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Se priver de boire !

                               cocktails009pri1

Lorsqu’on est handicapé en chaise roulante et dépendant des autres à 100% (comme moi par exemple), ce n’est pas toujours facile d’aller aux toilettes comme on veut. Dans les restaurants, elles sont souvent inaccessibles, car trop étroites ou alors à l’étage ou encore au sous-sol avec des escaliers. Aux cinémas et dans les magasins, certaines sont adaptées, d’autres pas. Quant aux toilettes publiques, elles sont bien trop souvent galère pour y accéder. De plus, comme elles sont généralement sales et que nous autres, personnes à mobilité réduite, sommes obligés de poser nos fesses directement sur la lunette WC, hygiéniquement, ce n’est pas vraiment le top, pour notre santé, c’est tout sauf propre ! Prendre le risque d’attraper une infection vaginale ou annale pour un simple pipi, bof, ce n’est pas ce qu’on préfère, honnêtement ça ne nous donne pas envie !

Pour éviter ce genre de problèmes, beaucoup d’handicapés (dont je fais partie) avons adopté la solution de ne plus boire quand on sort ! En effet, en se privant de boire, on a moins vite envie de faire pipi, donc plus besoin de s’enquiquiner à chercher des toilettes accessibles, plus nécessaire que nos aides de vie se cassent le dos pour soulever nos chaises en haut ou en bas des escaliers, plus obligé de prendre le risque de contracter une maladie en s’asseyant sur les WC !

Pour nous, éviter de boire n’est pas difficile ! C’est une attitude, un comportement à prendre, il devient vite une habitude, un geste automatique. Les personnes valides, qui elles ne connaissent évidemment pas ce problème, ont souvent de la peine à nous comprendre. Je vois bien quand je sors le nombre de gens qui me disent : « Marie-Claude, tu sais, il fait chaud, tu devrais quand même boire un peu ! Ce n’est pas bien ce que tu fais là ! »

Oui, bien sûr, je sais pertinemment bien que de ne pas boire, ce n’est pas bon pour la santé, mais il faut se mettre à notre place ! Avoir besoin d’uriner et ne pas trouver des toilettes ou alors ne pas pouvoir y aller à cause de raisons architecturales ou de propreté, il n’y a rien de pire ! Les valides, eux, peuvent toujours se débrouiller, trouver une solution, ils peuvent aller derrière un arbre, une voiture, une maison, mais nous, handicapés, qu’est-ce qu’on peut faire ??? Rien !!!

Se retenir… ça fait mal ! Faire dans sa culotte… c’est gênant, humiliant ! Faire dans des bandes hygiéniques (genre Pampers pour adultes)… faut pouvoir y arriver, car du point de vue psychologique je vous jure que ce n’est pas facile de se laisser aller, d’ouvrir les vannes comme on dit (eh oui, on a toujours ce sacro saint réflexe de se retenir) et puis, de toute façon, c’est 1 à 2 pipis par bande, pas plus, après on prend le risque que ça déborde et alors là, bonjour les odeurs ! Pour nous les femmes donc, comme je dis toujours, à part cesser de boire durant le laps de temps où l’on sort, je ne vois pas d’autres solutions satisfaisantes, pas d’autres choix convenables !

Eh oui, se priver de boire momentanément, je trouve que c’est la chose la plus facile à faire, la plus simple et qui demande le moins d’effort pour nous et pour nos aides ! Ma devise est : « boire ou sortir, il faut choisir ! »

À la maison, ce n’est pas pareil. Tout est adapté, accessible et fonctionnel pour nous faciliter la vie. On peut donc de ce fait boire tout ce que l’on veut tranquille et serein. C’est le moment où l’on peut et où l’on doit, c’est important, rattraper et compenser le manque de liquide que l’on n’a pas pris durant nos sorties !

Dans mon cas, par exemple, depuis que j’ai mon respirateur 24h sur 24 (c’est-à-dire depuis 2001), j’ai arrêté d’aller sur les toilettes que ce soit à l’extérieur ou chez moi. Eh oui, comme cela devenait difficile de me tenir sur mon élévateur avec mon masque nasal, mes tuyaux et ma machine, j’ai cessé d’y aller et opté pour le système du pot (vase selon les régions et les pays).

Cet accessoire vraiment très pratique et peu encombrant a changé mon quotidien. Il est devenu plus facile, moins fatiguant. Désormais je peux rester sur mon lit et appeler mon auxiliaire de vie quand je veux même au dernier moment. Plus besoin d’anticiper et de prévoir les 10 minutes d’avance pour y aller. Avec le pot, j’appelle mon aide de vie, elle me descend mes culottes et pantalon, me soulève les jambes et place le pot sous mon postérieur… en 2 minutes, c’est fait. Avec mon élévateur, avant, le temps pour mon aide de m’installer dessus, de me pousser jusqu’aux toilettes et de m’y déposer, je devais toujours compter au moins 7 à 8 minutes avant de pouvoir faire pipi. Il me fallait donc toujours penser à ne pas avoir la vessie complètement pleine sous peine de fuiter durant l’effort que je produisais pour monter et me tenir sur la machine ! Avec le pot, tout est devenu tellement plus agréable, plus reposant, les efforts sont moindres (en tout cas pour moi), la peur de tomber et de me rater est effacée… je suis relaxe, aux anges !

