervées, n’ayant plus envie de rire du tout, nous les avons supplié de nous aider ! Comme notre ton de voix avait changé, que notre expression du visage aussi, ils se sont ravisés et sont venus vers nous songeurs et dubitatifs. Voyant que Christine n’arrivait vraiment pas à se relever toute seule et qu’elle avait mal, ils l’ont enfin aidée ! Ils ont aussi remis son vélomoteur sur pieds et l’ont allumé. Ils se sont excusés de ne pas nous avoir pris au sérieux et sont partis. Nous aussi, nous sommes reparties, soulagées et le cœur en fête, car une fois de plus, on avait eu beaucoup chance !

6. Notre arrestation par la police, car je roulais avec Christine assise sur mon porte-bagage !

Un soir, alors que Christine et moi, nous voulions nous rendre au centre des loisirs au bord du lac, le vélomoteur de Christine est tombé en panne, il n’y avait plus moyen de le faire fonctionner. Ne voulant pas renoncer à cette sortie et comme c’était difficile pour Christine de faire le trajet à pieds (on habitait loin), elle est montée sur mon porte-bagage ! On savait que c’était interdit, qu’on n’avait pas le droit de rouler avec quelqu’un assis derrière, qu’on risquait une amende, mais bon, on n’avait pas le choix, c’était ça ou rester à la maison ! Pour ne pas se faire prendre par la police, on a passé par toutes les petites routes, par tous les petits chemins qui existaient, on a fait un immense détour !

Bien mal nous en a prit, car c’est en arrivant pilepoil devant le centre des loisirs que la police était !!! Ah, la poisse !!! Ça, ce n’était vraiment pas de chance !!! Nous avons bien entendu été arrêtées, réprimandées et j’ai dû payer une amende ! Pour rentrer chez nous, j’avais interdiction de reprendre Christine sur mon porte-bagage sous peine de repayer une amende, mais cette fois-ci beaucoup plus salée et de me voir confisquer mon vélomoteur ! Ne faisant pas les malignes, raisonnables et dociles, nous avons obéi. Christine est repartie à pied et moi, à côté d’elle sur mon vélomoteur ! En 6 ans, ce fut la seule amende que j’ai prise !

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Malgré toutes ces chutes, toutes ces mésaventures, je n’ai jamais eu peur, je n’ai jamais ressenti de phobie ou de crainte. Renoncer à mon vélomoteur, à cette liberté, à cette indépendance de mouvement retrouvée, jamais, il n’en était même pas question ! Ma maman qui des fois craignait pour ma vie, ma santé, qui appréhendait l’accident grave, ne m’a jamais interdit ni déconseillé de l’utiliser. Elle savait qu’elle devait me laisser vivre ma vie, faire mes expériences même si des fois cela se passait mal et qu’au fond d’elle, ça lui en coûtait !

J’ai pu faire du vélomoteur de 14 à 20 ans. Les premières années, c’était sans problèmes, sans aucune difficulté ni pour monter dessus, ni pour en descendre, ni pour lever mes jambes et poser mes 2 pieds sur les pédales. Lors des dernières années, par contre, j’avais beaucoup plus de peine à réaliser ces gestes, ces mouvements, cela me coûtait et devenait difficile. La dernière année, je n’arrivais plus à lever ma jambe droite pour poser mon pied sur la pédale, plus la force. Je roulais donc avec ma jambe qui pendait, j’avais le pied à peine plus haut que le sol. Je devais continuellement faire attention à ce qu’il ne touche pas parterre, à le tenir toujours bien lever, car sinon c’était la chute et l’accident assuré.

A 21 ans, j’ai dû remplacer mon vélomoteur par une chaise roulante. Ce n’était pas le même genre de véhicule, il allait bien moins vite, mais au final, il me donnait lui aussi de la liberté, ma chaise me permettait elle aussi de sortir !

J’ai passé 6 belles années avec mon vélomoteur, je me suis franchement éclatée, j’en ai super bien profité ! C’était génial !

Je vis depuis également de très belles années avec ma chaise roulante, je fais plein de choses, je visite plein de beaux endroits, je voyage, j’ai plein d’amis… bref, je suis très heureuse aussi !

Pour conclure ce texte que j’ai eu beaucoup de plaisir à écrire (il m’a rappelé de très bons souvenirs), je dirais : Et vive mon vélomoteur !!! Et vive ma chaise roulante !!!

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Mai 2010                                   Marie-Claude Baillif

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