Depuis que j’ai ce pot bienfaiteur, je bois beaucoup plus lorsque je suis à la maison. Comme c’est bien plus facile pour moi de faire pipi, je me force pour rattraper le peu de liquide que j’ingurgite les jours où je sors, où je pars me balader dès le matin et quand je pars en vacances. C’est une bonne compensation, une saine remise à niveau de l’eau que j’ai perdue. Je récupère, régénère et rétablis mon hydratation corporelle ! Je ne me suis encore jamais retrouvée déshydratée, ma méthode fonctionne donc très bien !

Il y a malheureusement des handicapés qui, ne voulant pas vivre ce dilemme de boire ou ne pas boire, préfèrent s’abstenir de sortir de chez eux. C’est idiot, car on ne vit qu’une fois et il faut en profiter ! Si l’on a peur de fuiter, si l’on n’est pas sûr de pouvoir se retenir plus de 2 heures, si l’on a des doutes quand à la capacité de sa vessie, eh bien, il existe aussi une autre solution très simple et très efficace : celle de mettre des bandes hygiéniques ou des pampers pour adultes ! Il y en a pour tous les degrés d’incontinence, du plus faible au plus fort !

Lorsque j’ai connu ce problème il y a quelques années déjà, lorsque je n’ai plus eu confiance en ma vessie, que j’avais parfois des fuites urinaires, comme je n’avais pas envie de m’enfermer chez moi, de me restreindre ou de m’empêcher de vivre, j’ai pris le taureau par les cornes en mettant d’abord ma fierté de côté (c’était essentiel) et en acceptant ensuite de devoir mettre des bandes hygiéniques pour me protéger. Au début, je les prenais fines et minces, puis au fil des mois, des années, l’expérience, l’acceptation et mon confort ont fait que je les ai prises de plus en plus grandes, de plus en plus épaisses et résistantes !

Le fait de les avoir aux fesses, même si jusqu’à maintenant je ne les ai pas encore beaucoup utilisées (avec mon habitude de ne pas boire à l’extérieur, je n’ai pas souvent envie de faire pipi), cela me rassure, m’enlève mes craintes et m’empêche de fixer mon attention sur ma vessie. Je me sens protégée. Durant la nuit, par contre, par flegme et pour ne pas réveiller la fille qui s’occupe de moi, cela m’est déjà arrivé de me lâcher, d’uriner dans mon pampers surtout lorsque durant la journée, j’ai dû beaucoup boire pour me réhydrater des jours précédents. Le matin, un petit coup de lavette avec du savon, une nouvelle bande et hop, ni vu ni connu, on n’en parle plus !

Des complexes ??? De la honte ??? Non, je n’en ai plus ! Ces problèmes font partie de la vie, de ma vie en tant que femme et personne handicapée ! Eh oui, des femmes qui ont des fuites urinaires et de l’incontinence, il y en a plein, même chez les valides ! Selon les statistiques 1 femme sur 2 y serait confrontée à un moment ou un autre de sa vie. C’est énorme ! Il y a même des hommes qui connaissent ce problème, alors pourquoi s’en faire ???

Pour l’instant, c’est un sujet extrêmement tabou, les gens concernés n’en parlent pas, ils n’osent pas, ils cachent et dissimulent, ils occultent complètement ce point douloureux de leur vie. Pourquoi ? Par peur du quand dira-t-on, peur d’être mal vu, mal jugé, peur d’être fui ou moqué. C’est bête, car je ne vois pas pourquoi on devrait avoir honte de quelque chose dont on n’est pas responsable ! C’est vrai après tout, on ne fait pas exprès, ce n’est pas de notre faute !

Moi, ça ne me gêne pas d’en parler, au contraire, c’est d’ailleurs pour cela que j’ai décidé d’écrire ce texte, que j’ai voulu aborder ce sujet ouvertement. C’est un problème comme un autre, ni plus ou moins important que toute autre trouble qui touche à notre santé !

Si on en parlait plus, si la télévision, les médias, les écoles, les gens osaient s’exprimer, raconter leur vécu, si on voyait plus de reportages, lisait plus d’articles sur ce problème, peut-être que les gens l’accepteraient mieux, le vivraient plus sereinement et en auraient moins honte !

Donc si cela vous arrive, si vous êtes concerné par des fuites urinaires, faites comme moi, arrêtez de vous prendre la tête, vivez, sortez, croquez la vie à pleine dent en buvant moins durant le laps de temps où vous sortez (mais n’oubliez pas de rattraper le manque de liquide une fois à la maison !) et mettez des pampers !!! Vous n’en serez que plus heureux !!!

 

Juillet 2010                    Marie-Claude Baillif

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